Fruits Rouges

Politique et sécurité alimentaire par Nouhoum Keita

Politique et sécurité alimentaire

par Nouhoum Keita

 

Un milliard d’êtres humains ont faim dans le monde alors que la planète produit plus de nourriture qu’il en faut pour nourrir tous ses habitants. Toutes les six secondes, un (1) enfant meurt de faim dans le monde. En 2009, on compte 100 millions de personnes sous-alimentées de plus dans le monde, soit une hausse de 11%. Autrement dit, une personne sur 6, la quasi-totalité vivant dans les pays en développement !

Pour la FAO, il faut augmenter la production agricole de 70% d’ici 2050, afin de pouvoir nourrir 9 milliards d’habitants. Pour y arriver, il faut un investissement de 29,6 milliards d’euros par an contre seulement 5 milliards d’euros actuellement !

En plus de ces ressources extérieures, les pays en développement doivent engager des actions au plan interne à travers des investissements importants et ciblés vers les populations rurales démunies et des politiques de planification à long terme. Cela passe forcement par des politiques de souveraineté alimentaire et une reforme agraire radicale. Pour Via Campesina, une organisation internationale de défense des agriculteurs, la souveraineté alimentaire est :

« Le droit des peuples à disposer d’une alimentation saine et adaptée à leurs traditions culturelles, produite selon des méthodes écologiquement acceptables et durables ; c’est aussi le droit des peuples à choisir leur propre nourriture et leurs systèmes agricoles. Elle place les aspirations et les besoins de ceux qui produisent, distribuent et consomment la nourriture au cœur même des systèmes alimentaires plutôt que la demande des marchés et des grandes entreprises.

La souveraineté alimentaire permet d’assurer la stabilisation et la protection des marchés domestiques, grâce au contrôle des importations et à l’intervention de l’Etat dans les mécanismes économiques. Cette politique devrait ainsi contribuer à l’effort de reconstruction des économies nationales, en créant des emplois, en assurant la suffisance alimentaire des pays en apportant des réponses aux problèmes de la pauvreté » fin de citation…

La situation actuelle mérite des réponses politiques à hauteur de la taille du défi. Mais pour y arriver, les Etats en voie de développement doivent refuser les diktats des Institutions financières Internationales qui oeuvrent à la promotion de l’agrobusiness à travers un soutien aux firmes multinationales qui détruisent l’agriculture familiale et maintiennent nos agricultures dans un système de dépendance et d’exploitation.
La culture des OGM, l’endettement des paysans à travers l’achat des engrais chimiques, des pesticides qui épuisent la qualité des sols, constituent des entraves au développement d’une agriculture saine garante d’une alimentation de qualité.

Les solutions politiques à terme doivent permettre :

– D’appuyer et stimuler la production agricole locale, notamment soutenant l’activité agricole et en facilitant des mécanismes de crédit pour les petits producteurs ;
– Soutenir et développer les circuits de commercialisation directe/courts entre producteurs et consommateurs pour assurer des prix rénumerateurs pour les paysans et accessibles au consommateur ;
– Encourager la consommation des produits locaux ;
– Soutenir des modes de production plus autonomes par rapport aux intrants chimiques et ainsi moins dépendants des variations des coûts de production…

Face à cette situation d’insécurité alimentaire, nos Etats doivent réorienter leurs stratégies, en créant de vrais soutiens aux politiques agricoles, en nationalisant et en démantelant les grandes entreprises de l’agrobusiness, en rétablissant et en renforçant les mécanismes de garantie des prix agricoles, en abrogeant les accords de libre-échange multilatéraux comme l’OMC, les Accords de Partenariat Economique qui rendent impossible la souveraineté alimentaire.

Refuser d’appliquer ce programme minimum, conduirait à détruire les bases d’un développement économique durable et à provoquer des crises sociales et politiques aux conséquences imprévisibles.

Nouhoum Keita

Source : éditorial du site du Part SADI