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Procès d’un homme exemplaire : Éric Toussaint, lanceur d’alerte

Procès d’un homme exemplaire :

Éric Toussaint, lanceur d’alerte

 

Eric Toussaint

Eric Toussaint

Jacques de Groote, ex-directeur exécutif du FMI (1973-1994) et de la Banque mondiale (1975-1991) est aujourd’hui dans le collimateur de la justice suisse : il est poursuivi par la justice suisse pour « blanchiment d’argent aggravé », « escroquerie », « faux dans les titres ». L’affaire porte sur la privatisation frauduleuse d’une des principales mines de charbon de République tchèque à la fin des années 1990.

C’est l’occasion pour se pencher sur cet honorable personnage, et d’étudier comment il a utilisé ses diverses missions – notamment comme directeur du FMI et de la Banque Mondiale – pour s’enrichir éhontément, par exemple en soutenant les dictateurs Joseph-Désiré Mobutu (ex-Zaïre, aujourd’hui République démocratique du Congo) et Juvénal Habyarimana (Rwanda)… Mais au-delà des péripéties de son parcours personnel, Jacques de Groote symbolise les aspects profondément néfastes des politiques appliquées de manière méthodique par la Banque mondiale, le FMI et l’élite qui gouverne ce monde à la recherche du profit privé maximum et de la consolidation du système.

Procès d’un homme exemplaire par Eric Toussaint 

Livre-Procès88 pages – 9 € – Éditions Al Dante : www.al-dante.org – Imprimerie : Clip / Marseille, Europe. – Dépôt légal : 4e trimestre 2013 – Issn : 1626-1798 / Isbn : 978-2-84761-782-5

Avant-propos d’Aminata Traoré

Introduction par Pauline Imbach & Damien Millet

Procès d’un homme exemplaire

Épilogue

Annexes : 1/ Jacques de Groote > Chronologie 2/ Plaidoyer en 30 points contre la Banque mondiale et le FMI  3/ La Banque mondiale  4/ Le Fonds monétaire international (FMI)

Postface : Éric Toussaint, lanceur d’alerte par Jean Ziegler
Bibliographie

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Nous publions ci-dessous la postface faite par Jean Ziegler du livre d’Éric Toussaint ainsi que la présentation faite par Pauline Imbach & Damien Millet

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Postface  du livre

Procès d’un homme exemplaire

par Jean Ziegler

Dans notre Europe de la conscience homogénéisée, du consensus confus, de la raison d’État triomphante, toute idée de rupture avec l’ordre meurtrier du monde relève de l’utopie et même, plus communément, du délire. |1| Un révolutionnaire, chez nous, est considéré au mieux comme un original sympathique, une sorte de clochard de l’esprit, un illuminé inoffensif, un marginal pittoresque, au pire comme un inquiétant trublion, un déviant, un fou. Les oligarchies du capital financier globalisé gouvernent la planète. Leur idéologie légitimatrice : un économisme rigoureux, un chauvinisme fanfaron, une doctrine des droits de l’homme à usage discriminatoire. J’exagère ? Les États-Unis, la France, la Belgique, l’Angleterre, la Suisse et bien d’autres États occidentaux abritent à l’intérieur de leurs frontières des démocraties réelles, vivantes, respectueuses des libertés et des revendications au bonheur de leurs citoyens. Mais dans leurs empires néocoloniaux, face aux peuples périphériques qu’elles dominent, ces mêmes démocraties occidentales pratiquent ce que Maurice Duverger appelle le fascisme extérieur : dans nombre de pays de l’hémisphère sud, depuis près de cinquante ans, tous les indicateurs sociaux (sauf l’indicateur démographique) sont négatifs. La sous-alimentation, la misère, l’analphabétisme, le chômage chronique, les maladies endémiques, la destruction familiale sont les conséquences directes des termes inégaux de l’échange, de la tyrannie de la dette. Les démocraties occidentales pratiquent le génocide par indifférence. Régis Debray constate : « Il faut des esclaves aux hommes libres. » |2| La fragile prospérité de l’Occident est à ce prix !

Les peuples des pays pauvres se tuent au travail pour financer le développement des pays riches. Le Sud finance le Nord, et notamment les classes dominantes des pays du Nord. Le plus puissant des moyens de domination du Nord sur le Sud est aujourd’hui le garrot de la dette.

Les flux de capitaux Sud-Nord sont excédentaires par rapport aux flux Nord-Sud. Les pays pauvres versent annuellement aux classes dirigeantes des pays riches beaucoup plus d’argent qu’ils n’en reçoivent d’elles sous forme d’investissements, de crédits de coopération, d’aide humanitaire ou d’aide dite au développement.

Point n’est besoin de mitrailleuses, de napalm, de blindés pour asservir et soumettre les peuples. La dette, aujourd’hui, fait l’affaire.

La dette extérieure constitue une arme de destruction massive. Elle soumet les peuples, détruit leurs velléités d’indépendance, assure la permanence de la domination planétaire des oligarchies du capital financier.

En 2013, toutes les cinq secondes un enfant en dessous de dix ans meurt de faim. 57’000 êtres humains périssent chaque jour par la faim. Près de 1 milliard des 7 milliards d’êtres humains que nous sommes souffrent de sous-alimentation permanente et grave. Cela se passe sur une planète qui pourrait, selon la FAO, nourrir normalement (2200 kilocalories individu adulte par jour) 12 milliards d’êtres humains.

L’Afrique est le continent qui – au prorata de sa population – compte le plus grand nombre d’affamés : 36,2% en 2012. En chiffre absolu c’est l’Asie qui l’emporte dans ce dramatique décompte. Le garrot de la dette extérieure empêche les pays les plus démunis de réaliser les investissements minima dont leur agriculture a urgemment besoin.

Les 54 États d’Afrique, dont 37 sont des pays presque purement agricoles, aux terres vastes et fertiles, sous-peuplées, ont dû importer en 2012 pour 24 milliards de dollars de nourriture du fait de l’absence d’investissements dans l’agriculture. Les semences sélectionnées, les engrais minéraux, les engrais animaliers font défaut, 250 000 animaux de trait sur le continent et moins de 85 000 tracteurs. La houe et la machette restent en 2013 encore les principaux outils de production.

Seules 3,8% des terres arables au sud du Sahara sont irriguées. Le reste relève de l’agriculture de pluie, avec tous les risques meurtriers que les aléas du climat impliquent.

Le FMI administre la dette des pays pauvres.

Les mercenaires du FMI sont les sapeurs-pompiers du système financier mondial. A l’occasion, ils n’hésitent pas à se faire pyromanes…

En temps de crise aiguë, intervenant sur des places financières exotiques, ils veillent ainsi avant tout à ce qu’aucun spéculateur international ne perde sa mise initiale. The Economist, qui n’est pas exactement un brûlot d’extrême gauche, écrit : « … So when sceptics accuse rich country governments of beeing mainly concerned with bailing out western banks when financial crisis strikes in the world, they have a point » (« Quand certains esprits sceptiques accusent les gouvernements des pays riches d’être avant tout désireux d’éviter des pertes aux banques occidentales lors des crises, ils ont raison. ») |3|.

Pour le maintien, la reproduction, le renforcement de cet ordre cannibale du monde, Jacques De Groote joue depuis des décennies un rôle-clé : comme directeur exécutif du FMI, directeur de laBanque mondiale, conseiller du prédateur Joseph Désiré Mobutu, etc.

De Groote est aujourd’hui devant la Cour pénale de la Confédération helvétique à Bellinzone avec six coaccusés tchèques pour, selon l’acte d’accusation du Ministère public fédéral, « blanchiment d’argent aggravé et escroquerie ».

De la carrière tumultueuse, sulfureuse, de Jacques De Groote, Éric Toussaint a fait un livre fascinant, à l’écriture brillante, à la documentation fouillée et précise.

Éric Toussaint est un auteur mondialement connu et un conseiller recherché précisément par les gouvernements nombreux qui cherchent à se défaire de leurs dettes « odieuses ». Ses ouvrages scientifiques font autorité dans le monde entier, y compris auprès du FMI et de la Banque mondiale. La bourse ou la vie. La finance contre les peuples (1998), 60 questions, 60 réponses sur la dette, le FMI et la Banque mondiale (2002, rééd. 2008),Banque mondiale : le coup d’État permanent. L’agenda caché du consensus de Washington (2006), La dette ou la vie (2011), etc. sont des ouvrages indispensables pour comprendre le fonctionnement du présent ordre économique planétaire mis en place par les oligarchies du capital financier.

Dans cette œuvre scientifique riche et foisonnante, Procès d’un homme exemplaire occupe une place à part. Jean-Paul Sartre, pour le travail intellectuel, établissait une distinction entre les œuvres scientifiques, analytiques, d’érudition, et les « livres d’intervention ». Dans ces derniers, le chercheur se mue en lanceur d’alerte. Procès d’un homme exemplaire est un livre d’intervention.

Au moment où j’écris ces lignes, le verdict de la Cour pénale de Bellinzone n’est pas encore connu. Il faut donc à l’égard de Jacques De Groote – et même si cela paraît difficile – respecter scrupuleusement la présomption d’innocence.

Le livre d’Éric Toussaint pose néanmoins dès à présent des questions inquiétantes. Comment un personnage comme De Groote a-t-il pu pendant plus de vingt ans poursuivre impunément au sein du FMI et de la Banque mondiale ses contestables activités ? De quelles protections, de quelles complicités a-t-il joui ?

Ce formidable livre y répond.

Jean Ziegler

Notes

|1| Ce texte constitue la postface du livre d’Éric Toussaint, Procès d’un homme exemplaire, Al Dante, Marseille, 2013

|2| Régis Debray, in Le Tiers monde et la gauche, ouvrage collectif, Éditions du Seuil, 1979, p. 79.

|3| « A Plague of Finance », The Economist (Londres), 29 septembre 2001.http://www.economist.com/node/796127

source : CADTM Postface : Éric Toussaint, lanceur d’alerte par Jean Ziegler

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Présentation

par Pauline Imbach & Damien Millet

Au gré des scandales politico-économiques qui ponctuent l’actualité internationale, les noms de personnalités importantes sortent régulièrement dans la presse. De ces protagonistes on ne retient souvent que quelques éléments épars.
Jacques de Groote, dont il est question dans ce livre, est un exemple intéressant. Ex-directeur exécutif du FMI et de la Banque mondiale représentant la Belgique pendant une vingtaine d’années, il est accusé par la justice suisse de « blanchiment d’argent aggravé », « escroquerie » et « faux dans les titres ». L’impact médiatique a été très important en 2013, en Europe et au-delà.
Ce qui intéresse tout particulièrement Éric Toussaint dans ce récit, c’est qu’à travers le parcours de cet ancien haut responsable se dessine un morceau d’histoire de deux grandes institutions financières internationales – le FMI et la Banque mondiale – qu’il critique radicalement depuis de nombreuses années.
Les grands médias font la part belle à ces deux institutions. Impossible de les critiquer, de remettre en cause leur action, encore moins leur existence. Tout se passe comme si elles faisaient partie d’une autre dimension, où leurs échecs répétés et les graves dégâts qu’elles provoquent ne peuvent leur être imputés. Elles jouissent d’une légitimité intrinsèque et sans limite. Jamais leurs dirigeants ne sont poursuivis en justice car ils bénéficient d’une immunité pour les faits commis dans l’exercice de leurs fonctions.
Depuis leur création en 1944, la Banque mondiale et le FMI n’ont fait l’objet d’aucun procès malgré des violations répétées des droits humains.
La raison est simple : ces deux institutions sont au service des gouvernements des pays dominants et des grandes sociétés privées multinationales. Leur boussole oscille entre les intérêts privés (qu’ils soient politiques, économiques ou financiers) et ceux des grandes puissances.
Ce livre passionnant, qui se lit comme un roman historique, met en lumière ces différents éléments à travers la vie de Jacques de Groote. L’auteur ne pratique ni l’insinuation ni la diffamation envers Jacques de Groote. Il s’en tient aux faits, basant son travail d’investigation sur des sources citées de manière précise.
Nous suivons notre personnage principal au Congo Kinshasa auprès du dictateur Mobutu , qui restera célèbre pour sa féroce dictature et pour la fortune personnelle qu’il a amassée sur le dos du peuple congolais.
Nous partons ensuite au Rwanda où notre personnage principal rend des services à son ami Van den Branden, baron et patron d’une grande société minière. Là, d’une pierre trois coups, de Groote va agir en fonction des intérêts des institutions qu’il représente, le FMI et la Banque mondiale, de ceux de son ami et du régime du général Juvénal Habyarimana.
L’épopée se poursuit en République tchèque où éclate « l’affaire » de la privatisation frauduleuse de MUS (Mostecká Uhelná Spolecnost), une des principales mines de charbon. La Belgique fait également partie du décor, puisque se dessinent les intérêts géostratégiques du royaume, la généralisation de la politique néolibérale à partir des années 1980, les groupes de pression, les alliances et amitiés politiques.
Le théâtre des opérations est mondial : procès aux États-Unis, en Suisse, pipe-line en Inde, success story de la Banque mondiale et du FMI au Mexique, connexions avec des grandes banques privées internationales… À plusieurs reprises, des conflits d’intérêts sont avérés.
La toile de fond de la narration reste les institutions financières internationales qui sont responsables de violations répétées des droits humains. Lever le voile sur leurs agissements est primordial. Il va de soi qu’elles doivent rendre des comptes, tout comme les personnes qui les dirigent et les représentent. Il est essentiel de démonter le puissant mécanisme de domination que ces institutions imposent aux peuples de la planète depuis bientôt 70 ans. Le CADTM s’attelle à ce travail de critique radicale depuis plus de 20 ans et toutes ses publications regorgent d’analyses approfondies permettant de comprendre la logique mortifère des choix qui sont faits au niveau mondial.
La chute n’est pas écrite mais ce récit jette une pierre dans le jardin néolibéral et fournit de précieux éléments à toutes celles et tous ceux qui souhaitent comprendre et combattre ce système injuste.
Il est temps de vous laisser découvrir cet ouvrage très documenté qui doit provoquer en chacun de nous un besoin de révolte salutaire et renforcer la conviction qu’il faut agir.

Pauline Imbach & Damien Millet

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