Fruits Rouges

La politique africaine du gouvernement Hollande par Pierre Banzet

La politique africaine

du gouvernement Hollande

par Pierre Banzet

Nous avons réunis ici 4 articles publiés entre le 16 et le 30 avril 2013. FR

1/4 Affaires Laurent Bigot et Christian Rouyer

Ainsi, il se sera passé peu de temps entre la mise au placard de Laurent Bigot et le limogeage de Christian Rouyer.

Compte tenu des bonnes relations que l’ex-ambassadeur de France, Christian Rouyer entretenait avec le Président par intérim Diouncounda Traoré, son limogeage qui, à première vue, peut sembler surprenant, acquiert sa légitimation au regard de l’analyse développée pour ce qu’il avait été convenu d’appeler « l’affaire Laurent Bigot », à savoir, la mise au pas des fonctionnaires du Ministère des Affaires étrangères et leur remplacement par des personnalités proches ou issues de l’armée française.

Sur le site internet malien d’information Maliweb, un article signé de B.S. Diarra daté du 1er avril 2013, attribue la mise à l’écart de Laurent Bigot et de Christian Rouyer à la réprobation de leur relation et de leur soutien à Ibrahim Boubacar Keïta, dit IBK, candidat malheureux des élections présidentielles face au président ATT.

Il est, certes, intéressant de prendre note de cette information sans pour autant surévaluer son importance. Cela ne fait que révéler la persistance de mécanismes relationnels liés à la politique de la Françafrique et, en l’occurrence, le changement d’alliances qui se produit entre les réseaux de Droite, liés à l’UMP et les réseaux dits de Gauche liés au PS. Laurent Fabius et François Hollande s’appuieraient dans ce cas sur les réseaux liés à l’Internationale Socialiste. Il sera aisé de vérifier la validité de ces informations assez rapidement, mais il n’en demeure pas moins que cela ne concerne qu’une politique de court terme dont il convient de relativiser l’importance.

Bien des commentateurs, bien des journalistes se sont dit étonnés de la fulgurance de l’intervention militaire française au Mali. C’est pourtant un fait connu et reconnu que tout gouvernement demande  aux organes de l’État de dresser le tableau d’une situation donnée, en l’occurrence la conquête du Nord Mali par les groupes rebelles et djihadistes et d’établir tous les scénarios possibles. Chaque  scénario est construit selon le principe du jeu d’échec et des joueurs qui anticipent tous les déplacements des pièces sur l’échiquier. L’intervention militaire n’est donc, en aucun cas, une stratégie définie par François Hollande dans son sommeil, la nuit qui a précédé l’intervention de l’aviation. Il est bien évident qu’il n’a pas pris cette décision en posant le pied par terre au saut du lit, en se disant : « tient, pour occuper ma journée, je vais lancer une contre-offensive à Sévaré ! ». Cette offensive a été étudiée de longue date avant la décision de retenir ce scénario.

C’est très exactement le même cas de figure en ce qui concerne IBK et les bonnes ou mauvaises relations tissées par des représentants de l’État français. Le principe est que, si le « favori » malien du gouvernement français ne devait pas remporter la course à la présidence, le Ministère des Affaires étrangères et de la Coopération ne manquerait pas de se tourner vers un autre homme politique susceptible de gagner cette élection. Les témoignages recueillis auprès de personnalités ayant travaillées avec Jacques Foccart, – (Monsieur Élysée au lendemain des indépendances des nations colonisées par la France) – par les historiens, journalistes et chercheurs français, ont permis de savoir que les services français, officiels ou non, n’hésitaient pas à s’entretenir avec pas moins de cinq dirigeants de courants politiques différents, tant proches des pouvoirs en place que des oppositions pour le cas où la volonté populaire ne confirmerait pas leur premier choix de « favori ». De ce fait, s’il devait être accordé crédit à cette motivation de relation entre Christian Rouyer et IBK, soit il ne s’agit que d’un leurre et donc d’une importance relative comme présentée précédemment, soit François Hollande qui, en dernier recours est l’homme politique décisionnaire, est un homme politique dont les connaissances et les conceptions de la politique africaine de la France ne dépassent pas celles qu’en avaient les hommes politiques français du XIXe siècle, ou encore, ce qui est à craindre, les conceptions de la IIIe République française et l’expansion coloniale de l’Empire. Dans ce cas, la réponse ne manquera pas d’être fournie avec les prochaines déclarations relatives à la sortie de crise au Mali pour ce qui est de l’entendement et de la compréhension de François Hollande d’une part, et, d’autre part, conséquence d’une telle situation, le prochain Président de la République Malienne, déjà nécessairement « mal élu » au cours de prochaines élections mal organisées et dont la fraude marquera des sommets dans l’histoire du pays, devra porter le poids de la responsabilité d’être le « favori » quoiqu’il puisse se produire. Les anciennes colonies de l’Afrique française ont déjà connu l’épisode de « papa m’a dit »,elles vont donc pouvoir entrer à présent dans l’ère de « tonton Hollande et tonton Fabius ont dit ».

Quelles que soient les motivations réelles du limogeage de Christian Rouyer, la décision de le relever de ses fonctions est une décision qui marque un changement de politique à l’égard du Mali. et de l’Afrique.

2/4 La politique désavouée

En ces temps troublés que traversent l’Afrique et le Mali, il convient de conserver à l’esprit qu’en respect de la Constitution, la carrière dans la diplomatie française n’est pas seulement et directement liée au pouvoir en place à l’Élysée. Bien entendu, les hauts fonctionnaires, dont les ambassadeurs, dépendent des choix et des décisions du gouvernement pour leur nomination et leur avancement mais leur carrière de diplomate ne s’interrompt pas à chaque élection. C’est à l’opposé de ce qui se produit aux États-Unis, pays dans lequel près de dix pour cent des hauts fonctionnaires de l’État sont directement liés à l’administration du parti vainqueur aux élections présidentielles et qui n’exercent cette fonction que le temps que dure le mandat de leur candidat. En revanche, les fonctionnaires français peuvent être déplacés et se voir attribuer des mutations de carrière présentant toutes les caractéristiques d’un placard doré.

Dans le cas de Christian Rouyer, bien que celui-ci ait été nommé par Nicolas Sarkozy au poste d’ambassadeur à Bamako, comme tout diplomate, il suit et applique les consignes du gouvernement en place, hier, celui de Sarkozy, aujourd’hui, celui de Hollande. Un fonctionnaire de l’État est prié de ne pas rendre public ses états d’âme et est assujetti au devoir de réserve. C’est à dire à ne pas rendre public les informations dont il serait détenteur et ne pas rendre public un désaccord personnel à propos des directives et des décisions politiques transmises par ses supérieurs.

Au regard de la situation de guerre qui prévaut au Mali, du rôle joué par l’ambassadeur dans l’implication de la CEDEAO, de la mise en place du gouvernement transitoire à Bamako et de la légitimation de l’intervention militaire française, il est ridicule de considérer son remplacement par Gilles Huberson comme anodin et comme la manifestation d’un déroulement de carrière normal tel qu’en fait état le journal Le Monde en titrant : « Mali : la France réorganise son dispositif militaire ».

Il est bien évident que l’ex-ambassadeur a mené son engagement professionnel au Mali en respect  de la défense des intérêts des multinationales françaises et de la conception des intérêts de la France et de ses alliés, telle qu’elle se conçoit au sommet de l’État. Par ailleurs, ces conceptions pour lesquelles sont formatés tous les diplomates de carrières et les hauts fonctionnaires pour ne citer qu’eux, varient assez peu que le Président de la République soit issu d’une majorité de Droite ou de Gauche. Ce qui a été amplement démontré par l’alternance miterrandienne comme par les deux expériences de cohabitation.

Néanmoins, d’une part, rechercher les points communs entre les lignes politiques et les analyses développées par ces différents fonctionnaires « remerciés » par Laurent Fabius permet de tirer un bilan des grandes lignes de la politique désavouée par le pouvoir actuel. D’autre part, l’étude de la formation et du parcours professionnel de Gilles Huberson permettra alors de dresser, à l’inverse, un tableau des grandes lignes d’analyse ou de méthode approuvées au Quai d’Orsay et à l’Élysée, aujourd’hui.

Il apparaît à la lecture des informations disponibles que ces différentes personnes ont effectivement plusieurs points communs. Le premier point commun, comme Christian Rouyer et Laurent Bigot l’ont eux-mêmes revendiqués publiquement : ils n’aiment pas manier la langue de bois.

Deuxième point commun, ils considéraient comme non-justifié d’accorder des subventions publiques à des fonctionnaires africains, en général, et, maliens en particulier dès l’instant ou il était prouvé que ces hommes (ou femmes) politiques avaient précédemment détourné des subventions publiques à des fins d’enrichissement personnel.

Troisième point commun, tous revendiquaient le respect des principes d’un État de droit. C’est-à-dire l’État malien, personne morale au même titre que l’État français, ne peut agir que selon des principes et des règles écrits dans la loi et conformes à la constitution. Ce qui signifie plus simplement que l’État et l’administration de l’État sont soumis et subordonnés au respect de la loi.

Quatrième point commun, il dénonçaient tous la gestion familiale, tribale ou ethnique pratiquée par un grand nombre de chef d’État de pays africains. Le népotisme qui sévit au Mali depuis la chute de Modibo Keïta n’a même plus besoin d’être démontré tellement il est évident. L’actuel gouvernement intérimaire de Dioncounda Traoré, malgré les grandes clameurs de renouveau démocratique, ne fait pas exception à cette règle d’usage. Mais, par contre, cette situation ne semble pas troubler « tonton Hollande » et « tonton Fabius ».

Dernier point commun à tous, leurs analyses et leurs lignes de conduite politique ne remettent jamais en cause ce qu’ils conçoivent comme le bien-fondé de la défense des intérêts français au Mali. Parmi ces intérêts, leur appui à la CEDEAO, leur soutient à l’intervention française et aux  motivations de cette intervention telles que concoctées par les services de communication de l’État français.

C’est donc sur la base de ces principes que s’exprimaient les hauts fonctionnaires remerciés par Laurent Fabius. Est-il utile d’insister sur le principe de la lutte contre la corruption et le népotisme ? Deux maux dont souffre particulièrement le Mali et à propos desquels tous les fonctionnaires « limogés » insistaient pour y mettre fin mais qui, pour Laurent Fabius, ne semblent pas des critères privilégiés à retenir pour le choix des représentants du gouvernement dont il est le ministre des affaires étrangères.

3/4  La nouvelle politique approuvée aujourd’hui

Quels sont donc les critères qui prévalent au choix de Laurent Fabius et de François Hollande dans la nomination de Gilles Huberson ?

Arrêtons-nous un instant sur le parcours du successeur à l’ambassade de Bamako, Gilles Huberson. Il est Diplômé de l’école spéciale militaire de Saint-Cyr, licencié en histoire, breveté de l’enseignement supérieur et auditeur de la 10e session nationale de l’Institut des Hautes Études de la Sécurité Intérieure (1998-1999).

Ancien sous-directeur chargé de la sécurité des personnes au Quai d’Orsay, il a fait ses études à l’école militaire, dans le corps de la gendarmerie et, il est considéré comme « très (très) proche » des services spéciaux français. Il a occupé précédemment le poste de Chef de la mission “Mali-Sahel” (MMS) à la direction d’Afrique et de l’océan Indien du ministère des Affaires étrangères (février 2013), celui de Conseiller diplomatique en charge des affaires internationales et européennes au cabinet de la secrétaire d’État chargée de l’Outre-mer, puis conseiller auprès du ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer, des Collectivités territoriales et de l’Immigration, chargée de l’Outre-mer, Marie-Luce Penchard (juillet 2009-mai 2012).

Il apparaît que Gilles Huberson, bien plus que diplomate, est surtout un pur produit de la haute hiérarchie militaire. Comme le faisait remarquer  un journaliste malien : « un véritable soldat ». Dès lors, il est légitime de se poser quelques questions à propos des déclaration du gouvernement provisoire malien. Que dire ? Que penser ? Lorsque ce dernier interrogé sur cette sanction- remplacement de Christian Rouyer et répond que c’est une question qui ne concerne que la France. Faux ! Le remplacement d’un diplomate par un militaire n’est pas une question anodine qui ne concerne que le gouvernement français.

Cette nomination révèle au moins deux choses : la première, cette nomination est celle d’un stratège militaire. L’association Survie, laisse entendre au sujet de Gilles Huberson, qu’il n’est pas seulement ambassadeur mais, surtout, pourrait être un agent de la DGSE. Qu’il soit membre ou travaille avec la DGSE, n’est pas, en soi très important, toutefois, cela signifie que le rôle et la position géopolitique et géostratégique du Mali seront, à l’avenir, les points de référence prédominants de la politique française dans la sous-région et la raison de la présence française au Mali. Les stratégies des multinationales françaises du CAC 40 céderont le pas aux décisions élaborées par les conseillers militaires de l’Élysée et de Matignon. La seconde révélation, est l’oeuvre de Laurent Fabius lorsqu’il a déclaré, à Bamako, que mille soldats français resteront « définitivement » sur le territoire malien, il appartient au nouvel ambassadeur de gérer les relations entre les troupes françaises et l’État Malien.

L’intervention française en Côte-d’Ivoire a été le signal du retour de l’armée française sur le continent et de son ingérence dans la vie politique d’un État africain, Cette intervention en Côte-d’Ivoire a également, tout autant été le signal que la France n’entendait pas permettre que la Côte-d’Ivoire, ou tout autre État africain francophone, puisse accéder à une authentique indépendance politique, financière ou commerciale. Dans le cas de l’intervention française au Nord Mali, la gestion politique et militaire de la France sanctionne le retour de la puissance colonisatrice et des relations entre États qui relèveront de la relation colonisateurs-colonisés. Une régression historique d’un peu plus de cinquante années de pseudo-indépendance.Au regard de cette perspective, le choix d’un militaire comme Gilles Huberson n’est donc absolument pas anodin puisqu’il s’agit ni plus, ni moins que d’une nouvelle aventure coloniale d’une puissance européenne.

Considérons les responsabilités de Gilles Huberson auprès du Ministère de l’Outre-Mer et plus particulièrement de la gestion politique de l’île de Mayotte. Dans le cas de l’île de Mayotte, le cas de figure qui se présente est celui d’une colonisation pure et simple. Bien que depuis 1945 la France ait été condamnée par les instances juridiques de l’ONU pour son refus de permettre à ses anciennes colonies d’Outre-Mer d’accéder à l’indépendance, le parlement, le Conseil d’État, le Conseil Constitutionnel français ont permis la modification des règles constitutionnelles régissant l’intégration d’un nouveau territoire à la nation française. Pendant que François Hollande, de son côté, s’est adressé à la communauté homosexuelle pour grappiller quelques pourcentages de voies électorales en proposant le mariage pour tous, Nicolas Sarkozy a procédé à l’intégration de l’île de Mayotte définitivement colonisée sous l’appellation de cent-unième département français. Lui aussi pour, en partie, grappiller de ces quelques pourcentages de voies qui font et défont les carrières des présidentiables mais ce n’est pas la seule raison de cette politique.

Un autre aspect des choix politiques du gouvernement français d’hier avec Nicolas Sarkozy, et d’aujourd’hui avec François Hollande est dicté par l’état-major de l’armée. Par ailleurs, certainement la raison majeure de cette intégration sans le moindre doute, l’intérêt géostratégique de Mayotte. Ce motif est à l’origine de la décision du gouvernement Sarkozy d’intégrer l’île en tant que département français, point ultime de la colonisation que le gouvernement de François Hollande poursuit.

4/4  La recolonisation

Gilles Huberson, de par sa formation comme par son parcours professionnel a été de ceux qui ont œuvré à cet acte de colonisation en ce début de XXIe siècle. Les intérêts français pour ce qui concerne l’île de Mayotte sont très clairs. L’île de Mayotte est en fait constituée de deux îles principales : Petite-Terre et Grande-Terre. La légion française est présente dans l’île depuis cent-cinquante ans. Le cent-cinquantenaire est fêté cette année. La France a installée une base d’écoute sophistiquée sur Petite-Terre. Base d’écoute qui fait le pendant de la station d’écoute en Guyane et qui permet d’intercepter les communications sur plusieurs milliers de kilomètres à la ronde. Ce qui englobe l’Afrique de l’Est, l’Océan Indien, un certain nombre d’États arabes dont l’Arabie Saoudite, le Yémen ou le Sud de l’Iran ainsi que la zone de piraterie à l’entrée du Golf de d’Aden et de la Mer Rouge.

L’île de Mayotte permet également le contrôle du canal du Mozambique. Canal dans lequel la compagnie Total a découvert des champs pétrolifères et gaziers. Ces découvertes ont conduit les gouvernements français à réaffirmer les droits de propriété de la France sur les îlots Juan de Nova, Bassas da India, l’archipel des Glorieuses ou le récif de Tremolin. Ces récifs et îlots inhabités auraient dû être restitués à Madagascar à l’indépendance de l’île en 1960. Il n’en a rien été et il faut savoir que même un îlot inhabité permet de réclamer l’application du droit de la mer et l’appropriation des deux cent miles marins et des fonds marins autour de ces îlots.

Comme au Mali, les enjeux sont géostratégiques et vise à la mainmise et au contrôle sur les ressources de matières premières indispensables à une nation industrialisée en pleine crise économique comme la France. Gilles Huberson a été, de près ou de loin, un acteur de cette recolonisation et n’a pas, jusqu’ici, exprimé le moindre état d’âme à propos de cette politique.

Pas plus qu’il n’a exprimé d’état d’âme sur la corruption, le clientélisme, les faux emplois et les détournements d’argent public dont se sont rendus coupables certains élus mahorais du Conseil Général et, en particulier, le premier d’entre eux, le président Zaïdani. Bien que quotidiennement dénoncés dans la presse locale, le président du Conseil Général, Daniel Zaïdani, candidat Divers Gauche aux élections de 2011, désavoué par la majorité qui l’a élu président du Conseil Général, n’a pas hésité à renverser sa majorité pour être reconduit dans ses fonctions par une majorité dirigée par des élus de l’UMP. La presse et les médias régionaux, la Cour des Comptes ont de nombreuse fois dénoncé ses malversations sans la moindre conséquence pour lui. Il y aura même gagné le surnom de Zaïdani Premier tandis que les deux députés élus à l’Assemblée nationale française ont gagné le surnom de Dupont-Dupond, nettement moins glorieux mais qui témoigne du peu de poids politique des élus de l’Assemblée. De fait, dans l’île de Mayotte, coexistent trois pouvoirs : le Conseil Général, la Chambre des Métiers et le Préfet. Force est de constater que Mayotte, département français, non seulement souffre de maux que l’on retrouve dans d’autres pays africains mais que cet état de fait est entretenu par le gouvernement français. Si les députés disposent de relativement peu de pouvoir, toutes les décisions relèvent directement du Premier Ministre et à ce petit jeu du clientélisme les électeurs mahorais ne se sont pas trompés lorsque après avoir voté majoritairement pour le Président sortant, Nicolas Sarkozy, au premier tour des élections présidentielles de 2012, ils n’ont pas hésité un instant à tourner leur veste pour le second. Dans cette relation, il convient d’être dans les meilleures relations avec celui qui tient le stylo pour signer les chèques, la différence est donc bien mince entre une colonie et une néo-colonie. Si Mayotte n’était pas déclarée « département français », on parlerait de République bananière. Faut-il inventer l’expression « département bananier ? Peut-être le nouvel ambasssadeur pourrait-il répondre à cette question.

Ce qui est en revanche important, c’est que à ce petit jeu malsain du clientélisme et de la corruption, dès l’instant où les plus hautes instances politiques françaises se trouvent impliquées pour sauvegarder ses intérêts militaires, ou considérés comme tels, la nomination de Gilles Huberson et la nouvelle politique colonialiste française ne sont guère de bonnes augures pour le Mali et la sous-région. D’autant plus que, jusqu’à présent, gouvernement et armées française sont parvenus à ne pas rendre de comptes quant au rôle de la France dans la gestion du génocide Rwandais et de ses responsabilités dans son déclanchement. Dernièrement, au Cameroun, on était sans nouvelle du réalisateur Fofié Djimeli Richars (Richard Djirf), tandis que le cinéast franco-camerounais Jean-pierre Beklo Obama a vu la projection de son film, « Le Président, comment sait-on qu’il est temps de partir ? », interdit de projection à l’institut culturel français à la demande de l’ambassadeur de France au Cameroun.

Pierre Banzet

Correspondant radio Kayira

sources : site du Parti  SADI