Fruits Rouges

Mali : Le régime ATT expliqué aux Occidentaux et à… la diaspora

Publié à l’origine sous le titre « La crise au Mali expliquée aux Canadiens » cet article qui démystifie la démocrature qui s’est mis en place après la transition de 91-92 est passé largement inaperçu, circulant sur internet et  repris au Mali par infomatin et Maliactu. Nous le publions donc à l’intention de nos lecteurs qui prendraient le dossier Mali en cours… (Note de Fruits rouges)

LA CRISE AU MALI

EXPLIQUÉE AUX CANADIEN(NE)S

À force d’être répétés, les mensonges les plus effrontés finissent par devenir une vérité dans la tête des gens. Cette proposition paraît incontestable au regard de la situation actuelle au Mali! En effet depuis la remise du pouvoir, suite aux « élections » législatives et présidentielles en 1992, à Alpha Oumar KONARÉ par Amadou Toumani TOURÉ, alias ATT, alors à la tête du pays et du « Comité de Transition pour le Salut du Peuple (CTSP) », des spécialistes de la désinformation et de l’intoxication médiatique ne cessent de répandre dans l’opinion interne comme externe des mensonges au sujet d’ATT et de la « démocratie » au Mali. Sans la moindre considération pour l’opinion publique malienne subissant son régime extrêmement corrompu et au mépris de la condition d’existence de la très grande majorité de la population livrée à la disette, sans véritable couverture sanitaire et dont les enfants sont soumis, pas moins de 20 ans, aux affres de la déperdition scolaire, des médias exaltent ce maître avéré de la fourberie. Poussant leur impudeur à ses conséquences logiques, certains d’entre eux vont jusqu’à le qualifier de « soldat de la démocratie » : celui grâce à qui le Mali a vécu, deux décennies durant (1992-2012), une « démocratie exemplaire » jusqu’au 22 mars 2012.

Cette date est d’ailleurs considérée déjà par des faussaires intellectuels comme celle de la perpétration de l’ « attentat » contre une « démocratie modèle », plongeant le pays tout entier dans le chaos par éloignement d’ATT de la présidence de la République. À entendre des doctes de la désinformation, c’est à croire que le Capitaine Amadou SANOGO et les patriotes du « Comité National pour le Redressement de la Démocratie et la Restauration de l’État (CNRDRE) » sont entièrement responsables de la situation tragique du Mali d’aujourd’hui.

S’il est vrai que ces grands hommes du CNRDRE, à l’écoute des lamentations de nobles et courageuses filles, épouses et mères, sont incontestablement les révélateurs de la tragédie que connait actuellement la République du Mali, c’est bien la médiocrité démocratique et aussi celle d’ATT qui l’ont provoqué. Pour n’en point douter, il suffit de suivre le processus de conquête du pouvoir par celui qui, un mois après s’être emparé frauduleusement du fruit de la résistance populaire contre Moussa TRAORÉ dans la nuit du 25 mars, accorda, à Bamako capitale du Mali, une « interview » à Sennen ANDRIAMIRADO, en affirmant catégoriquement: « Je ne veux pas le pouvoir![1] »

Stratagème pour sauver le régime issu du coup d’État du 19 novembre 1968

Contrairement à une opinion largement répandue, l’avènement d’Amadou Toumani TOURÉ à la tête du Mali s’est opéré moins par un coup d’État que par un stratagème dont il usa pour sauver le régime porteur de ses ambitions de réussite sociale et de celles de ses camarades jeunes officiers de l’armée, de la police, de la gendarmerie et de la garde républicaine. Le coup d’État au Mali avait déjà été opérée le 19 novembre 1968 par les 14 officiers subalternes du « Comité Militaire de Libération Nationale(CMLN) » dirigé par le lieutenant Moussa TRAORÉ. La manœuvre d’ATT et de ses compagnons d’arme dans la nuit du 25 au 26 mars 1991 a donc consisté, au sens technique, non en un coup d’État qu’à une opération visant à se prémunir contre l’intervention imminente d’autres factions de l’armée malienne qui ne rêvaient qu’à renverser Moussa TRAORÉ après les tueries du 22 mars 1991 consécutives à l’audace des forces démocratiques qui, en montant au Palais présidentiel pour enjoindre le chef de la junte putschiste du 19 novembre 1968 à « quitter le pouvoir dans les 48 heures », avaient réussi à démystifier le tombeur du grand timonier de l’indépendance africaine : le Président Modibo KEITA (1915-1977). Pour ATT et ses complices de la grande manœuvre, il fallait donc agir vite et très vite pour sauver non seulement leur tête, mais aussi le régime militaire au service duquel ils s’étaient mis et, pour ce qui est d’ATT, depuis son entrée à l’École interarmes de Kati en 1969, mais très certainement pendant 8 ans, lorsqu’il était commandant de la garde présidentielle de Moussa TRAORÉ.

Ayant donc arrêté, dans la nuit du 25 mars 1991, Moussa TRAORÉ qui avait réussi à se faire plébisciter, en 1979, dans le cadre du « retour à une vie constitutionnelle normale », comme il aimait à le dire, ATT et ses compagnons d’armes qui ont servi, pas moins de 22 ans, le régime militaire issu du coup de force du 19 novembre 1968, veillèrent à ce que rien ne lui soit fait. Cela en dépit de la théâtralisation judiciaire qui sera organisée par son ancien ministre de la jeunesse et des sports pour le condamner à la peine capitale pour commission de crimes de sang.

ATT ne voulait pas rendre le pouvoir aux civils en 1992


Lors de sa première rencontre à la Bourse du travail visant à sonder les forces démocratiques et à évaluer leur degré d’adhésion à l’arrestation de Moussa TRAORÉ et de sa mise en sécurité, la mollesse remarquable du Secrétaire général de l’ « Union Nationale des Travailleurs du Mali (UNTM) », Bocary KAREMBÉ, en faveur de l’instauration rapide d’un pouvoir démocratique au Mali ainsi que la réticence expresse du Président de l’ « Association des Droits de l’Homme (ADL) », Maître Demba DIALLO, à exclure les militaires de la gestion politique du pays, autorisèrent Amadou Toumani TOURÉ à se hisser à la présidence du « Comité de Transition pour le Salut du Peuple (CTSP) ».

Ayant goûté aux délices du pouvoir présidentiel, le Lieutenant-colonel ATT, qui commandait les parachutistes du camp de Djikoroni depuis 1984, chercha à obtenir la caution des Étudiants pour rompre avec sa promesse de rentrer dans les casernes après la transition. Le refus de ces derniers ainsi que la pression exercée par les forces démocratiques, pressées d’en découdre électoralement, pour l’accession à la présidence, firent échec à ses velléités de voir prolonger son mandat provisoire à la tête du pays et du CTSP. Avec le cœur gros, il organisa successivement la « Conférence nationale » du 29 juillet au 12 août 1991 et, après, les élections législatives et présidentielles en 1992.

Manipulation du jeu électoral.

Passé désormais maître dans l’organisation des stratagèmes, ATT aurait manipulé le jeu électoral pour favoriser la remise du pouvoir présidentiel à l’ancien Ministre de la jeunesse et des sports de Moussa TRAORÉ, Alpha Oumar KONARÉ qui, à l’époque, était le Secrétaire général de l’ « Alliance pour la démocratie au Mali – Parti Africain pour la Solidarité et la Justice (ADEMA- PASJ) ». La gestion hasardeuse de celui-ci durant son premier mandat (1992-1997), suivi du coup d’État électoral dont il s’est rendu coupable en 1997 (en l’absence de toute liste électorale constitutionnellement valide) pour se maintenir au pouvoir (1997-2002), renforcèrent le mythe rattaché à l’habillage médiatique d’ATT « soldat de la démocratie ». Ce renforcement couplé de la visibilité que lui donnèrent la « Fondation pour l’enfance », sans parler de sa désignation, en 2001, comme envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies, Koffi ANNAN, en République Centrafricaine, excitèrent son désir de renier sa parole ainsi donnée : « Ah non! Je n’entends pas du tout faire de la politique… » en réponse à la question suivante : « (…) vous pourriez être tenté de vous mettre en réserve de la République… », que lui posa ANDRIAMIRADO, S. en avril 1991.

Ancré dans la nostalgie du pouvoir de la transition perdu, ATT accomplissait tous les formalismes susceptibles de lui rouvrir les portes de Koulouba : le Palais présidentiel. Il n’hésita donc pas à se faire mettre à la retraite anticipée en 2001, avant de se lancer à la conquête de la chefferie de l’État malien. Ses accointances avec l’Élysée ne lui fit point craindre la candidature de ses deux principaux rivaux : Ibrahim Boubacar KEITA, dit IBK, qui aurait été élu de fait au premier tour des scrutins, et Soumaila CISSÉ, dont le parti, comme d’ailleurs celui qui a accepté de troquer sa victoire présidentielle pour le poste de président de l’Assemblée nationale à l’époque pour raison de sécurité, sont issus directement du démembrement de l’ADEMA-PASJ. Le président français, Jacques CHIRAC, ayant ouvertement exprimé sa préférence pour le candidat le plus malléable des trois, ATT, bien qu’il soit effectivement arrivé troisième au premier tour de l’élection présidentielle derrière IBK et Soumaila CISSÉ, est désigné vainqueur des élections présidentielles de 2002 au second tour avec 64, 35% du suffrage imaginé par les organisateurs du scrutin devant Soumaila CISSÉ accrédité de 35, 65%.

« Seule une personne atteinte d’aberration génétique accepterait de devenir Président du Mali »

Bien qu’ayant dit ouvertement à qui voulait entendre que seule une personne atteinte d’aberration génétique accepterait de briguer la présidence du Mali et en dépit du fait qu’ATT ait dit à ses camarades militaires « que ceux qui veulent faire de la politique n’ont qu’à ôter leurs galons et adhérer à un parti[2] », ATT, s’il a en effet officiellement ôté ses galons, n’appartient, officiellement, à aucun parti politique. Il n’en a pas créé non plus. Sa présidence en régime dit «parlementocratique », si l’on veut démocratique est, à cet égard, atypique. Détenant les cordons de la bourse face à une classe politico-bureaucratique très avide et affectée par le consumérisme, il jardina facilement la corruption en choisissant les membres de son gouvernement dans les nombreux partis politiques et, sans doute bien moins par mégalomanie que par goût insatiable du pouvoir, il fit construire des habitations dites sociales : « ATT-bugu » dans la quasi totalité des « Cercles » de la République du Mali comme pour assurer la fidélité d’un électorat, pour le moins volatile. Il ne faut donc pas se surprendre qu’en briguant un second mandat présidentielle (2007-2012), il ait été soutenu par un « Mouvement citoyen » et de nombreux partis politiques (alimentaires?) : la « Mouvance présidentielle » de laquelle sera issue la quasi-totalité des députés de l’Assemblée nationale.

Faire échec vaille que vaille aux élections présidentielles du 29 avril 2012

Sentant la fin de sa présidence approcher au galop dans le contexte de l’avènement du cinquantenaire de l’indépendance formelle du Mali, et ne pouvant guère briguer constitutionnellement un troisième mandat, ATT se fit champion tout d’un coup des projets de réformes économiques et institutionnelles. Le discours du nouvel an 2010 qu’il prononça, lui offrit l’occasion de programmer un référendum constitutionnel avec projet de création d’une Chambre haute : le Sénat pour récompenser sans doute ses fidèles que pour une quelconque utilité publique; alors que le « Programme pour le Développement Économique et social (PDES) », avec ses neuf(9) priorités, donnait prétexte à ses supporteurs d’exiger qu’il reste à la tête du pays pour achever l’exécution des projets de développement économiques et sociaux amorcés.

Ne pouvant se risquer à changer la constitution pour se maintenir sans s’attirer les foudres de tous ceux qui, profitant fort anachroniquement de son système de gouvernement népotique, sont pressés de prendre sa place à Koulouba, mais aussi et surtout à la lumière du coup d’État intervenu contre le président TANDJA du Niger, et à l’examen des ratés de la mise en scène orchestrée au Stade Modibo Keita visant à légitimer ses ambitions de faire échec vaille que vaille à l’exécution du calendrier électoral du 29 avril, le retour des combattants touaregs de Libye à quelques mois des élections présidentielles prévues le 29 avril 2012 fut comme des mannes venues du ciel.

Alors que tous les pays du sahel dont les ressortissants impliqués dans le conflit libyen ont été désarmés de retour des champs de batailles, les combattants originaires du Mali furent autorisés par Amadou Toumani TOURÉ à rentrer au pays avec leur arsenal guerrier. ATT poussa l’inconséquence jusqu’à envoyer une délégation officielle conduite par son ministre de l’intérieur les accueillir. Armés jusqu’aux dents, ceux-ci ne tardèrent pas à emprunter les sentiers bellicistes ouverts par l’imprévoyance d’ATT contre la République du Mali; rendant ainsi impossible l’organisation de toute élection présidentielle au suffrage universel.

Croyant avoir gagné son pari de prolonger son second et dernier mandat à la lumière de la rébellion touareg, ATT n’attendait que le moment opportun pour décréter l’annulation des élections présidentielle du 29 avril pour raison de guerre. Toute personne raisonnable ne pouvait qu’acquiescer au contenu du Décret suspensif du calendrier électoral pour le motif de menace pesant sur l’intégrité du territoire, surtout après le massacre de 150 soldats maliens livrés, sans défense, à la furie du bellicisme touareg. ATT, sans crainte, pouvait ainsi proposer la prolongation de toutes les institutions, en appelant solennellement à la mobilisation pour juguler le conflit. Cette proposition serait agréablement accueillie par les députés de la mouvance présidentielle majoritaire à l’Assemblée nationale. Bingo! le tour serait joué.

L’imprévoyance, voir l’irresponsabilité d’ATT ne devait pas rester sans conséquence. Des Femmes du Mali, conformément à la proclamation de l’Hymne du Manding, sentant qu’il ne peut pas défendre le pays, montrèrent, par leur marche sur Koulouba, le Palais présidentiel, le chemin de l’honneur aux braves et dignes patriotes de l’armée malienne le 22 mars 2012.

En Guise de conclusion


La lecture que nous venons de donner ne doit surtout pas occulter le fait que la crise qui secoue présentement la République du Mali, s’inscrit dans un vaste programme de déstabilisation en cours en Afrique. Du démembrement de l’Éthiopie à celui du Soudan, elle participe de l’étouffement de toute velléité d’autonomie, encore moins d’indépendance réelle.

Le Continent Noir cerné par des armées étrangères dont certaines sont hébergées de très longue date, doit rester colonisé. Il doit être réduit à ses rôles historiques définis par la violence coloniale consécutive aux siècles de déportations esclavagistes.

Faute d’être victime, pour le moment, de substitution de populations, l’Afrique, orpheline de toute capacité de défense autonome, doit être émiettée et livrée aux psychopathes du profit.

En tout cas elle doit être maintenue dans ses rôles historiques. C’est-à-dire demeurer ad vitam aeternam fournisseuse de matières premières, marché de consommation et poubelle du monde extra-africain. Les mécanismes du maintien dans ces sinistres rôles, indispensables au fonctionnement périlleux du système capitaliste mondialisé, ont été largement expliqués dans nos ouvrages sur le droit des peuples à l’autodétermination et sur la gouvernance et l’environnement[3].

Il est donc inutile de tomber dans la réplique fautive de ces mécanismes dans le cadre de ce court article, visant simplement à informer sur la situation critique qui affecte actuellement le Mali dont le désert est convoité, non pas seulement pour ses ressources du sol et du sous-sol, mais aussi et surtout pour la réalisation des projets de production d’énergie solaire propre pour alimenter l’Europe occidentale, vivant de plus en plus dans la psychose des risques liés à l’exploitation de l’énergie nucléaire dont elle est encore largement dépendante pour son approvisionnement.

Pour sûr, si les peuples africains veulent conjurer le sort qui leur est réservé dans les rapports interétatiques, il va leur falloir faire en sorte que la trahison, comme celle d’ATT ne soit plus rentable et s’inspirer largement de l’expérience asiatique de la lutte pour l’autodétermination.

Montréal le 1er avril 2012

DIARRA, Bakary NBadiallah (Boniface)
Canada
Email : nbadiallah@hotmail.com
Tél. (450) 670 2199

[1] Pour mesurer la portée de la duplicité d’ATT, il faut se reporter à l’«Interview recueillie à Bamako par Sennen ANDRIAMIRADO » Cf. Jeune Afrique du 1er au 7 mai 1991n No 1583, 31e année, pp. 18 à 20.
[2] Cf. Jeune Afrique No 1583, 31e année, semaine du 1er au 7 mai 1991, p 20.
[3] Cf. DIARRA, B. (2004); Le droit des peuples dans le monde contemporain : des origines à l’ONU, Les Éditions Le Vautour, Québec. Cf. également DIARRA, B. (2007); Gouvernance et environnement – Réflexions pour une insurrection des consciences, Les Éditions Grenier, Montréal.