Fruits Rouges

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ?

Mali : ingérence humanitaire

ou nouveau Sahelistan ? 

Par Ali El Hadj Tahar

Nous avons réunis ici la série de 16 articles publiés par Le Soir d’Algérie et reproduits par Mondialisation.ca .
Nos lecteurs pourront s’amuser à dénicher quelques erreurs mineures ou constater que Mr Ali El Hadj Tahar considère comme établi ce qui n’est pour le moment que des hypothèses fortes. Tel qu’il est ce texte est une sources précieuse d’informations et nous en recommandons la (longue) lecture à tous. (Fruits rouges)

Des plans asphyxiants du FMI aux hordes barbares

(1ère partie)

 

La crise malienne est-elle en train d’être réglée ou bien va-t-elle perdurer ? Quelles sont ses origines ? Quels sont les acteurs de l’ombre et à qui obéissent les prétendus groupes «islamistes » et «séparatistes» qui s’apparentent beaucoup plus à des mercenaires qu’à des rebelles de conviction et de principes, aussi faux et archaïques soient-ils ? Pourquoi l’Azawad est un mensonge, une mystification et surtout une construction coloniale ? Comment a fonctionné le scénario qui a permis à ces mercenaires de s’installer au Mali ? Avec quels moyens et soutiens ? Pourquoi le Mali ne pouvait pas se défendre ? Comment il en a été empêché avant et après un mystérieux coup d’Etat ? Dans ce conflit, l’Algérie a-t-elle été à la hauteur pour défendre ses intérêts et sa profondeur stratégique ? Un Sahelistan est-il possible et quels ingrédients lui faut-il ? Lorsque le terrorisme est utilisé comme outil de politique étrangère par des Etats, cela s’appelle guerre par procuration. Cette guerre a aussi été livrée à l’Algérie, sur le sol algérien, à In Aménas… Des réponses et des tentatives d’approche sur une crise face à laquelle l’Algérie ne peut se contenter de fermer ses frontières pour se croire à l’abri.

Personne ne s’intéresse au Mali, mais lorsqu’on y découvre du pétrole tout le monde arrive… Les «Printemps arabes» sont le déclencheur d’une stratégie globale de restructuration de la planète, et ces pseudo-révolutions concoctées entre Washington et la base d’El Oudeïd, au Qatar, en coordination avec des services arabes, s’inscrivent dans un plan dont la crise malienne fait partie. Il s’agit d’un même programme, ce fameux Grand Moyen-Orient (GMO) révélé par George Bush après «l’attentat» du 11 septembre 2011, et qui vise à chambouler les frontières héritées du partage de Sykes-Picot pour des considérations économiques et géostratégiques au profit de l’Occident. Lorsqu’on parle de stratégie impérialiste de cette envergure, on prête parfois à rire et ceux qui en rient ignorent que la Nasa, qui dépend de la Maison-Blanche, planifie des programmes spatiaux qui n’auront lieu que dans 20 ans mais sur lesquels des dizaines d’entreprises et de savants travaillent déjà. Ce sont les politiques qui permettent à ces programmes de se faire, et ils sont aussi capables de réfléchir sur le long terme aux ressources nécessaires à leur exécution et au maintien du niveau de vie des Américains, ce paramètre fondamental de la politique extérieure américaine. Le think tank qui a imposé les projets militaires de George Bush (guerres d’Afghanistan et d’Irak) s’appelle «Projet pour un nouveau siècle américain» et comprend de nombreux décideurs, chercheurs, théoriciens et chefs d’entreprise dont Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz, Richard Armitage et Dick Cheney… Le remodelage du monde musulman est une idée ancienne qui a pris forme juste après la fin du bloc communiste, l’Amérique voulant immédiatement rentabiliser à son avantage la conjoncture favorable de l’ordre unipolaire à peine naissant. En effet, le 11 septembre 1990, à la veille de l’attaque contre l’Irak, le président George H. W. Bush a révélé les grandes lignes du nouveau projet impérialiste américain : «Nous nous trouvons aujourd’hui à un moment exceptionnel et extraordinaire. La crise dans le Golfe persique, malgré sa gravité, offre une occasion rare pour s’orienter vers une période historique de coopération. De cette période difficile, notre cinquième objectif, un nouvel ordre mondial, peut voir le jour : une nouvelle ère, moins menacée par la terreur, plus forte dans la recherche de la justice et plus sûre dans la quête de la paix.» Quelques mois après, il envahira l’Irak, rendant effectif ce qu’on appellera le Nouvel ordre mondial (NOM). Son fils, George W. Bush, celui qui présidait aux destinées des USA lors de «l’attentat» du 11 septembre 2001, a dit : «La lutte contre le terrorisme a commencé et elle va durer longtemps. (…) C’est la première guerre du XXIe siècle.» Il n’a d’ailleurs pas dit la guerre, mais la «première guerre», laissant entendre qu’il y en aurait d’autres. Cela montre que l’invasion de l’Afghanistan (novembre 2001) et celle de l’Irak (20 mars 2003) étaient déjà planifiées, sous de faux prétextes : l’une pour «l’élimination» ou «l’arrestation» de Ben Laden, et l’autre pour détruire les «armes de destruction massive» de Saddam Hussein. Bush junior affine donc le concept du NOM, qui deviendra le Grand Moyen- Orient (GMO), dont la stratégie et les desseins sont identiques et visent la colonisation permanente ou momentanée de certains pays musulmans et arabes, et/ou la refondation de leurs frontières pour piller leurs richesses et les empêcher d’avancer sur tous les plans. D’ailleurs, douze ans après l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan, au lieu d’éliminer Al-Qaïda, l’intervention étatsunienne en a fait un fléau international et mis ces pays sur les genoux. Obama sera le continuateur de cette politique militaire dépensière imposée par le complexe militaro-industriel aux républicains comme aux démocrates.

Les desseins impérialistes de l’Occident

C’est Obama – pas George Bush – qui dira en juin 2010, à quelques mois des «Printemps arabes» : «Dans ce monde incertain, le temps est venu pour un nouveau commencement, une nouvelle aube de leadership américain.» Et d’ajouter : «Notre puissance économique doit soutenir notre force militaire, notre influence diplomatique et notre leadership mondial. Voilà pourquoi je construirai une armée du XXIe siècle et un partenariat aussi puissant que l’alliance anticommuniste qui a remporté la guerre froide, afin que nous demeurions partout à l’offensive, de Djibouti à Kandahar.» Cette «armée du XXIe siècle » vise donc clairement le monde musulman, car il cite deux villes musulmanes, ce qui inscrit donc son programme belliqueux dans le GMO. Par «partenariat aussi puissant que l’alliance anticommuniste», il entend une alliance stratégique et fondamentale avec des Etats-valets comme le Qatar, l’Arabie Saoudite et les nouveaux gouvernements issus des «Printemps arabes» qui s’acharnent déjà à détruire d’autres peuples arabes et à écraser le dernier des raïs digne de ce nom. Ce partenariat est en action, de manière foudroyante : plusieurs présidents déchus en l’espace d’une année, plusieurs crises nouvelles dans le monde arabe et, pour finir, un Sahelistan qui prend forme dans plusieurs régions, à nos frontières. Jamais le monde musulman n’a vécu des crises aussi graves et destructrices, autant de divisions et de partitions. L’invasion du Nord-Mali et l’attentat d’In Amenas s’inscrivent dans cette logique bien ficelée jusqu’au dernier détail. Notre propos vise à prouver qu’au Mali il ne s’agit pas de terrorisme mais de terrorisme d’Etat, les mercenaires employés pour ce dessein ne sont que des tentacules d’une même pieuvre, qu’ils prétendent agir au nom de l’Islam ou au nom de l’Azawad. La crise malienne s’inscrit dans une vision géostratégique impérialiste avec une aire géographique précise qui cadre avec la théorie huntingtonienne du «Clash des civilisations» et dont le but est la mainmise sur des ressources, l’extension et la domination mais aussi l’octroi de budgets faramineux aux entreprises du complexe militaro- industriel, entre autres. Cet impérialisme et ce bellicisme américains – en contradiction avec la Constitution du pays – est induit par un budget immense consacré à la défense, un budget par essence belliciste, qui ne s’explique que par une volonté de guerre permanente. Lorsqu’on sait que 70% de ce budget va aux entreprises privées, on comprend qui commande en Amérique et qui commandite les guerres menées par l’Amérique, «au nom de la justice» et même «au nom du Christ» comme l’a prétendu George Bush junior. Notre étude sur le Mali n’apparente pas le terrorisme et l’islamisme qui le soustend à une idéologie mais à un mercenariat de groupes qui travaillent pour des forces étrangères. Dès lors qu’il tue et terrorise et viserait à instaurer une dictature fasciste, «l’islamisme» n’est donc pas une idéologie mais un crime, pour paraphraser Bertolt Brecht qui disait que «le nazisme n’est pas une idéologie mais un crime». Elle s’articule sur des faits, mais aussi sur les données avancées dans de nombreux livres et études sur le terrorisme, essentiellement d’auteurs progressistes américains. C’est en partant du point de vue – démontré par plusieurs auteurs et que nous alimenterons par notre analyse – que le terrorisme dit «islamiste» est, premièrement, une fabrication américaine qui ne sert que les intérêts occidentaux, avec le soutien et la bénédiction de supplétifs et, deuxièmement, que l’alliance qui a permis de faire sortir les Russes d’Afghanistan et de détruire le bloc communiste est non seulement en vigueur mais plus solide et puissante que jamais. Aujourd’hui, cette stratégie ne vise plus un seul pays mais plusieurs à la fois, depuis que les «Printemps arabes» ont enclenché le passage de ce plan impérialiste à une vitesse supérieure.

La misère de la zone franc

Au-delà de la présente phrase, nous n’emploierons qu’entre guillemets et très rarement les termes fallacieux de «terrorisme islamiste», de «djihadistes », d’«islamistes» ou «d’islamisme» car cette terminologie et sa propagation relèvent de la stratégie qui nourrit les fléaux qu’ils couvrent : tous ces termes sont inadéquats car il ne s’agit pas de combattants au nom de l’Islam ni même d’un Islam perverti mais de mercenaires sans principes, sans attaches ni programme ni but. Ils ne servent pas leurs intérêts propres mais ceux de l’Occident, de manière consciente et préméditée. Ces mercenaires sont les harkis des temps modernes, et comme les harkis n’ont pas d’idéologie, les terroristes se prétendant de l’Islam n’en ont pas. Aucun musulman et aucun savant musulman ne peut ignorer que «vouloir créer un Etat musulman, c’est sacraliser le pouvoir», comme le résume le mufti de la république syrienne, cheikh Badr El-Dine Hassoun qui considère que l’Etat en terre d’Islam ne peut être que laïc et séculier pour que des hommes ne monopolisent pas les Choses d’Allah, qui sont censées appartenir à tous. Et ce, ajoute un autre imam syrien, Mohamed Saïd Ramadan Al-Bouti, pour que le savant musulman et la théologie musulmane ne soient pas prisonniers de potentats se prétendant de l’Islam comme l’ont montré les dictatures saoudiennes et celles des rois Hassen II du Maroc et Hussein de Jordanie… La dette malienne s’élevait à 3,19 milliards de dollars en 2012, ce qui est énorme pour un pays qui ne vit que de la vente du coton, d’élevage et d’agriculture. Comment satisfaire les besoins d’une population de 14 millions d’habitants avec un budget de l’Etat de 150 millions d’euros (année 2012), soit à peine la moitié du budget du ministère algérien de la Culture ? La France détient 25% de cette dette et le Qatar, 4%. Les créanciers refusent de passer l’éponge, ce qui oblige le Mali à accepter, en 1992, un plan d’ajustement structurel (libéralisation des prix, ouverture du marché, vente des terres agricoles aux Français) qui, au lieu de relancer la croissance, a rendu le pays plus vulnérable et dépendant de l’extérieur, avec un appauvrissaient plus grand. 72,8% des Maliens vivent avec moins d’un dollar par jour. La misère ne fait que grandir mais les créanciers restent de glace. Pis : le 11 janvier 1994, la France décide de dévaluer le franc CFA de 50% par rapport au franc français, car le Mali fait partie de la zone franc comme quatorze autres Etats africains et des îles du Pacifique. Cette dévaluation met le peuple malien à genoux : la descente aux enfers peut commencer, et le plan se resserrer. Heureusement, Kadhafi offre des milliers d’emplois aux Maliens, y compris au sein de son armée. Mais lorsqu’il propose au Mali et à d’autres pays de sortir de la zone franc pour préparer la création d’une nouvelle monnaie africaine, de gros problèmes commencent pour les Maliens et Libyens. Les problèmes maliens sont aussi liés au refus du président Amadou Toumani Touré (ATT) d’offrir à la France une base militaire au Mali, base destinée à contrecarrer l’influence libyenne, chinoise, russe et américaine dans sa zone d’influence historique. Les militaires français ont été chassés du Sénégal et doivent bientôt déguerpir du Tchad : la crise malienne va-t-elle empêcher cela et servir à renforcer le prestige d’une France-civilisée-libératrice-des-nationsdu- terrorisme-barbare ? La «menace» terroriste marche à tous les coups, y a qu’à voir l’augmentation exponentielle des ventes d’armes à travers le monde et la prolifération de bases militaires américaines. ATT aurait aussi voulu écarter la France (Total) de l’exploitation des gisements de pétrole qui ont récemment été découverts… au Nord-Mali, au sud de la wilaya algérienne d’Adrar. Le pétrole est dans le ventre de la terre mais par-dessus, c’est la misère. Le remboursement de la dette et l’ajustement structurel imposé par le FMI ont mis le Mali à genoux : il n’avait même pas de quoi acheter des munitions pour ses soldats : c’est ce qu’a dit le président ATT ! D’ailleurs, déjà en 2010, selon un câble de Wikileaks(1), le brigadier général marocain Abdellah Hamdoun, directeur de l’Intelligence marocaine, informait les Etats-Unis que le Mali manquait de moyens pour contrer Aqmi…

Ali El Hadj Tahar

8 février 2013

1.http://wikileaks.org/cable/2010/01/10RABAT5.html

Publié sur Le Soir d’Algérie

 

La boîte de Pandore libyenne devient un enfer

(Deuxième partie)

Après avoir été amené par le FMI à une crise économique grave qui ne permettait même pas l’achat de munitions, le Mali est livré à une horde de mercenaires qui viendront bientôt conquérir le nord du pays et permettre à la France d’y venir jouer au cow-boy en engageant un budget de 630 millions d’euros dans l’opération Serval qui rappelle celle de l’opération Epervier au Tchad. D’ailleurs, le serval est aussi un animal, un félin proche du chat sauvage.

Comme l’opération Serval, l’opération Epervier a été déclenchée début février 1986 par la France pour soutenir le putschiste Hissène Habré après le franchissement du 16e parallèle par les forces armées libyennes venues soutenir Goukouni Oudëi, le président renversé en 1981. Depuis, les Français sont au Tchad… Le Mali a été volontairement amené à cette situation où son armée ne pouvait plus accomplir ses missions de défense du territoire. L’ajustement structurel a engendré un Etat failli et une armée en faillite. C’est aussi simple que cela. D’ailleurs, fin janvier et début février 2012, des manifestations de femmes de militaires craignant pour leurs maris face aux hordes d’Ansar Dine et du MNLA scandaient : «Des munitions pour nos hommes.» Une cargaison d’armes et de munitions aurait empêché le drame malien et, par conséquent, celui d’In Amenas d’avoir lieu. L’effacement de sa dette aurait permis à Bamako de recruter des soldats pour régler ses problèmes dans la dignité et surtout sans ces 800 000 déplacés, ces morts et ces bras coupés. Le président Amadou Toumani Touré (ATT) savait que la «révolution» libyenne allait avoir des répercussions gravissimes sur son pays. Mais le 22 mars, il fera l’objet d’un coup d’Etat. L’armée commence alors à battre en retraite face aux mercenaires organisés en bandes aux appellations différentes mais aux mêmes objectifs. La suite des événements on la connaît, du moins surtout du point de vue occidental qui a réussi à déformer toutes les informations d’ordre historique, politique, géographie et économique sur un pays qui est pourtant à nos frontières et dont le destin est intimement lié au nôtre. Nos journaux et nos chaînes de télévision reprennent les mensonges issus du plan du général de Gaulle… C’est parce que nous sommes culturellement et médiatiquement sous-développés que nous faisons l’objet de manipulations occidentales qui détruisent nos nations. L’ex-président malien, ATT, en exercice jusqu’au 21 mars 2012, s’était inquiété de la déstabilisation de son pays par la crise libyenne, et ce, bien avant le retour au Mali d’un millier de soldats touareg qui faisaient partie de l’armée de Kadhafi. Evidemment, seule une poignée d’entre eux rejoindra les terroristes et les «rebelles», car la dignité et le sens de l’honneur des Touareg et leur attachement à leur pays d’origine sont identiques en Algérie, au Mali, au Niger, au Burkina Faso ou en Libye. Très vite, pour le Mali, la boîte de Pandore libyenne devient un enfer. Comme aucun pays n’a voulu donner de munitions au Mali ni effacer sa dette pour lui permettre de se prendre en charge militairement, aucun des pays membre de l’OTAN n’a exigé des «rebelles» libyens la restitution des armes qui leur ont été distribuées pour en découdre avec Kadhafi. C’est l’amiral Giampaolo Di Paola, président du Comité militaire qui regroupe les chefs d’état-major des pays de l’OTAN, qui a alerté l’opinion internationale : «Plus de 10 000 missiles sol-air» qui représentent «une sérieuse menace pour l’aviation civile» pourraient sortir de Libye et se retrouver entre de mauvaises mains «du Kenya à Kunduz», a-t-il dit, selon Der Spiegel(dimanche 2 octobre 2012). Quant au général libyen, Mohamed Adia, chargé de l’armement au sein du ministère de la Défense du Conseil national de transition (CNT), il a estimé à «environ 5 000» le nombre de SAM-7 «toujours manquants et dans la nature», supputant déjà que certains de ces missiles seraient déjà tombés entre de mauvaises mains. Ni Londres, ni Washington, ni Paris n’ont réagi à ces informations, sachant au moins leur destination vers les «révolutionnaires» syriens.

Ces armes que le Qatar laisse aux terroristes…

Pour précipiter la chute de Kadhafi, l’OTAN a distribué 20 000 tonnes d’armes et de munitions aux groupes «révolutionnaires» par l’entremise du ministre de la défense du Qatar, en qualité de payeur de la facture. En septembre 2011, l’OTAN l’a également chargé de récupérer les armes en question, mais il a laissé des arsenaux entiers à disposition du Groupe islamique combattant en Libye (GICL), filiale d’Al-Qaïda. Le 10 novembre 2012, Mahmoud Jibril, leader du CNT et chef du parti Alliance des forces nationales libyennes, vainqueur des élections du 7 juillet 2012, disait sur la chaîne irakienne Al Hurra que le Qatar refusait toujours de récupérer les armes qu’il a distribuées aux groupes rebelles qui ont «libéré» son pays, ce qui suppose que Doha a aussi le contrôle sur ces groupes. En vérité, ce sont les Etats-Unis et la France qui sont les premiers responsables de cette situation car le Qatar ne peut laisser des armes dans la nature sans blanc-seing. Cette information, parmi d’autres dont celles qui filtrent des déclarations officielles, conforte la thèse d’une conspiration au Mali. En tout cas, il y a une évidence indéniable : l’effet domino de la «révolution» libyenne ne se limite pas à l’Afrique car il touche directement la Syrie et le Yémen : Obama a d’ailleurs reconnu (24 janvier 2013) que les arsenaux de Kadhafi sont utilisés dans ce pays. Il ne dit pas comment ils sont arrivés aussi loin et qui les a amenées, afin de ne pas endosser la responsabilité si une folie était commise contre un avion civil, quelque part dans le monde. Obama ne peut pas ignorer l’affaire du Lutfallah II, du bateau venu de Libye, qui est passé par l’Égypte et la Turquie et qui a été arraisonné par la marine libanaise, avec des tonnes d’armes à son bord : le président du Parlement libanais Nabih Berri a alerté l’opinion internationale, disant que le navire «ne portait des armes pour les anges». Tous les théâtres d’opération du terrorisme sont interconnectés car le terrorisme est un système transnational avec les mêmes opérateurs et agents de différents niveaux jusqu’à des chefs d’Etat, des députés, des ministres, des chefs de services de renseignements et des marchands d’armes comme lors de la première guerre d’Afghanistan, lorsque des ministres saoudiens et du Golfe ainsi que les directeurs des plus grandes banques et sociétés étaient fiers de financer Ben Laden, le chouchou des Américains qu’il aidait à se débarrasser du méchant Russe communiste. Autrefois, le méchant c’était le Russe, avant lui le Nippon, puis l’Allemand, aujourd’hui le musulman… L’impérialisme se fabrique des ennemis selon la conjoncture. Le livre House of Bush, House of Saudde Craig Unger démonte cette alliance contre-nature des Etats-Unis avec le régime corrompu d’Arabie Saoudite, pas seulement avec la firme multimilliardaire Ben Laden. Aujourd’hui, le commanditaire du terrorisme international est toujours le même bien qu’il donne l’impression d’être polymorphe. Le but ici est aussi de montrer la face de ce Dark Vador au masque de métal. En outre, le transfert des armes d’un pays dont le gouvernement est issu des «printemps arabes» à l’axe qui veut imposer de nouveaux «printemps arabes» indique que ces «révolutions» ont été fabriquées dans des officines et que le plan est toujours opérationnel. Non seulement une foule de régimes aux ordres est née mais une infinité de traîtres et d’agents de l’Occident ont été introduits dans les rouages de tous ces Etats, à tous les niveaux. Ils s’occupent, à différents niveaux de hiérarchie, à rendre possible ce trafic d’armes destinées aux terrorises et qui a amené le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Guennadi Gatilov, à dire que «les menaces de l’opposition syrienne d’abattre des avions civils est le résultat de livraisons irresponsables des Manpad (les systèmes portatifs de défense aérienne)». Certains médias ont révélé (début août 2012) que l’Armée syrienne libre avait obtenu environ 20 de ces Manpad (Man Portable Air Defence dont le modèle célèbre est le Stinger) de la Turquie. Selon les experts russes, l’Arabie Saoudite et le Qatar seraient derrière ces livraisons. C’est Obama lui-même qui a autorisé (fin août 2012) la livraison d’armements lourds aux rebelles anti-Bachar ; et Hillary Clinton a fait une déclaration demandant aux mercenaires syriens de ne pas déposer les armes le jour-même où le «mufti» d’Al Jazeera, Al-Qardaoui, a fait une fatwa en ce sens. Les milliers d’armes saisies par l’armée syrienne sur les terroristes n’ont rien à voir avec l’arsenal russe de Kadhafi ; et une dizaine des Stinger a été saisie récemment dans ce pays. La Turquie ne se contente pas d’abriter des terroristes, de les entraîner et de les envoyer avec des armes en pays voisin, où elle est responsable de l’envoi de 90% des 100 000 terroristes qui ont pillé et massacré dans ce pays : elle a envoyé deux bateaux chargés d’armes aux djihadistes au Yémen, la dernière saisie de ces armes par les autorités yéménites a eu lieu le 25 janvier 2013. Un pays membre de l’OTAN et vassal de l’Amérique, peut-il se permettre d’envoyer des armes à Al-Qaïda au Yémen sans blanc-seing ? En 2011, la division Intelligence de l’OTAN (qui n’a rien à voir avec la CIA) estimait à 200 à 300 hommes le nombre des éléments d’Al-Qaïda parmi les combattants libyens anti-Kadhafi qui, il faut le dire, étaient soutenus par des officiers américains : parmi eux, des chefs du Groupe islamique des combattants libyens (GICL) dont Abdelkrim Belhadj, Ismael As-Salabi et Abdelhakim Al-Assadi… Comme en Afghanistan, en Bosnie, en Tchétchénie, mercenaires d’Al-Qaïda et soldats américains ont combattu sur le même front en Libye. Le terrorisme est devenu transnational et ses armes lui sont livrées à domicile dans des bateaux et cargos de pays de l’OTAN. De nombreux auteurs, officiels, anciens officiers des renseignements dont des Américains, de nombreux écrivains – dont Peter Dale Scott, David Ray Griffin, Thierry Meyssan, Michel Bounan, Nafeez Mosaddeq Ahmed, Gerhard Wisnewski, Mathieu Kassovitz – apportent des preuves de l’instrumentalisation du terrorisme par des Etats, aujourd’hui de plus en plus nombreux à en faire un moyen de pression et/ou de destruction d’autres Etats. Le président nigérien cité plus haut parlait de terrorisme transnational. Le chercheur Ghaleb Kandil l’écrit aussi : «Ce sont les États-Unis qui ont géré la guerre en Syrie, ont mis sur pied des chambres d’opération en Turquie, où siègent des agents de la CIA chargés de coordonner les efforts internationaux et régionaux de mobilisation des terroristes du monde entier pour les envoyer en Syrie. Les responsables américains se vantent publiquement d’avoir fourni du matériels de communication modernes aux gangs armés, et ils n’ont exprimé aucun regret, même après avoir reconnu qu’une grande partie de ces équipements est tombée aux mains des combattants qaïdistes du Front An-Nosra ; une organisation qu’ils ont tardivement inscrit sur leur liste terroriste, dans laquelle ils pourraient inclure d’autres groupes prochainement, sans pour cela modifier leur position au sujet des engagements sur l’arrêt de la violence.»

A. E.-T.

13 février 2013

1) Obama a promis de créer un «partenariat» avec les pays-valets.

Quatre mouvements fantoches et un manipulateur

 (Troisième partie)

Le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) est créé le 16 octobre 2011, avec comme objectif la création d’un Etat indépendant dans la région nord du Mali ! Comme par hasard, le 26 août 2011, l’ancien et véritable leader du mouvement dit de l’Azawad, Ibrahim Ag Bahanga, est tué dans un mystérieux accident de voiture dans le désert… Cette mort permettra l’usurpation de la «cause Azawad» par les valets de la France et du Qatar. Ibrahim Ag Bahanga était l’un des trois leaders du mouvement de l’Alliance démocratique du 23 mai pour le changement (ADC) créé en mai 2006, aux côtés de Hassan Fagaga (un ex-officier de l’armée libyenne) et Iyad Ag Ghali. Le premier ex-secrétaire général du MNLA, Mohamed Ag Najem, n’est autre que le neveu d’Iyad Ag Ghali.

En 1990, il rejoint la rébellion du Mouvement populaire de libération de l’Azawad (MPLA) créé par son oncle en 1988. Après les accords avec l’Etat malien en 1992, il dépose les armes et retourne en Libye où il obtient le grade de colonel. Il déserte en 2011, avant la chute de Kadhafi et revient au Mali où il fonde le MNLA à l’instigation de l’Otan et de la France, selon des officiers maliens. Nous donnerons plus loin des indices de cette manipulation. Grâce à la France, le MNLA avait de gros moyens, et les agents qui ont entraîné ses éléments sont Français, dont deux sont actuellement des otages d’Aqmi. Le chef d’Ansar Dine, Iyad Ag Ghali, est l’oncle du fondateur du MNLA, lui aussi dissident de l’ADC. Lyad Ag Ghali créé Ansar Dine en 2010… Cet ancien «bon vivant» a un long parcours de baroudeur et de trafiquant derrière lui. Après maints attentats commis par le MPLA, qu’il avait créé auparavant, il signera les accords de 1992 avant de créer un autre mouvement, le MPA, qu’il dissout en 1996. En mai 2006, il fonde le mouvement de l’Alliance démocratique du 23 mai pour le changement (ADC) aux côtés de Hassan Fagaga (un ex-officier de l’armée libyenne) et d’Ibrahim Ag Bahanga (cité plus haut). En 2006, l’ADC signe les accords d’Alger : Iyad Ag Ghali est alors nommé en qualité de conseiller consulaire du Mali à Djeddah. Le bon vivant, habitués aux bars du désert, se retrouve à fréquenter des barbus : suspecté d’activités avec des extrémistes, il est déclaré persona non grata par les Saoudiens, alors il se retrouve à Paris à fréquenter les mosquées. Bizarrement, à la veille de la «révolution» libyenne, il revient au Mali en 2010 où il crée Ansar Dine aux côtés d’une poignée d’anciennes recrues pseudo-indépendantistes qui, comme lui, passeront sans transition des revendications pseudo-ethniques à des revendications «djihadistes». En fait, il s’agissait d’une dizaine de Touareg de la fraction des Irayakane qui passent de la «cause azawad» à un autre fonds de commerce, celui de l’Islam. Les membres de l’ADC, quant à eux, ne suivront ni Ansar Dine ni le MNLA : ils savent qu’un même manipulateur occidental est derrière ces nouveaux sigles sortis de nulle part. Ansar Dine comptait «seulement 14 Touareg, pas un de plus», avait dit, ironique, un responsable du MNLA, qui lui disposait de plusieurs véhicules apparemment achetés avec l’argent français alors qu’Ansar Dine n’avait rien. Mais les dollars de l’émir Hamad finiront par arriver dans les 4×4 du Croissant-Rouge qatari, et Iyad Ag Ghaly pourra prendre sa revanche sur son petit neveu Bilal Ag Acherif qui a osé le narguer. Il pourra enfin avoir ses jolis véhicules, des tenues kaki, des gants, les plus jolis de tous, probablement sortis de chez le même grand-couturier qui fabrique les coûteux treillis des soldats qataris. Mais tout «islamiste» qu’il est, il suivra son «laïc» de neveu ; il suivra la meute quand elle partira à l’assaut du Nord-Mali, il fera partie de cette multinationale terroriste patronnée par la France et Qatar, avec des Etats-Unis qui ne donnent pas l’impression d’exister. Une fois au Nord-Mali, Ansar Dine pourra recruter des centaines de djihadistes maliens et africains et même des enfants pour pallier le manque de combattants autochtones, car les Touareg ont de la dignité et ne servent pas d’appât aux anciens colonialistes. Le groupe de mercenaires nigérian, Boko Haram, sera aussi appelé au festin pour attaquer des casernes et occuper le Mali dont l’armée est sans ressources, avec des fusils sans balles, car la misère a touché même le déjà malingre budget de la défense.

Mouvements fantoches et manipulateurs de l’ombre

Le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) est également né avec les «printemps arabes» (fin 2011) : il s’attaque d’abord aux intérêts et aux citoyens algériens et sahraouis, apparemment afin de perturber les relations algéro-marocaines. Narcotrafiquant comme tous les groupes de brigands mercenaires, il brandit la charia comme fonds de commerce. Tous ces groupes s’inscrivent dans un scénario identique à celui écrit par Zbigniew Brzezinski pour Jimmy Carter afin de précipiter l’ex-URSS dans le piège afghan : une guerre d’usure, un bourbier, qui a eu raison de l’économie russe, causé la chute du communisme et détruit l’Afghanistan et son voisin pakistanais. L’analyste français indépendant, David S. J. Borrelli, écrit : «Pendant ce temps, le Qatar & la France (à l’œuvre en coulisses) passent la vitesse supérieure, et le nom du MNLA a commencé à se faire plus gênant, la France lui apporte tout le soutien nécessaire à l’élaboration d’un miniprojet politique préfigurant la scission du Mali, en mettant notamment à sa disposition de nombreux conseillers ainsi qu’un bureau à Paris. Pendant ce temps, le Qatar s’occupe de la formation d’Ansar Dine, dont le nom est cité pour la première fois en décembre 2011, regroupant des djihadistes du Mujao, d’Aqmi et des islamistes du FIIA au sein même et sous couvert de l’entité nationaliste-indépendantiste MNLA, complétant leur rangs par l’envoi de ‘‘takfiristes’’ des quatre coins du monde et de leur armement.»(1) David S. J. Borrelli laisse supposer que les groupes séparatistes et islamistes bénéficiaient de complicité au sein de l’armée : «Certains ordres se sont perdus, laissant croître et œuvrer tranquillement les bandes de fanatiques de ce qui deviendra Ansar Dine et le MNLA ; ce dernier n’étant qu’un cheval de Troie dans lequel a pris place le premier.» Car depuis que les Américains ont commencé à former des soldats maliens dans le cadre d’un plan d’Africom, des traîtres sont apparus… Pour cet auteur, Ansar Dine ne serait donc qu’un faux nom, un libellé factice pour des groupes déjà existant, et ce, afin de leurrer l’assistance pour faire croire qu’il s’agit d’autres factions, alors qu’elles sont sponsorisées par les mêmes commanditaires. Il semble qu’il ait raison, car les noms n’ont de sens que pour des entités ayant un sens de l’honneur comme la mafia, pas pour des mercenaires qui n’agissent pas pour leur propre compte ni pour des principes, aussi bas soient-ils. En Syrie, il y a plus d’une vingtaine de sigles «islamistes» qui opèrent, dont le fameux An-Nousra. L’enregistrement téléphonique du député libanais Okab Sakr avec un mercenaire en Syrie, le suppliant d’envoyer des armes en urgence pour faire face à l’armée syrienne, atteste que ces «islamistes» ne sont que des mercenaires qui opèrent dans le cadre d’un réseau transnational qui inclue des personnalités de haut rang, traîtres à la nation musulmane, et même quelques chefs d’Etat (dont ceux d’Arabie Saoudite, de Turquie et du Qatar sont ouvertement impliqués) et dont les Etats-Unis sont les principaux manipulateurs. Pour créer cette situation, le MNLA et le mythe d’une rébellion de «l’Azawad» – lui-même basé sur un mythe territorial – ont été utilisés comme cheval de Troie pour grossir la nébuleuse terroriste, justifiant ainsi une lutte pour sécuriser au profit de l’Occident un immense corridor qui va de l’Atlantique à la Méditerranée et la mer Rouge et qui fait l’objet de toutes les convoitises. Certains éléments dits de l’Azawad utilisent les faux prétextes d’injustices, de marginalisation et d’exclusion pour mener une énième fronde, en dépit des postes ministériels qu’ils ont occupés et des accords qu’ils ont signés. L’accord d’Alger de 2006 a donné de l’espoir d’une stabilité d’autant qu’après chaque rébellion, le gouvernement malien s’engageait à la décentralisation et à un programme de développement du Nord, en y consacrant parfois jusqu’à 48% de son budget. En 2006, certains rebelles et opposants ont été intégrés au sein des structures de l’Etat malien, qui fait l’objet avec le Niger de rebellions dites «touareg». Parmi les nombreux bénéficiaires des largesses de l’Etat malien figurent l’actuel chef d’Ansar Dine et deux membres du MNLA qui étaient ministres dans le précédent gouvernement qui comptait trois ministres touareg, alors que cette ethnie ne représente pas plus de 200 000 personnes sur une population de 15 millions d’âmes. Depuis, le Mali a aussi enrôlé plus de 3 000 rebelles dans l’armée, en plus de la nomination de milliers d’hommes bleus dans les administrations.

Les Touareg, peuple fier et nationaliste

Les Touareg sont essentiellement des nomades du Nord-Mali, une région qui compte aussi des Maures, des Peulhs, des Sonrhaïs et des Kountas. Le MNLA ose revendiquer les 2/3 du territoire alors qu’il ne représente même pas les Touareg et même pas la fratrie à laquelle il appartient. Aucun chef traditionnel, aucun amenokal n’a rejoint ce mouvement ou ses prédécesseurs, le peuple touareg étant de tradition pacifique. André Bourgeot, chercheur au CNRS français, dit dans une vidéo : «La notion d’Azawad est une construction politique. Sur le plan historique, il n’y a eu ni royaume de l’Azawad, ni empire de l’Azawad, ni chefferie de l’Azawad, donc, il s’agit bien d’une construction politique qui est animée par un groupe, je dis bien un groupe, touareg ultra-minoritaire.» Quant à Y. Togora, membre fondateur du Collectif pour la paix et le développement du Mali, il écrit qu’il existe «à Tombouctou un endroit appelé Azawad, mais qui n’est connu que de quelques autochtones. C’est une bande de terre désertique, située au nord-est de Tombouctou et au sud d’Arawane. Sa superficie ne dépasse guère les 350 km2. C’est la seule Azawad reconnue par la mémoire collective et peut-être les Archives nationales». Aucune encyclopédie ancienne ne mentionne ce nom qui fait florès dans les années 1980, avec les politiques Françafrique de Mitterrand et de Chirac. On a souvent accusé, à raison, Kadhafi d’avoir fomenté ces mouvements «séparatistes». Le «guide» libyen manipulait quelques groupes pour faire pression sur le gouvernement malien et nigérien pour les faire sortir de la tutelle française et celle de la zone Franc et les amener à son camp. Il faut rappeler qu’il faisait l’objet de complots beaucoup plus graves de la part de la France, notamment à travers son voisin tchadien, lorsque Hissène Habré était au pouvoir. Il y a des Touareg en Libye, et si l’on peut manipuler quelques brebis galeuses, nul ne peut manipuler les Touareg dans leur totalité, car ils sont attachés à leurs pays respectifs, l’Algérie, la Libye, le Niger, le Mali et le Burkina Faso. Il faut être fou pour croire que Kadhafi voulait créer un Etat touareg et perdre le désert qui lui donne du pétrole. Il a utilisé la carte touareg pour faire pression sur ses voisins et finira par réussir à les fédérer, en offrant des centaines de milliers d’emplois à leurs ressortissants. Mais le «printemps arabe» aura raison de son projet panafricain. Comme toutes les communautés africaines, les Touareg comprennent des gens modérés et de modernistes mais aussi de quelques trublions séparatistes et d’islamistes, bien que leur majorité se conforme à l’Islam ancestral et se montre très réservée vis-à-vis de l’extrémisme, préférant les solidarités interethniques et claniques qui garantissent la vie dans le désert. Depuis que Kadhafi a obtenu un soutien des chefs d’Etats de la région de se rallier à sa politique africaine et de se débarrasser des bases françaises, les rebellions touareg instrumentalisées se sont tues. Puis le «printemps arabe» est subitement venu créer une génération spontanée de formations maliennes. Depuis que la Libyafrique a sérieusement menacé la Françafrique, les problèmes malien et libyen ont commencé. Le MNLA fait sa déclaration d’indépendance sur la chaîne d’Al Jazeera, la télé du manipulateur d’une simple marionnette. En ressuscitant les vieux démons séparatistes, l’Occident a créé une situation de chaos. Les velléités d’une «République de l’Azawad» ne sont pas sérieuses car elles ne sont articulées sur aucune donnée sociologique, mais une partition n’a pas besoin de cela, comme vient de le montrer la division du Soudan. Il suffit que l’impérialisme le veuille et que la victime ne prenne garde.

A. E. T.

14 février 2013

 

Arsenaux américains et mercenaires de l’apocalypse

(4ème partie)

 

Les arsenaux illégalement détenus en Libye et au Mali dépassent donc ceux de certains Etats de la région, c’est ce qu’ont montré les attaques du camp militaire et de l’unité méhariste de Ménaka, ainsi que les garnisons de Tessalit et d’Aguelhok les 17 et 18 janvier 2012.

Les arsenaux des «révolutionnaires» libyens semblent avoir été créés intentionnellement pour l’usage local permanent et une distribution régionale et internationale, également permanente. Pourquoi les Occidentaux n’ont-ils pas fait pression sur le Qatar pour récupérer les armes à la fin du «printemps libyen» ? L’ambassadeur américain, Christopher Stevens, sera tué à Benghazi, avec trois autres fonctionnaires Etasuniens : dommage collatéral côté américain de temps en temps pour faire vrai… Apparemment, cette mort va même servir à Hillary Clinton, questionnée par le Congrès, de se plaindre de la maigreur du budget de sécurité des ambassades et des représentations diplomatiques ! Après la mort de Christopher Stevens, les armes ont continué à voyager entre la Libye et les autres pays d’Afrique, la Libye et la Turquie, la Turquie et le Yémen… En toute légalité, car ils passent dans les ports de pays de l’OTAN (Turquie) et disposent des documents douaniers d’embarquement et de débarquement pour arriver chez les terroristes, dont ceux du groupe syrien An-Nousra, qui sera enfin mis sur la liste des terroristes, comme si le pays de la CIA pouvait être le dernier informé ! Avec la bénédiction de l’Amérique et des autres puissances occidentales, la Libye et la Turquie sont devenus des centres d’approvisionnement du terrorisme en Syrie, au Yémen, en Somalie, au Mali et ailleurs, car le but aujourd’hui est de transformer les routes du terrorisme en véritables autoroutes. D’autant qu’aujourd’hui, les payeurs sont le Qatar et d’autres pays du Golfe. Bon pour le complexe militaro-industriel ! Quel rôle a joué le pouvoir libyen dans la crise malienne ? Il n’y a pas de doute que le «partenariat» dont parle Obama(1) est toujours de rigueur, plus puissant que lors de la première guerre d’Afghanistan. Erdogan, Hamad, le roi Abdallah et maintenant des gouvernements serviles des «printemps arabes» participent à détruire la nation arabe pour servir l’impérialisme américain. Au Mali, des camps d’entraînement de rebelles étaient signalés en hiver 2011 avec des formateurs français, selon certains journaux maliens. Lorsque la formation est terminée, la logistique à point et que sur les portables le signal est donné, ils passent à l’attaque, tous ensemble, le même jour, comme cette génération spontanée des «Printemps arabes» est-il possible que des groupes qui viennent d’être créés et qui sont donc supposés ne pas se connaître peuvent-ils agir de concert ? Comment peuvent-ils avoir un pareil sens de l’organisation, de la stratégie et de la planification s’il n’y a pas un coordinateur général, un chef hiérarchique qui les chapeaute tous ? Cet autre indice essentiel permet de dire que leur création et leur action obéissent à un plan qui les dépasse et dont ils ne sont que les instruments. Ainsi donc, le 17 janvier 2012, le MNLA, Ansar Dine et Aqmi mènent conjointement des attaques contre des casernes maliennes et conquièrent les principales villes du septentrion, dont Kidal, Gao et Tombouctou. L’alliance contre-nature des «séparatistes» et des pseudo-islamistes n’a étonné personne mais elle atteste que tous ces mercenaires n’ont aucune conviction religieuse ou politique réelle et qu’ils opèrent dans une même logique pour un même commanditaire, en fait qu’ils ne sont que des pions dans un plan étranger, tout comme la nébuleuse mère Al-Qaïda, dont les patrons ne sont pas dans des grottes mais dans des bureaux de banques, d’agences de renseignements, de bureaux de présidences ou de chefferies de gouvernements.

La Françafrique au service de l’Oncle Sam

Le président malien, ATT, dira alors au sujet d’un attentat contre une caserne perpétré par les rebelles du MNLA et consorts : «Soixante-dix de nos jeunes étaient alignés sur le sol. Les Noirs avaient les poignets ligotés dans le dos. Ils ont été abattus par des balles tirées à bout portant dans la tête. Ceux qui avaient la peau blanche, les Arabes et les Touareg, ont été égorgés et souvent éventrés. Je suis étonné par le silence des organisations internationales sur ces atrocités. Que dit la Cour pénale internationale ?» L’alliance MNLA, Ansar Dine, Aqmi et Mujao fait 100 morts dans les rangs de l’armée malienne en deux jours mais qui se soucie de la mort de soldats maliens ? Silence radio de la France, des Etats-Unis, de l’Angleterre mais lorsque le territoire est bien occupé, que les pions sont en place, la France se dit préoccupée et veut s’ingérer… Après l’occupation du Nord-Mali, à la demande du président ATT, l’Algérie tente de régler le problème de manière diplomatique et, le 2 février 2012, des discussions sont organisées à Alger entre le gouvernement malien et les représentants de l’ancien mouvement rebelle touareg, l’ADC, un ancien mouvement des Touareg dont faisaient partie les chefs des nouveaux mouvements fantoches usurpant l’un la cause touareg et l’autre, l’Islam : Iyad Ag Ghali et Mohamed Ag Najem. La situation empire au Mali, alors certains militaires et politiques veulent faire porter le chapeau au président ATT, accusé de laxisme. Evidemment, comme dans le scénario arabe, un «printemps malien» a lieu les 1er et 2 février 2012, dans la ville de garnison de Kati, puis à Gao et à Bamako pour protester contre la «mauvaise conduite de la guerre» et le manque de ressources des militaires. Toujours légaliste, le président ATT déclare le 24 février 2012 que les élections présidentielles allaient avoir lieu comme prévu le 10 juin 2012 : un projet qui semble compromettre certains plans… ATT avait commandé du matériel militaire mais il restera bloqué dans les ports d’Abidjan, de Conakry et de Dakar. Comme un complot en marche dans diverses capitales… La cargaison comprenait 140 blindés et semi-blindés, 50 lanceurs d’obus, des véhicules de transport de troupes, des Kalachnikov, des munitions, et aurait permis l’éradication des mercenaires… Il y avait aussi des avions Soukoï russes, comme tout le reste du matériel, en attente dans certains ports européens. Alors un coup d’Etat a lieu, comme à la veille de maintes interventions coloniales françaises. Le coup d’Eat a été fomenté par une junte militaire conduite par le capitaine Haya Sanogo et pompeusement appelée Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat : beaucoup de Maliens y ont vu la main de la France. Si on a la fibre un tant soit peu nationaliste, fait-on un coup d’Etat en pleine tempête ? Fait-on un putsch alors que le président sortant est à seulement deux mois et a dit sur RFI qu’il n’avait pas l’intention de se représenter ? Ne peut-on pas déduire que le putsch a eu lieu afin que l’Etat ne puisse pas se défendre ? D’ailleurs, selon l’écrivain William Engdahl, le capitaine putschiste Sanogo a comme par hasard suivi une formation dans le cadre du programme américain, le Trans Sahel Conter Terrorism Partnership qui dépend de l’Africom et qui forme des éléments des armées de sept pays sahariens, un projet impérialiste dont nous parlerons plus loin. Pour William Engdahl, ce putsch «porte la marque du commandement américain en Afrique, Africom et une tentative de militariser toute la région et ses ressources naturelles. » La main de la France y est aussi, en tant que sous-traitant. La CIA considère le Mali comme une tête de pont stratégique, et le plus facile à occuper. Son jeu sournois consiste à donner des rôles de partenaire junior et de supplétifs à ses subordonnés (France, Qatar), elle jouant présentement un rôle plus discret en arrière-plan. Devenue le monte-charge de l’Africom, la Françafrique s’occupe aussi des besognes militaires de sauvetage pour redorer un blason d’ancien colonisateur sur le dos d’un «Islam intolérant». L’objectif américain est la mainmise sur les ressources de l’Afrique, de ce Sahel et cette région MENA qui représentent des ressources immenses quasiment inexploitées : or, manganèse, cuivre et autres minerais rares. Cela passe aussi par une balkanisation de la région en utilisant un vieux projet de De Gaulle datant de 1957 pour le Grand Sahara, comme une adaptation hollywoodienne d’un mauvais scénario français. Tout concorde, car les Etats-Unis et les Français ont un même objectif, en dépit des particularismes d’intérêts. La trahison des élites et la compromission de certains leaders, c’est sur quoi comptent les impérialistes. L’Algérie fait malheureusement partie de ce Plan Sahel. Les impérialistes n’auront pas à se salir les mains, les mains sales des régimes se chargeront de tout. Le putsch fragilisera davantage le Mali, occasionnant le chaos dans l’armée et autorisant l’occupation de toute sa zone septentrionale. Evidemment, «soucieux de la légalité», la France et les Etats-Unis condamnent fermement le coup d’Etat : qu’aurait-on pensé s’ils ne l’avaient fait ? À la suite du putsch, les autorités financières mondiales décident de suspendre leurs aides au Mali : cela aura des conséquences directes sur l’armée, et facilitera la pénétration terroriste. Mireille Fanon- Mendes-France, fille de Frantz Fanon et experte aux Nations unies, écrit que «cet “embargo” financier a été renforcé par un “embargo” politique. L’Organisation internationale de la Francophonie a suspendu le Mali dès le 30 mars ; l’Union africaine dès le 23 mars et la Cédéao dès le 27 mars. Il aura fallu la quasi-certitude d’une intervention militaire pour que certaines instances reviennent sur leur décision de bannir le Mali de leur communauté internationale.» Comme un air de préméditation sur tous les plans…

La partition d’un pays en un temps record

Des villes tombent les unes après les autres : Kidal, Tessalit, Tinzawaten, Hombori. Des milliers de Maliens fuient vers le Niger, le Burkina Faso, l’Algérie et la Mauritanie. Le MNLA ne commencera à accepter les appels du dialogue d’Alger que lorsqu’il aura renforcé ses bases, conjointement avec Ansar Dine et Aqmi. Début avril, tout le nord du Mali est entre les mains des différentes factions mercenaires. Vers les 5 et 6 avril 2012, le MNLA déclare unilatéralement l’indépendance de l’Azawad : jamais cession d’un pays n’aura été aussi facile. D’un coup, le MNLA prend 850 km2 alors que «l’Azawad» ne fait que 350 km2, si tant est qu’il ait la légitimité sur une seule parcelle d’un pays membre de l’ONU. Evidemment, on a tout fait pour que le MNLA soit le plus faible, car les factions dites djihadistes ont recruté à tour de bras avec l’argent qatari. Le MNLA a un bureau à Paris, don de l’Elysée à ses pions. Un autre chapitre du terrorisme peut alors commencer, tel que prescrit par un scénariste quelque part dans une même officine de généraux. On y voit des scènes similaires à celles de l’Afghanistan, des coups de fouets, des mains coupées, etc. Le 13 mars 2012, le chef d’Ansar Dine, Iyad Ag Ghali, envoie une vidéo proclamant qu’il se bat pour l’imposition de la charia, credo qui permet de rameuter des mercenaires dans le cadre de l’alliance transnationale du terrorisme. L’argent qatari et les agents du terrorisme international disséminé dans le monde se positionnent. Sur le terrain, les «djihadistes» se filment en train de détruire des monuments classés par l’Unesco : les chaînes mondiales, CNN, France 24 et Euronews les passent en boucle. Un peu comme ces bouddhas détruits par les gentils talibans aidés par les Etats-Unis à coups de millions de dollars/an et qui, subitement devenus fous, se mettent à détruire un «patrimoine précieux». Dix années durant, ils avaient tué et pillé tout en étant soutenus mais lorsqu’il fallait en faire des méchants loups pour les médias, la caméra est braquée sur des sites-phares, qui suscitent la «consternation internationale». L’image choc : plus parlante pour l’Occident que celle des femmes enfermées et empêchées d’étudier. La destruction des bouddhas a eu lieu quelques jours seulement avant le 11 septembre 2011… Le WTC… Cela permettra aux Etats-Unis de se rappeler que les talibans afghans – financés par la CIA et les Saoudiens – hébergeaient un certain Ben Laden, lui aussi brusquement devenu méchant… Ceux qui ont mis la Mali à genoux pleurent maintenant pour les mausolées islamiques de Tombouctou. Ayant joué le rôle de cheval de Troie, le MNLA peut être recalé au rôle de figurant.

A. E. T.

15 février 2013

 

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Cinquième partie)

Ce n’est que le 12 octobre 2012, lorsque tout le septentrion malien est occupé que le Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU) se réunit pour demander à la Cédéao et à l’Union africaine d’établir un plan d’action par sa résolution numéro 2071. Elle donne 45 jours à ces organisations pour préparer leurs plan et feuille de route ! Pas d’urgence tant que meurent des Maliens. Qui se souciait de la famine qui sévit dans toute la bande sahélienne ? La France se taisait à l’époque.

Le plan sera donc soumis à l’ONU en vue de l’adoption d’une nouvelle résolution qui permettrait l’intervention de la future force, appelée désormais Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine (Misma), dans les zones actuellement sous contrôle des groupes armés du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), d’Ansar Dine, d’Aqmi et du Mujao. Ce qui est étrange et extraordinaire, qui trahit la pensée impérialiste des rédacteurs qui font partie du Conseil de sécurité, c’est qu’il est textuellement écrit dans la résolution 2071 adoptée par le Conseil de sécurité : «La situation au Mali constitue une menace contre la paix et la sécurité internationales. Elle ne dit pas une menace pour le peuple malien, pour l’Etat malien ou pour l’intégrité du territoire malien ! Si l’on s’en tient uniquement au contenu, la résolution ne vise pas les intérêts du Mali mais à protéger «la paix et la sécurité internationales», et ce n’est que subsidiairement que le CSNU impose la mise en place d’une force militaire internationale «en vue de la reconquête des régions occupées du nord du Mali». Selon Alterinfo (6-4-2012), depuis 2011, des convois d’armes libyennes ont été acheminés au Mali, via le Tchad, avec les complicités des services de renseignements français.(1) Etaient-ils destinés au MNLA, au Mujao ou aux autres factions de mercenaires ? Des ressortissants français sont pris en otages en Afrique. La France tente de libérer l’un d’entre eux en Somalie, un certain Denis Allex, un agent de la DGSE enlevé le 14 juillet 2009, à Mogadiscio. L’opération est ratée et le commando perd deux soldats en plus de l’otage. La France continue à faire pression pour trouver un bon alibi pour intervenir au Mali, mettant en avant ce nouveau drame. Un bon casus belli justifierait l’invasion coloniale américaine camouflée sous les bons hospices de l’ingérence humanitaire. A Bamako, le fragile gouvernement de transition a désigné une ligne rouge à ne pas franchir par les mercenaires : le franchissement de cette ligne mettra le pouvoir central en danger. Au Tchad, en 1986, une ligne rouge (celle du 16e parallèle) a aussi été désignée par Hissène Habré, le dictateur qui a demandé de l’aide à Paris lorsqu’il s’est senti menacé par l’armée libyenne en soutien aux forces loyales au président déchu Goukouni Oudeï. Pendant ce temps-là, les forces mercenaires ne cessent de renforcer leurs positions au Mali, grâce aux armes et à l’argent qataris. En se basant sur une information de la Direction du renseignement militaire (DRM) française, le Canard enchaînédu 26 mars 2012, a révélé que des 4×4 frappés du Croissant-Rouge qatari ont été vus au Mali et a précisé que Doha finançait les groupes armés qui ont pris le contrôle du nord de ce pays : selon la source de l’hebdomadaire, «les insurgés du MNLA (indépendantistes et laïcs), les mouvements Ansar Dine, Aqmi (Al- Qaïda au Maghreb islamique) et Mujao (djihad en Afrique de l’Ouest) ont reçu une aide en dollars du Qatar». Le Canardinsistait sur le fait que les responsables français, au premier rang desquels le ministre de la Défense, n’ignoraient rien de l’affaire et que la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) aurait transmis plusieurs notes à ce sujet à la présidence de la République française. Des mois durant, les 4×4 frappés du sigle du Croissant-Rouge qatari ont continué à sillonner le désert malien, bourrés de dollars, sans que l’Elysée réagisse. Des avions auraient même atterri au Mali de nuit et déchargé des cargaisons, selon des témoins maliens.

Terrorisme transnational et intérêts qataris…

Le 3 avril sept diplomates algériens sont kidnappés à Gao, au Mali. Or, le 3 avril 2012, le chef d’état-major des forces armées du Qatar, le général-major qatari, Hamad Bin Ali Attiya, débarque à Alger sur «invitation» du général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’ANP. Lors de l’entrevue avec le président Bouteflika, assistera même le ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, Abdelkader Messahel, qui est surtout chargé du dossier du terrorisme. Outre sa relation évidente avec le Mali, la convocation du général qatari avait-elle un lien avec la prise d’otages des sept Algériens qui est survenue, chose étonnante, le jour-même ou la veille de sa venue à Alger ? Après l’information donnée en mars 2012 sur l’implication du Qatar, le Canard enchaînédu 6 juin 2012 publie un autre article disant que Doha finançait les groupes armés qui ont pris le contrôle du nord du Mali : «Les insurgés du MNLA (indépendantistes et laïcs), les mouvements Ansar Dine, Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique) et Mujao (djihad en Afrique de l’Ouest) ont reçu une aide en dollars du Qatar.» Parmi les récipiendaires figure donc le Mujao qui a kidnappé sept diplomates algériens. Comme quoi le Qatar… Comme pour faire pression sur Alger afin d’intervenir au Mali dans le cadre global, des attentats sont perpétrés à Tamanrasset, Ouargla et Tindouf. Les services secrets occidentaux fabriquent de fausses filières terroristes vers les pays où les intérêts de leurs pays sont en jeu. Les faux «islamistes», ces nouveaux mercenaires, sont l’argent béni de l’impérialisme occidental qui promet à ses citoyens de ne plus faire de guerres qu’indirectes avec les sous-développés. Les interventions auront lieu dans des théâtres à forte valeur ajoutée sur des opérateurs à forte valeur ajoutée, l’Occident se contentant de «l’assistance militaire» et de l’intelligence. La guerre armée quant à elle se fait par procuration par des supplétifs dits «djihadistes», séparatistes ou autres «combattants de la liberté» qu’il s’agira de soutenir matériellement, technologiquement, scientifiquement, de former, d’équiper et d’orienter, ouvertement comme en Libye, en Syrie et de liquider par la suite, comme au Mali, si nécessaire. Désormais, la guerre est indirecte et se fait par propagation, contagion puis élimination, en cas de besoin. Les 200 mercenaires du GICL (Al-Qaïda libyenne) utilisés pour éliminer Kadhafi serviront ultérieurement à former les mercenaires en Syrie et y mener un nouveau «djihad». Propagation du djihad = extension des intérêts américains. En juin 2012, Abdelkrim Belhadj avait déjà envoyé 700 mercenaires libyens en Syrie. Il a récolté des milliards, payés rubis sur l’ongle par le Qatar. Puis, selon le New York Times, Qumu et Al-Libi,des subalternes de Balhadj, qui avaient aidé les Américains à dégommer Kadhafi seraient suspectés de l’assassinat de l’ambassadeur américain et ses deux fonctionnaires… Les dommages collatéraux sont pris en compte par le Pentagone : une médaille comme récompense. La prétendue lutte contre Al-Qaïda en Afghanistan a permis de contaminer tous les pays musulmans et au-delà de leurs frontières, déstabilisant les ennemi Les services secrets sont donc chargés du travail le plus complexe des guerres du XXIe siècle, selon le Rapport Horizons Stratégiques 2012 du ministère français de la Défense qui fait des prévisions pour les 40 années à venir. Pour cela, ils utilisent les moyens pervers de la corruption et de la compromission des élites, et parfois en s’impliquant directement, voire en sacrifiant quelques éléments des forces spéciales payés pour cela. Ils sont même chargés de se faire prendre en otages, pour faire vrai. Ils utilisent le trafic de la drogue ou le prétexte de son développement non sans l’avoir développé (Indochine, Colombie, Mali, Afghanistan où ce fléau n’existait pas et qui est devenu un grand producteur aujourd’hui). Parfois, pour faire vrai, ces agents des renseignements occidentaux sont appelés à mourir, comme lors d’une opération de sauvetage de l’un deux, qui a eu lieu en Somalie comme par hasard quelques jours seulement avant l’intervention française au Mali. Nous parlerons plus loin de ces nombreux otages-espions français. Les Etats-Unis avancent donc en Afrique, en se servant des réseaux coloniaux de la Françafrique et non pas de leur propre étendard. Ce n’est pas le drapeau qui compte mais les dollars. Même les bidasses sont des victimes de ce nouvel ordre mondial militaro-financier qui sacrifie les faibles sur l’autel des riches. Selon certaines sources, c’est la DGSE qui détiendrait les otages algériens kidnappés à Gao, par l’entremise de leurs mercenaires camouflés sous la bannière de «djihadistes».

Pays victimes ou coupables ?

En outre, Roland Marchal, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales de sciences politiques à Paris (CERI) affirme : «De la même façon que le Qatar a fourni des forces spéciales pour entraîner une opposition à Kadhafi, on pense qu’un certain nombre d’éléments des forces spéciales qataries sont aujourd’hui dans le Nord-Mali pour assurer l’entraînement des recrues qui occupent le terrain, surtout Ansar Dine.» Quant à Sadou Diallo, l’ex-maire de Gao au Mali, il disait sur RTL : «Le gouvernement français sait qui soutient les terroristes. Il y a le Qatar par exemple qui envoie soi-disant des aides, des vivres tous les jours sur les aéroports de Gao, Tombouctou, etc.» Le Qatar s’est-il permis de distribuer armes et argent aux terroristes et aux «rebelles» sans l’aval américain ? Qui finance ne commande pas toujours, car il est connu que Doha ne joue que comme agent ou intermédiaire… Le journal Malien l’Indépendant du 6 avril (le lendemain de l’enlèvement du consul d’Algérie) écrivait, quant à lui, qu’un cargo qatari avait atterri à l’aéroport de Gao pour livrer des armes et des stupéfiants aux rebelles, d’autres sources maliennes parlent même de plusieurs cargos à des dates différentes, ajoutant que des islamistes affluaient du Sud du Niger, du Tchad et du Nigeria (Boko Haram) vers le nord du Mali.

A. E. T.

17 février 2013

 

Croustillantes histoires d’espions-otages français

(Sixième partie)

 

Pour pénétrer dans le Sahel, une faction prétendument indépendantiste et des groupes prétendument «djihadistes» ont été recrutés. Entre rébellion ethnique et revendications islamistes, certains groupes touareg maliens ne cherchent que l’intérêt personnel et ne font que noircir l’image de leur communauté qui continue cependant à jouir d’un immense respect dans tout le Sahel et le Sahara. Les manipulateurs se sont permis de découper un morceau de Sahara, au nord du Mali, et l’appeler Azawad.
Entre-temps, l’impatience française monte. Alger irrite en essayant de faire capoter le plan, en essayant d’isoler Ansar Dine et le MNLA de ses tuteurs. Combien d’otages lui faut-il encore pour qu’Alger se décide à rentrer dans les rangs des supplétifs de l’armée néocoloniale ? Combien d’attentats lui faut-il après ceux de Tamanrasset et de Ouargla ? Évidemment, il faut encore continuer à chauffer le bendir, comme on dit en Algérie, dans une dramatisation qui rendrait inévitable l’ingérence d’une puissance atlantique d’autant que certains donnaient l’impression d’avoir peur. Pour cela, ne disait-on pas que risquer l’entreprise serait s’embourber dans le désert ? Que les terroristes avaient l’avantage de la connaissance du terrain et qu’une armée classique ne pouvait gagner dans une guerre contre des forces volatiles… ? Or, l’intervention de plusieurs puissances contre 2 000 ou même 6 000 terroristes est une supercherie. L’armée malienne est capable de résoudre son problème toute seule, à condition que les conditions d’exercice du pouvoir soient réunies. Mais cela on le lui avait enlevé en fomentant un coup d’Etat. De l’argent pour acheter des munitions, des armes et recruter des soldats : c’est aussi simple que cela. Puis, il faut de nouveaux arguments pour intervenir, du moins aux yeux de son opinion publique… Comme par hasard, des ressortissants français sont pris en otages. Voici l’histoire d’espions otages, une histoire bien française. Déjà en septembre 2010, Aqmi a kidnappé cinq Français employés des sociétés Areva et Vinci à Arlit, un village nigérien, mais avec une complicité avérée, selon le responsable sécurité du site (lire 6e partie). Prendre des Français en otages permet de légitimer l’intervention non pas africaine mais française. Puis il y a eu la prise d’otages des 7 employés du consulat enlevés au Mali. Certaines sources font le lien avec les services français qui, en mettant l’Algérie dans une situation identique, voulaient l’amener à l’option militaire au Mali, afin d’ouvrir le champ à une présence prolongée, ou un bourbier pour l’ennemi. Puis, il y a les deux otages français enlevés par Aqmi depuis novembre 2011 : même la presse française a fini par admettre la thèse du journal malien, le Combat, disant qu’ils seraient plutôt des agents secrets. Il s’agit de Philippe Verdon, Serge Lazarevic, identifiés par une personnalité religieuse influente de la région du nord du Mali comme responsables de la formation et de l’encadrement d’une milice qui était en formation dans la région où ils furent kidnappés par Aqmi à Doumbia, Hombori. Selon la source, ils étaient probablement en train de former une des milices (MNLA ou Mujao) qui allait prendre le pays deux mois plus tard, le 17 janvier 2012. «Les hommes ne sont pas des inconnus des services secrets français», selon le site de la radio : «En 1999, Serge Lazarevic apparaît ainsi dans une procédure judiciaire en Serbie, visant un réseau clandestin financé par le contre-espionnage français : il était chargé d’assassiner le président Slobodan Milosevic.»

Espions et guerres cognitives par procuration

D’origine hongroise, Lazarevic aurait également participé au recrutement de mercenaires yougoslaves envoyés combattre au Zaïre, dans le cadre d’une opération, «là encore», suivie de près par le renseignement français. Concernant l’autre Français enlevé au Mali, Europe 1 écrit qu’il avait été arrêté «en septembre 2003 aux Comores pour avoir voulu renverser le pouvoir du colonel Azali Assoumani dans une tentative de coup d’Etat rocambolesque». Bob Denard, le célèbre mercenaire, a reconnu connaître ce personnage et c’est apparemment en tant que formateur d’une milice adverse qu’il aurait été kidnappé par Aqmi. Des témoins maliens l’ont reconnu comme étant l’un des encadreurs d’une milice au Nord-Mali, avant son kidnapping. En outre, Radio France International a diffusé la photo prise à Gao, Mali, de deux ressortissants français à qui elle attribue la qualité de «djihadistes». Les deux hommes, des Français de souche, armés de kalachnikovs, sont assis à l’arrière d’un pick-up à côté d’un membre d’un des groupes armés qui sévissent à Gao où les sept diplomates algériens sont détenus. Selon une source informée du site Algeriepatriotique, les deux Français appartiendraient aux services du renseignement extérieur français et auraient été dépêchés au Mali, par la caserne Mortier, siège de la DGSE, pour prêter main-forte aux terroristes et justifier ainsi la nécessité d’une intervention étrangère dans ce pays. Cette thèse est d’autant plus plausible que les «djihadistes» français ont tous des origines maghrébines ou africaines. En outre, il y a un autre ressortissant français, un certain Abdel Jelil, de son vrai nom Gilles Le Guen, qui était un membre depuis plusieurs mois d’Aqmi dans le nord du Mali et qui a été arrêté et emprisonné en novembre 2012 par ce groupe qui le suspecte d’être un espion français. Risque professionnel oblige. Pour aggraver la situation, un autre Français, âgé de 61 ans, M. Rodriguez Léal, est enlevé à Nioro, à la frontière mauritanienne le mercredi 21 novembre 2012, alors qu’il se trouvait au Burkina Faso et a mystérieusement décidé de se rendre dans une région infestée de terroristes dans son camping-car. Les renseignements et les forces spéciales sont le moteur des guerres par procuration pour conquérir de nouveaux territoires, qu’ils ne voient plus comme pays souverains mais comme terres de conquête, comme au temps des empires coloniaux. Ils s’exécutent même par le biais de mercenaires et de supplétifs et d’agences militaires privées qui se chargent parfois de recruter ceux qui tuent, ceux qui se font tuer, et ceux qui entraînent les deux à s’entretuer. Blackwater compte parmi les plus célèbres de ces sociétés de la mort qui a commencé à travailler pour le Pentagone en Afghanistan et en Irak pour des budgets de plusieurs millions de dollars/an. Pour préparer la grande mission de sauvetage, des otages français et d’un Nord-Mali pris en otage, la France et ses alliés occidentaux ont assidûment mis en avant la transformation du Sahel en lieu infesté de terroristes dangereux que l’on croirait capables de traverser la mer pour plastiquer Marseille ou Londres. Or, malgré tout l’argent qatari et les moyens fantastiques mis en place, l’effectif total des quatre groupes de mercenaires (Ansar Dine, MNLA, Mujao, Aqmi) se situerait entre 2 000 et 5 000 hommes, selon les sources occidentales, alors que les renseignements algériens estimeraient les mercenaires dits djihadistes aguerris à 1 500 ou 2 000 tout au plus. Les mercenaires et les jeunes recrues ne seraient pas prêts à risquer leur vie pour des dollars qataris. Tous les officiels français s’évertuent à dire les compétences techniques et opérationnelles de ceux qu’ils appellent les «islamistes» pour signifier que ce n’est pas la malingre armée malienne qui pourrait en venir à bout. Pour justifier l’intervention, on disait l’armée malienne totalement désorganisée, sans moyens ni logistique, et que ses généraux ne portaient même pas leur tenue militaire. Or, certaines unités ont montré leur courage malgré la faiblesse de leurs moyens. Ce discours ne visait peut-être pas à démobiliser davantage l’armée malienne car une armée n’a jamais peur, mais visait-il à influencer l’opinion européenne, française précisément, à envoyer ses Rambo sauver les pauvres Maliens ? Les armes maliennes commandées par le président déchu sont toujours bloquées dans des ports africains. Les médias présentent l’armée malienne comme une armée incapable, alors qu’elle est otage d’une conjoncture politique nationale et internationale qui l’a complètement paralysée. Or, en octobre 2012, les djihadistes d’Al-Shabbab qui sévissaient depuis des années dans la ville de Kismaayo ont été délogés en quelques heures seulement par les forces de l’Union africaine en Somalie (Amisom) qui ont également repris d’autres localités. Ce ne sont pas des groupes terroristes, des mercenaires sans conviction et quelques rebelles divisés qui pourraient effrayer des armées régulières africaines ayant le soutien des populations maliennes et sahariennes connues pour leur pacifisme et qu’il ne faut pas assimiler aux trublions sécessionnistes ni aux mercenaires «djihadistes». Une ingérence étrangère peut dégénérer si elle est le fait de forces occidentales ou manipulée, et c’est cette deuxième menace qui se profile dans le cas malien. Il se peut que cette option ait été choisie pour les risques de dérapages qu’elle porte, même de manière involontaire.

Même langage martial que George Bush

Fabius disait que l’engagement militaire français ne durerait que quelques semaines, et comme en réponse à M. Medelci, a tenu à souligner que l’intervention au Mali ne se transformerait pas en «un autre Afghanistan». Par contre, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a dit que l’opération nécessitait des années. Exagérer la puissance terroriste au Mali, c’est nier que l’Algérie a éradiqué des dizaines de milliers de terroristes en quelques années et la Syrie en a éradiqué des milliers au seul mois de décembre 2012. L’armée malienne n’a pas été vaincue par des terroristes mais par l’absence de moyens. Spécialiste shakespearien, David Cameron, le Premier ministre britannique, dira, quant à lui, que la crise pourrait engendrer une bataille décennale. «Cette menace globale requiert une réponse globale. Elle requiert une action qui se comptera en années si ce n’est en décennies, plutôt qu’en mois. Elle requiert une réponse qui suppose de la patience et de l’endurance, une réponse à la fois dure et intelligente, mais qui est avant tout une décision d’acier ; et c’est ce que nous allons prouver au cours des années à venir (…) Nous faisons face à un groupe terroriste extrémiste islamiste lié à Al-Qaïda», a-t-il précisé. Si ce n’est pas cela un projet pour un nouvel Afghanistan au Mali, alors le Premier ministre britannique dit n’importe quoi. Cameron emploie les mêmes mots, le même ton froid que George Bush, le lendemain du 11 septembre 2001 et des jours de campagne anti-irakienne qui suivirent. Le lancement d’une guerre d’envergure en Irak était décidée, sous un prétexte qui n’a rien à voir avec l’Afghanistan ni avec l’Irak, et qui se répète aujourd’hui à nos frontières. La seule différence est que les deux guerres contre les deux pays n’avaient pas été scénarisées comme celle du Mali. Lors d’une rencontre sur le Mali entre David Cameron et François Hollande, le compte rendu officiel dira que «les deux dirigeants ont convenu que la situation au Mali constitue une menace réelle pour la sécurité internationale, compte tenu de l’activité terroriste là-bas. La coordination franco-anglaise est parfaite. La répartition des tâches par le chef d’orchestre américain, aujourd’hui à l’ombre pour des questions de politiques intérieure (il n’avait pas encore prêté serment lors de la nouvelle incursion d’Ansar Dine au Mali) et extérieure, car les forces sont engagées en Afghanistan et une nouvelle intervention dans un pays musulman, après la Libye, la Syrie et le Yémen, attiserait trop la haine. Or, il faut juste assez de haine pour recruter des terroristes et faire l’opération. Les politiciens américains, les chefs militaires et les médias ont également pendant des mois fait du Mali une nouvelle «centrale de la terreur» mondiale, laissant entendre que les gouvernements occidentaux devaient agir de façon décisive pour éliminer ce danger. Une «centrale de la terreur» exige «guerre à la terreur» pour être fidèle à Bush, et sauver la civilisation de la barbarie. Là ce n’est pas un «Etat voyou» qui sème la pagaille dans le monde comme en Syrie, ni un dictateur qui agresse son peuple comme en Libye, ni un sanguinaire comme Saddam qui brandit des armes de destruction massive, mais des groupes barbares qui agressent un Etat et un peuple. Le scénario idéal pour une mission de conquête déguisée en mission humanitaire. Or, la disponibilité de moyens et l’effacement de la dette auraient permis au Mali de gérer cette crise comme un simple problème sécuritaire, et non pas comme une guerre avec des conséquences qui ont engendré 800 000 déplacés. Aucun pays n’a aidé le Mali lorsque les quatre groupes rebelles l’ont de concert attaqué. Cent militaires, dont des Touareg, ont été sauvagement assassinés par la horde des quatre groupes menés par le prétendu MNLA touareg : l’Occident n’interviendra que lorsque le décor sera fin prêt pour une «mission humanitaire» au profit d’un peuple violenté par des islamistes.

A. E. T.

18 février 2013

 

Saper le nationalisme des Touaregs, un vieux plan de De Gaulle

(Septième partie)

En juin 2012, le président nigérien Mahamadou Issoufou a affirmé que des mercenaires «afghans et pakistanais» étaient présents dans des camps d’entraînement du septentrion malien : «On a des informations sur la présence d’Afghans et de Pakistanais dans le nord du Mali, (…) de djihadistes venus de pays non africains. Ils serviraient de formateurs. Ce sont eux qui entraînent ceux qui sont recrutés dans les différents pays d’Afrique de l’Ouest.»

Il a ajouté : «Tout cela est coordonné : cela va du Sahara jusqu’en Somalie (…) Je crois que toutes ces organisations coopèrent entre elles, que ce soit les Shebab en Somalie, Boko Haram au Nigeria, AQMI en Algérie et au Sahel en général, jusqu’en Afghanistan.» Le président nigérien a terminé : «Notre préoccupation, c’est que le Sahel ne se transforme pas en un nouvel Afghanistan», précisant que «ces groupes armés du Nord continuent à s’approvisionner en armes dans le sud-ouest de la Libye». Contrairement à Sellal, il ne mâche pas ses mots, estimant que cette zone du Sud libyen «constitue une base d’appui pour les factions armées présentes sur le territoire malien». Tout est résumé. Toutes les armes que l’OTAN a déversées en Libye en 2011 n’étaient pas uniquement destinées à déboulonner Kadhafi, mais à d’autres «agendas». William Engdahl, un économiste américain spécialiste en géopolitique et énergie depuis plus de trois décennies, pense que «l’intervention au Mali est un autre avatar du rôle de la France dans la déstabilisation que nous avons vue, spécifiquement en Libye l’an dernier et le renversement du régime de Kadhafi. Dans un sens, cela représente le néo-colonialisme français en action». Il ajoute : «Mais, curieusement, je pense que derrière l’intervention française il y a la main très forte du Pentagone américain qui cherche la préparation de la partition du Mali.» Engdahl va plus loin : «Je pense que l’AQMI est une organisation très suspecte et le calendrier de ses activités laisse supposer que certains pays de l’OTAN l’aideraient à obtenir des armes et créer le casus belli qui justifierait l’intervention de l’OTAN.» Pour lui, l’afghanistanisation du conflit est en cours, du fait même de l’intervention armée : «Le conflit est appelé à traverser les frontières vers les pays voisins et pourrait engloutir la totalité de l’Afrique de l’Ouest.» Mireille Fanon-Mendes-France, fille de Frantz Fanon et experte aux Nations unies, écrit : «Se pose, à l’heure actuelle, la question des alliances pour mener cette guerre dont les premières victimes seront les Maliens eux-mêmes, mais aussi les Mauritaniens, les Nigériens, les Burkinabais, les Algériens avec des conséquences évidentes pour les Guinéens, les Ivoiriens et les Sénégalais. Autant dire que toute l’Afrique sahélienne et de l’Ouest pourrait s’embraser et s’enfoncer dans une guerre sans fin à l’instar de celles menées en Irak et en Afghanistan.» Beaucoup d’autres auteurs pensent que la crise malienne s’inscrit dans un «agenda», pour utiliser le terme employé par notre ministre des A.E., M. Medelci, et ceux qui parlent d’une volonté de transformer le Sahel en Sahelistan où pulluleraient des terroristes. D’abord, définissons ce qui est entendu par Sahelistan, un terme consacré par un président (le Tunisien M. Marzougui) et une situation à laquelle ont fait clairement allusion le président nigérien Mahamadou Issoufou et le chef du gouvernement algérien, M. Sellal. C’est d’abord un conflit où des forces internationales sont impliquées pour soi-disant lutter contre le terrorisme. En vérité, il s’agit d’un conflit où des forces internationales sont impliquées pour les propres intérêts économiques, géostratégiques et militaires en développant le terrorisme et le nourrissant par des moyens directs (opérations secrètes, financement et soutien par le biais d’Etats-valets) ou indirects par leur seule présence du fait des «dommages collatéraux» qu’ils causent : des missiles tombés sur des écoles ou des marchés, des soldats «fous» qui brûlent le Coran, des drones qui ciblent des bus, développement exponentiel de la culture et du trafic de la drogue, développement de la corruption, pillage des ressources et autres Abou Ghraïb de ce genre. Ces phénomènes induisent parfois des réactions saines d’autodéfense des peuples mais qui sont récupérées par des agents travaillant pour l’ennemi et dont ces innombrables Al-Qardaoui font partie.

Une résolution comme un blanc-seing

Un conflit type Afghanistan ne sera pas ruineux pour le seul Mali. Il détruira toute une région, avec un prolongement de la guerre dans les pays frontaliers. La première guerre d’Afghanistan (1979-1996) a eu des répercussions économiques et sécuritaires graves sur le Pakistan, qui a voulu servir de base aux Afghans-Arabes pour détruire son voisin sous prétexte qu’un régime socialiste était en place à Kaboul. La deuxième guerre d’Afghanistan (depuis 2001) a mis le Pakistan à plat : la désolation et la misère sont pires qu’en Afghanistan, notamment la région frontalière avec le pays où les Américains ont prétendu vouloir éliminer Ben Laden, Al-Qaïda et les talibans. Sous ce fallacieux prétexte, les Etats- Uniens ont mené des milliers d’opérations au Pakistan, et les seules attaques au drone Predator ont causé près de 687 morts dans ce pays entre 2008 et 2010, avec une attaque qui a tué treize villageois pakistanais d’un seul coup. Les morts parmi les civils, les déplacés et tous les autres facteurs induits par la guerre et par la présence étrangère ont généré au Pakistan et en Afghanistan de la sympathie populaire pour les terroristes qui se sont transformés en insurgés et dont la cause incite des recrues d’origines diverses. Apparemment, c’est ce que souhaite l’impérialisme américain qui ne perd rien, dans la mesure où il a réduit le seuil des morts durant les guerres à un niveau plus qu’acceptable. Treize années de guerre au Vietnam (1960-1973) ont causé la mort de 52 000 Américains alors qu’en douze années, la guerre d’Afghanistan n’en a causé que 2.000, du fait des progrès technologiques. La France, ancienne puissance coloniale, aujourd’hui soucieuse des «droits de l’homme» au Mali et en Syrie, mais pas en Palestine, dit qu’elle ne participerait qu’en soutien logistique à une intervention entérinée par le Conseil de sécurité. Nul doute que les Etats-Unis cachent aussi leur jeu mais ils voteront pour une résolution d’intervention, attendue comme un blanc-seing pour des enjeux à la fois complémentaires et concurrents de ceux de la France. Des plans s’élaborent et se mettent sur le terrain mais leurs desseins n’apparaissent que lorsqu’ils sont sur le point d’avaler leur proie. Sur le terrain, les acteurs exogènes ont joué leur rôle. Les services des renseignements étrangers n’ont commis aucune erreur. Des élites maliennes et celles de certains pays africains ont trahi. Les traîtres arabes ont fourni armes et argent. Les peuples ne tarderont pas à avaler la pilule d’une «ingérence humanitaire», la première à passer comme une lettre à la poste, sans grosses contestations populaires. L’opinion occidentale est conquise par la «bonté» de la France et, partant, de l’OTAN. Les partis en France sont unanimes pour une intervention. Quant aux acteurs du terrain, ils ont fait le sale boulot : tué, coupé des mains, détruit des mausolées pour donner une piètre image de l’Islam. Le scénario étant fin prêt, le Rambo français pouvait entrer en scène. Juste quelques détails, une visite de Hollande à Alger, suivie de celle de Hamad bin-Khalifa Al-Thani également à Alger, pour que des avions français se mettent à siffler au-dessus du ciel, qui fut paisible, des Algériens. Si au moins le conflit ne concernait pas directement notre pays comme l’a dramatiquement montré l’attentat d’In Amenas… La visite de Hamad à Ghaza n’a-t-elle pas été suivie de la mort du chef militaire du Hamas, Ahmad Jaabari, puis d’un déluge de feu israélien ? Sa mission de bonne volonté au Soudan n’a-t-elle pas été suivie par la partition du pays ?

Faction fantoche à la solde du néocolonialisme

Comme par hasard, le terrorisme islamiste sahélien qui justifiera l’ingérence française se trouve sur les routes du pétrole, du gaz et de l’uranium. Et comme par hasard, l’intervention coïncide avec un basculement des équilibres géostratégiques, géopolitiques et géoéconomiques vers l’Est, un basculement que l’Alliance atlantique veut empêcher coûte que coûte. Au Mali comme en Syrie, il s’agit d’empêcher la Russie et la Chine de jouer dans la cour traditionnelle d’une France qui reste fidèle aux principes du colonialisme et d’une Amérique qui s’estime partout chez elle. Comme par hasard, le Mali figure parmi les quatre pays les plus déshérités du monde, avant le Burkina Faso, le Niger et la Sierra Leone qui sont d’ailleurs voisins ou très proches l’un de l’autre. Les revendications indépendantistes du MNLA sont de l’indécence dans une situation de désespoir du peuple malien qui souffre de faim, d’analphabétisme, de problèmes de santé, de manque d’eau et d’hygiène. Le Qatar, qui détient 4% de la dette malienne, aurait pu l’effacer et aider ce pays au lieu de lui ajouter une misère sécuritaire à une misère économique, et de causer l’une des crises humanitaires les plus graves du XXIe siècle. Le Qatar veut des wahhabites à Bamako, des puits de pétrole pour Total où il est actionnaire, plus d’uranium pour Areva où il l’est également, sans oublier une base américaine pour les Etats-Unis et une autre pour la France, tout en enfonçant l’Algérie et en obligeant les pays de la région à grossir leur facture d’armement pour enrichir tous les marchands de canons. Comme par hasard, le MNLA revendique une terre qui ne lui appartient pas et qui correspond à la zone que la France coloniale voulait concrétiser par la loi n°57-27 du 10 janvier 1957 et qui porte création d’une «Organisation commune des régions sahariennes» (OCRS) afin de n’accorder que des indépendances incomplètes aux pays de l’Afrique occidentale française (AOF) et de l’Afrique équatoriale française (AEF), comme l’a prouvé le rêve gaullien d’amputer l’Algérie de son Sahara. C’est une même promesse qu’on fait miroiter aujourd’hui dans le cadre des politiques impérialistes et néocolonialistes. Joli scénario pour les futurs James Bond franco-américano-qataris… D’ailleurs, même si le MNLA représentait vraiment les Touareg (une population de 250 000 habitants sur 14 millions de Maliens !), au nom de quelle logique oserait-il revendiquer plus que la moitié du territoire malien ? En vérité, les Touareg maliens n’ont aucune velléité indépendantiste, tout comme les Touareg d’Algérie et des autres pays ou comme les Kabyles, les Chaouis ou les Chleuhs marocains. Chacune de ces ethnies est intimement liée à son pays, et il n’y a aucune différence entre les hommes bleus maliens et nigériens des Touareg libyens, algériens ou burkinabés. Les problèmes essentiels des Touareg sont liés au pastoralisme qui connaît des difficultés du fait de la sécheresse, même en Algérie. La manipulation étrangère d’une détresse humaine a aggravé le cas malien.

A. E.-T.

19 février 2013

Croustillantes histoires d’espions-otages français

(Partie 8)

Pour pénétrer dans le Sahel, une faction prétendument indépendantiste et des groupes prétendument «djihadistes» ont été recrutés. Entre rébellion ethnique et revendications islamistes, certains groupes touareg maliens ne cherchent que l’intérêt personnel et ne font que noircir l’image de leur communauté qui continue cependant à jouir d’un immense respect dans tout le Sahel et le Sahara. Les manipulateurs se sont permis de découper un morceau de Sahara, au nord du Mali, et l’appeler Azawad.
Entre-temps, l’impatience française monte. Alger irrite en essayant de faire capoter le plan, en essayant d’isoler Ansar Dine et le MNLA de ses tuteurs. Combien d’otages lui faut-il encore pour qu’Alger se décide à rentrer dans les rangs des supplétifs de l’armée néocoloniale ? Combien d’attentats lui faut-il après ceux de Tamanrasset et de Ouargla ? Évidemment, il faut encore continuer à chauffer le bendir, comme on dit en Algérie, dans une dramatisation qui rendrait inévitable l’ingérence d’une puissance atlantique d’autant que certains donnaient l’impression d’avoir peur. Pour cela, ne disait-on pas que risquer l’entreprise serait s’embourber dans le désert ? Que les terroristes avaient l’avantage de la connaissance du terrain et qu’une armée classique ne pouvait gagner dans une guerre contre des forces volatiles… ? Or, l’intervention de plusieurs puissances contre 2 000 ou même 6 000 terroristes est une supercherie. L’armée malienne est capable de résoudre son problème toute seule, à condition que les conditions d’exercice du pouvoir soient réunies. Mais cela on le lui avait enlevé en fomentant un coup d’Etat. De l’argent pour acheter des munitions, des armes et recruter des soldats : c’est aussi simple que cela. Puis, il faut de nouveaux arguments pour intervenir, du moins aux yeux de son opinion publique… Comme par hasard, des ressortissants français sont pris en otages. Voici l’histoire d’espions otages, une histoire bien française. Déjà en septembre 2010, Aqmi a kidnappé cinq Français employés des sociétés Areva et Vinci à Arlit, un village nigérien, mais avec une complicité avérée, selon le responsable sécurité du site (lire 6e partie). Prendre des Français en otages permet de légitimer l’intervention non pas africaine mais française. Puis il y a eu la prise d’otages des 7 employés du consulat enlevés au Mali. Certaines sources font le lien avec les services français qui, en mettant l’Algérie dans une situation identique, voulaient l’amener à l’option militaire au Mali, afin d’ouvrir le champ à une présence prolongée, ou un bourbier pour l’ennemi. Puis, il y a les deux otages français enlevés par Aqmi depuis novembre 2011 : même la presse française a fini par admettre la thèse du journal malien, le Combat, disant qu’ils seraient plutôt des agents secrets. Il s’agit de Philippe Verdon, Serge Lazarevic, identifiés par une personnalité religieuse influente de la région du nord du Mali comme responsables de la formation et de l’encadrement d’une milice qui était en formation dans la région où ils furent kidnappés par Aqmi à Doumbia, Hombori. Selon la source, ils étaient probablement en train de former une des milices (MNLA ou Mujao) qui allait prendre le pays deux mois plus tard, le 17 janvier 2012. «Les hommes ne sont pas des inconnus des services secrets français», selon le site de la radio : «En 1999, Serge Lazarevic apparaît ainsi dans une procédure judiciaire en Serbie, visant un réseau clandestin financé par le contre-espionnage français : il était chargé d’assassiner le président Slobodan Milosevic.»

Espions et guerres cognitives par procuration

D’origine hongroise, Lazarevic aurait également participé au recrutement de mercenaires yougoslaves envoyés combattre au Zaïre, dans le cadre d’une opération, «là encore», suivie de près par le renseignement français. Concernant l’autre Français enlevé au Mali, Europe 1 écrit qu’il avait été arrêté «en septembre 2003 aux Comores pour avoir voulu renverser le pouvoir du colonel Azali Assoumani dans une tentative de coup d’Etat rocambolesque». Bob Denard, le célèbre mercenaire, a reconnu connaître ce personnage et c’est apparemment en tant que formateur d’une milice adverse qu’il aurait été kidnappé par Aqmi. Des témoins maliens l’ont reconnu comme étant l’un des encadreurs d’une milice au Nord-Mali, avant son kidnapping. En outre, Radio France International a diffusé la photo prise à Gao, Mali, de deux ressortissants français à qui elle attribue la qualité de «djihadistes». Les deux hommes, des Français de souche, armés de kalachnikovs, sont assis à l’arrière d’un pick-up à côté d’un membre d’un des groupes armés qui sévissent à Gao où les sept diplomates algériens sont détenus. Selon une source informée du site Algeriepatriotique, les deux Français appartiendraient aux services du renseignement extérieur français et auraient été dépêchés au Mali, par la caserne Mortier, siège de la DGSE, pour prêter main-forte aux terroristes et justifier ainsi la nécessité d’une intervention étrangère dans ce pays. Cette thèse est d’autant plus plausible que les «djihadistes» français ont tous des origines maghrébines ou africaines. En outre, il y a un autre ressortissant français, un certain Abdel Jelil, de son vrai nom Gilles Le Guen, qui était un membre depuis plusieurs mois d’Aqmi dans le nord du Mali et qui a été arrêté et emprisonné en novembre 2012 par ce groupe qui le suspecte d’être un espion français. Risque professionnel oblige. Pour aggraver la situation, un autre Français, âgé de 61 ans, M. Rodriguez Léal, est enlevé à Nioro, à la frontière mauritanienne le mercredi 21 novembre 2012, alors qu’il se trouvait au Burkina Faso et a mystérieusement décidé de se rendre dans une région infestée de terroristes dans son camping-car. Les renseignements et les forces spéciales sont le moteur des guerres par procuration pour conquérir de nouveaux territoires, qu’ils ne voient plus comme pays souverains mais comme terres de conquête, comme au temps des empires coloniaux. Ils s’exécutent même par le biais de mercenaires et de supplétifs et d’agences militaires privées qui se chargent parfois de recruter ceux qui tuent, ceux qui se font tuer, et ceux qui entraînent les deux à s’entretuer. Blackwater compte parmi les plus célèbres de ces sociétés de la mort qui a commencé à travailler pour le Pentagone en Afghanistan et en Irak pour des budgets de plusieurs millions de dollars/an. Pour préparer la grande mission de sauvetage, des otages français et d’un Nord-Mali pris en otage, la France et ses alliés occidentaux ont assidûment mis en avant la transformation du Sahel en lieu infesté de terroristes dangereux que l’on croirait capables de traverser la mer pour plastiquer Marseille ou Londres. Or, malgré tout l’argent qatari et les moyens fantastiques mis en place, l’effectif total des quatre groupes de mercenaires (Ansar Dine, MNLA, Mujao, Aqmi) se situerait entre 2 000 et 5 000 hommes, selon les sources occidentales, alors que les renseignements algériens estimeraient les mercenaires dits djihadistes aguerris à 1 500 ou 2 000 tout au plus. Les mercenaires et les jeunes recrues ne seraient pas prêts à risquer leur vie pour des dollars qataris. Tous les officiels français s’évertuent à dire les compétences techniques et opérationnelles de ceux qu’ils appellent les «islamistes» pour signifier que ce n’est pas la malingre armée malienne qui pourrait en venir à bout. Pour justifier l’intervention, on disait l’armée malienne totalement désorganisée, sans moyens ni logistique, et que ses généraux ne portaient même pas leur tenue militaire. Or, certaines unités ont montré leur courage malgré la faiblesse de leurs moyens. Ce discours ne visait peut-être pas à démobiliser davantage l’armée malienne car une armée n’a jamais peur, mais visait-il à influencer l’opinion européenne, française précisément, à envoyer ses Rambo sauver les pauvres Maliens ? Les armes maliennes commandées par le président déchu sont toujours bloquées dans des ports africains. Les médias présentent l’armée malienne comme une armée incapable, alors qu’elle est otage d’une conjoncture politique nationale et internationale qui l’a complètement paralysée. Or, en octobre 2012, les djihadistes d’Al-Shabbab qui sévissaient depuis des années dans la ville de Kismaayo ont été délogés en quelques heures seulement par les forces de l’Union africaine en Somalie (Amisom) qui ont également repris d’autres localités. Ce ne sont pas des groupes terroristes, des mercenaires sans conviction et quelques rebelles divisés qui pourraient effrayer des armées régulières africaines ayant le soutien des populations maliennes et sahariennes connues pour leur pacifisme et qu’il ne faut pas assimiler aux trublions sécessionnistes ni aux mercenaires «djihadistes». Une ingérence étrangère peut dégénérer si elle est le fait de forces occidentales ou manipulée, et c’est cette deuxième menace qui se profile dans le cas malien. Il se peut que cette option ait été choisie pour les risques de dérapages qu’elle porte, même de manière involontaire.

Même langage martial que George Bush

Fabius disait que l’engagement militaire français ne durerait que quelques semaines, et comme en réponse à M. Medelci, a tenu à souligner que l’intervention au Mali ne se transformerait pas en «un autre Afghanistan». Par contre, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a dit que l’opération nécessitait des années. Exagérer la puissance terroriste au Mali, c’est nier que l’Algérie a éradiqué des dizaines de milliers de terroristes en quelques années et la Syrie en a éradiqué des milliers au seul mois de décembre 2012. L’armée malienne n’a pas été vaincue par des terroristes mais par l’absence de moyens. Spécialiste shakespearien, David Cameron, le Premier ministre britannique, dira, quant à lui, que la crise pourrait engendrer une bataille décennale. «Cette menace globale requiert une réponse globale. Elle requiert une action qui se comptera en années si ce n’est en décennies, plutôt qu’en mois. Elle requiert une réponse qui suppose de la patience et de l’endurance, une réponse à la fois dure et intelligente, mais qui est avant tout une décision d’acier ; et c’est ce que nous allons prouver au cours des années à venir (…) Nous faisons face à un groupe terroriste extrémiste islamiste lié à Al-Qaïda», a-t-il précisé. Si ce n’est pas cela un projet pour un nouvel Afghanistan au Mali, alors le Premier ministre britannique dit n’importe quoi. Cameron emploie les mêmes mots, le même ton froid que George Bush, le lendemain du 11 septembre 2001 et des jours de campagne anti-irakienne qui suivirent. Le lancement d’une guerre d’envergure en Irak était décidée, sous un prétexte qui n’a rien à voir avec l’Afghanistan ni avec l’Irak, et qui se répète aujourd’hui à nos frontières. La seule différence est que les deux guerres contre les deux pays n’avaient pas été scénarisées comme celle du Mali. Lors d’une rencontre sur le Mali entre David Cameron et François Hollande, le compte rendu officiel dira que «les deux dirigeants ont convenu que la situation au Mali constitue une menace réelle pour la sécurité internationale, compte tenu de l’activité terroriste là-bas. La coordination franco-anglaise est parfaite. La répartition des tâches par le chef d’orchestre américain, aujourd’hui à l’ombre pour des questions de politiques intérieure (il n’avait pas encore prêté serment lors de la nouvelle incursion d’Ansar Dine au Mali) et extérieure, car les forces sont engagées en Afghanistan et une nouvelle intervention dans un pays musulman, après la Libye, la Syrie et le Yémen, attiserait trop la haine. Or, il faut juste assez de haine pour recruter des terroristes et faire l’opération. Les politiciens américains, les chefs militaires et les médias ont également pendant des mois fait du Mali une nouvelle «centrale de la terreur» mondiale, laissant entendre que les gouvernements occidentaux devaient agir de façon décisive pour éliminer ce danger. Une «centrale de la terreur» exige «guerre à la terreur» pour être fidèle à Bush, et sauver la civilisation de la barbarie. Là ce n’est pas un «Etat voyou» qui sème la pagaille dans le monde comme en Syrie, ni un dictateur qui agresse son peuple comme en Libye, ni un sanguinaire comme Saddam qui brandit des armes de destruction massive, mais des groupes barbares qui agressent un Etat et un peuple. Le scénario idéal pour une mission de conquête déguisée en mission humanitaire. Or, la disponibilité de moyens et l’effacement de la dette auraient permis au Mali de gérer cette crise comme un simple problème sécuritaire, et non pas comme une guerre avec des conséquences qui ont engendré 800 000 déplacés. Aucun pays n’a aidé le Mali lorsque les quatre groupes rebelles l’ont de concert attaqué. Cent militaires, dont des Touareg, ont été sauvagement assassinés par la horde des quatre groupes menés par le prétendu MNLA touareg : l’Occident n’interviendra que lorsque le décor sera fin prêt pour une «mission humanitaire» au profit d’un peuple violenté par des islamistes.

A. E. T.

20 février 2013

 

Des mensonges flagrants à l’ingérence directe

 (Partie 9)

Tous les discours des autorités françaises, anglaises et américaines sur la nécessité d’une intervention à «visage africain» et sur une intervention urgente se sont révélées n’être qu’une couverture cynique pour préparer une action occidentale directe au Mali, le plus tardivement possible, lorsque les mercenaires auront complètement achevé leur mission.
La France disait vouloir seulement jouer «un rôle de facilitateur. Pas question d’envoyer des troupes au sol». Le président François Hollande a même promis aux médias français qu’il y n’aurait «aucune présence française sur le terrain» au Mali. Or, selon certaines sources, des troupes spéciales françaises (environ 200 hommes) étaient sur le terrain malien tout comme celles des États- Unis, déjà présentes au Mali par le biais de l’Africom, avec 400 militaires, et ce, bien avant l’intervention. La diplomatie disait non-ingérence sans l’accord onusien mais les faits attestaient le contraire. Lors de la conférence sur le Sahel, le 27 septembre 2012, l’ex-secrétaire d’Etat étatsunienne, Hillary Clinton, avait estimé que «seul un gouvernement démocratiquement élu aura la légitimité pour parvenir à une résolution négociée au nord du Mali, mettre un terme à la rébellion et restaurer l’Etat de droit». C’est clair, net et précis. Le gouvernement intérimaire de Bamako n’avait aucune légitimité à défendre son pays, et l’ONU n’avait pas à l’aider. C’est le message que décodera Ban Ki-moon ou qui lui sera signifié en clair. Le 11 novembre 2012, les chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) ont entériné un plan d’action qui définissait les grands axes de l’intervention militaire dans le nord du Mali afin de restaurer «le rétablissement de l’autorité de l’État sur toute l’étendue du territoire». L’Algérie y a participé en qualité d’observateur et réitéré sa position sur la question, soit le refus de l’intervention tant qu’existaient encore des chances d’aboutir à une solution pacifique. Le plan d’action décide de la création d’une force, appelée Mission internationale de soutien au Mali, sous conduite africaine (Misma), chargée de restaurer la souveraineté de l’Etat malien sur ses territoires. Mais Ban Ki-moon dit vouloir favoriser le dialogue politique tout en estimant qu’une intervention militaire au Mali comportait beaucoup de risques et qu’elle était «nécessaire à un moment donné, en dernier recours». Il reporte l’intervention pour l’automne 2012 ! Une manière de discréditer la Misma, en renvoyant son action aux calendes grecques. Ban Ki-moon est la voix des membres du Conseil de sécurité, dont la France fait partie. En public, elle exigeait une intervention rapide, mais, en coulisses, elle essayait de saborder la Misma pour pouvoir agir selon son propre plan. Le président de l’Union africaine se dit déçu par ce rapport, que les Maliens trouvèrent incompréhensible, car leurs malheurs ne faisaient qu’empirer. «L’ONU n’est pas la mieux placée pour répondre à la menace sécuritaire que créent des groupes terroristes», affirmait Ban Ki-moon. Alger a suspecté la Cédéao d’être un pantin de la France et refusé de marcher avec elle. Or, Paris ne visait pas l’intervention dans un cadre africain mais en solo. Le plus gros perdant dans l’affaire, c’est Alger qui s’est discrédité sur tous les plans, au lieu de jouer le rôle majeur qui était naturellement le sien. Alger espérait amener à la table des négociations le groupe Ansar Dine, un groupe de mercenaires dirigé par un opportuniste, et une autre formation tout aussi versatile, le MNLA, qu’elle croit pouvoir arracher aux tentacules françaises et qataries ou si vous voulez l’isoler d’Aqmi et du Mujao, ce qui revient au même. Mais il se révélera que tous ces groupes avaient un seul et même but : amener le bateau néocolonial à bon port.

Trahison des élites et faillite des régimes

En insistant sur le dialogue sans proposer quelque chose de plus palpable pour les Maliens, Alger a commencé à donner l’impression de ne penser qu’à son pré carré, surtout quand elle a parlé de fermer ses frontières avec un peuple en danger qui suppliait l’envoi d’une force internationale. Jusqu’au jour où son président sera contraint de demander à la France de voler à son secours. Pour imposer leur présence, d’autres pays occidentaux se disent prêts à se charger de la réorganisation et de l’entraînement des forces maliennes, sous mandat de l’Union africaine et de l’ONU. Comme si ses généraux étaient des incapables et que la Cédéao qui est supposée également faite pour une coopération des pays d’Afrique de l’Ouest dans le domaine militaire ne pouvait pas s’en charger : la nullité de l’Afrique est totale. Pas même capable de former des bidasses ! Pour ne pas paraître raciste, leurs médias ne se posent pas la question : «À quoi ont alors servi les indépendances ?» Mais pour arriver à cela, il fallait aussi qu’il y ait de nouveaux otages français pour justifier l’intervention au plan «humanitaire» et au plan devoir-de-l’Etat-envers-des-ressortissants-français-retenus- par-des-terroristes. Comme par hasard, il y eut des prises d’otages, puis une tentative de libérer des otages en Somalie qui se solde par la mort de l’otage français (un agent du SDECE) et de deux éléments des forces françaises d’intervention. Puis il fallait que les terroristes décident de franchir la ligne rouge pour aller vers le sud. Alors comme dans un scénario, Ansar Dine, Mujao et Aqmi appellent même le groupe nigérian Boko Haram en appui et partirent à l’abordage de la ville de Kona, le 10 janvier 2013, obligeant les autorités maliennes à demander l’aide française. Comme pour répondre aux vœux d’une intervention militaire, encore d’un commun accord et de concert, les mercenaires traversent la ligne rouge, comme s’ils savaient que cela serait le déclencheur d’une intervention… française. Ce franchissement est la preuve la plus parlante de leur complicité avec un commanditaire qui avait besoin non pas d’un mais de plusieurs casus belli. Les «djihadistes» prétendaient vouloir créer une Dawla islamiya et ils l’avaient sur un immense territoire qu’il aurait plutôt fallu renforcer, bunkériser, barricader pour pouvoir le préserver. S’ils voulaient un «Azawad», ils avaient le territoire qu’ils voulaient. Pourquoi ont-ils fait le contraire de ce qu’ils ont fait en Libye et ce qu’ils font en Syrie où ils prennent des territoires et les renforcent pour en faire des zones d’exclusion, autrement dit des territoires libérés ? Ils n’avaient donc pas reçu cet ordre. Rien n’explique leur descente vers les villages insignifiants et non stratégiques de Mopti et Kona si ce n’est l’obéissance à un «agenda», pour reprendre le mot utilisé par M. Medelci en novembre dernier. Ils savaient que ce franchissement obligerait Bamako à demander de l’aide à ceux qui se disaient prêts à en découdre avec les méchants loups ! Une semaine auparavant, Ansar Dine avait promis une trêve et l’arrêt des hostilités : le hic c’est que les Algériens n’ont pas négocié avec le chef, l’imprenable renard, Iyad Ag Ghaly, mais avec ses lieutenants, qu’il reniera dès que des ordres lui viendront d’une autre capitale. Il se peut que la décision d’attaquer ne vînt pas de lui mais d’Aqmi et du Mujao et qu’il n’ait fait que suivre, comme dans une meute. Aqmi est lié à Al-Qaïda, et ses manipulateurs sont ceux qui manipulent la nébuleuse à laquelle il appartient. Al-Qaïda, cette création américaine, obéit toujours à ses premiers concepteurs. Comme leurs attaques contre des garnisons à partir du 17 janvier 2012, cette attaque a toutes les caractéristiques d’une obéissance à un ordre venant de forces manipulatrices. L’aide de Bamako est demandée au pays qui faisait le plus de pression pour une intervention, la France, comme lorsqu’en 1986, lorsque le dictateur tchadien, Hissène Habré, avait sollicité Paris pour le défendre des troupes progressistes de Goukouni Ouadaï soutenues par les forces libyennes. L’opération Serval suivra l’opération Epervier… Pourtant, Hillari Clinton, dans la citation donnée plus haut, ne reconnaissait pas aux autorités de Bamako le droit d’agir légalement pour l’intervention de la force africaine, Misma que Ban Ki-moon a alors renvoyée aux calendes grecques. Comment accepte-t-elle qu’elles fassent appel à Paris ? Le Mali, un Etat failli (concept de politique internationale), n’a pas le droit de demander secours à l’Afrique et à l’ONU mais à la France. Le schéma initial en clair destiné à l’opinion publique et aux avaleurs de couleuvres affirmait le contraire de ce qui était écrit dans le schéma codé des puissances atlantiques. Sortant son armada de grande puissance, la France prend brusquement l’initiative de s’engager, seule, pour répondre à une situation «d’urgence» créée de toutes pièces. L’armée malienne n’a toujours pas reçu les cargaisons d’armes russes achetées par le président ATT qui a été déposé en avril 2012, afin que le pays ne puisse se défendre contre un ramassis de bandits de grands chemins recrutés par les services occidentaux et qataris. La France jouera le beau rôle de sauveur pour redorer le blason peu reluisant de son passé colonial.

Intervention planifiée au détail près

Finian Cunningham écrit : «Dans les heures suivant la sollicitation par le gouvernement malien d’un appui militaire pour contrer l’avancée des rebelles du Nord, des avions de combat français ont commencé à effectuer des frappes aériennes vendredi» signifiant par là que les aéronefs étaient prêts et les cibles désignées. Spontanément, les USA et d’autres pays européens apportent leur soutien rapide à Paris bien qu’elle agissait dans un cadre non onusien. La Grande-Bretagne a envoyé des avions cargos RAF CI7 à Paris à partir d’une base dans l’est de l’Angleterre afin d’aider à l’acheminement des troupes, des hélicoptères, des camions et d’autres équipements lourds. Washington fournira de la logistique et des communications. Cette situation n’était-elle pas prévisible du fait que des drones de surveillance américains et français étaient en action depuis des mois au Mali et dans les pays limitrophes, certains disant qu’ils ont même survolé l’Algérie ? Pour Finian Cunningham, la rapidité et l’étendue de l’intervention française attestent de leur inscription dans le cadre d’un «plan bien rodé d’intervention par l’ancienne puissance coloniale». Finian Cunningham ajoute : dans Information Clearing House, 16 janvier 2013 : «Les frappes aériennes par les avions français sur au moins six zones-cibles très dispersées dans le Mali couvrent une distance opérationnelle de près de 2 000 km d’est en ouest. Ce niveau de coordination indique plusieurs semaines de planification et dément l’apparence que le gouvernement français réagissait de façon impromptue à une demande soudaine d’aide des autorités maliennes alignées sur Paris.» Donc les Français savaient-ils qu’Aqmi et Ansar Dine allaient attaquer ? Plus étrange encore : le gouvernement français a affirmé qu’il avait obtenu l’autorisation par l’Algérie du survol de son territoire, sans qu’un président ou un ministre ait été vu à Alger… On obtient l’autorisation de survol d’un pays par téléphone ? Le scénario pour une intervention africaine se mue aussitôt sans mandat de l’ONU en intervention française, apparemment, préparée de longue date, puisque tout était prêt même le détail du survol du ciel algérien, obtenu en dernière minute, ou lors de la visite de Hollande à Alger ou même une semaine avant l’intervention par… Hamad, en contrepartie d’un soutien pour un quatrième mandat. Finian Cunningham conclut dans : Information Clearing House, 16 janvier 2013 : «En effet, telle est la chorégraphie soigneuse de ce développement militaire saillant que l’on pourrait dire que les Français se sont finalement donné eux-mêmes le feu vert pour exécuter un plan qu’ils avaient fait mûrir depuis plusieurs mois. Ce plan n’est rien de moins que la reconquête néocoloniale de son ancienne colonie dans une région de l’Afrique de l’Ouest d’importance stratégique.» «Cette opération durera le temps nécessaire», a précisé François Hollande, ajoutant que la France intervenait «dans le cadre de la légalité internationale». Or, il n’en était rien. La résolution 2085 autorise le déploiement d’une «force africaine» «sous conduite africaine», pas française. Mais les choses se sont passées autrement, justement parce qu’aucune partie n’a voulu agir. Agir était pourtant simple : débloquer les cargaisons d’armes maliennes retenues dans les ports d’Abidjan, de Conakry et de Dakar, sous prétexte que le gouvernement n’était pas légitime. Un sabotage international a eu raison de l’armée malienne qui était elle-même, comme toute armée, capable de faire ce travail, de donner des martyrs en l’honneur du pays. On a préféré l’humilier. Or, les «bienfaiteurs» ne veulent toujours pas effacer la dette malienne, ni même donner des moyens humanitaires au moins aux populations qui se sont réfugiées dans les pays voisins, eux aussi sans ressources : Tchad, Niger et Mauritanie.

A.E.T.

21 février 2013

 

Traîtres et mercenaires au service du néocolonialisme 

(Partie 10)

Le 15 janvier, après la demande d’intervention reçue de son homologue malien, François Hollande est parti aux Emirats demander des fonds pour l’intervention au Mali, et par la même occasion, il a visité la base navale française d’Abu Dhabi. Il sait que les musulmans ne se contentent pas d’envoyer leurs fils tuer d’autres musulmans, mais qu’en plus, ils mettent la main à la poche pour financer la liquidation de leur progéniture par les commanditaires.

Cette visite entre dans le cadre du partenariat dont Obama a parlé dans son discours avant les «printemps arabes», signifiant qu’il se fixait un but de créer une chaîne de «partenaires» avec un nombre incalculable de traîtres qui feraient de la surenchère pour abattre les derniers Etats qui résistent à l’impérialisme et même pour se détruire les uns les autres, non seulement pour se partitionner en mini-Etats à caractère ethnique, linguistique ou religieux. Auparavant, François Hollande était occupé à soutenir les bandes de mercenaires en Syrie, un autre cas d’école du terrorisme transnational créé et instrumentalisé par l’Occident : 90% des 100 000 terroristes qui activent dans ce pays sont d’origine étrangère. Tandis que Hollande veut «lutter» contre Ansar Dine au Mali, il recevait à l’Elysée le chef de l’Alliance syrienne, Ahmad Moaz Al-Khatib – un ancien imam intégriste de la Grande Mosquée des Omeyyades de Damas dont il a été chassé pour extrémisme – qui disait soutenir le groupe terroriste An-Nousra que les USA venaient de mettre sur la liste de groupes terroristes et qu’ils continuaient à soutenir eux aussi. Fabius se disait soucieux d’empêcher l’installation d’un Etat terroriste au Mali alors qu’il soutenait An-Nousra à installer des fiefs terroristes à Alep, à Hama, Homs, Damas et ailleurs afin de déboulonner le seul président laïc, progressiste et anti-israélien qui reste dans le monde arabe. La logique semble complexe, mais au fond, elle est très simple : il ne s’agit pas du deux poids, deux mesures envers les groupes djihadistes. C’est la même logique. Avant de les combattre, il faut les entretenir, et quand ils grossissent, on se met à les combattre pour les victimiser afin que Morsi, Ghannouchi, Hamad et consorts chauffent le tambour pour rameuter des hordes de mercenaires et de barbus, en brandissant le chéquier et le Coran. Les ventes d’armes seront en augmentation exponentielles, comme nous le verrons plus loin. Tous les groupes de mercenaires impliqués au Mali ont agi de concert avec une affectation de rôles pour chacun, y compris pour le MNLA qui fait semblant de se retirer du jeu lorsque l’intervention a lieu, alors que c’est par lui que tout a commencé. Il ne renoncera pas à ses velléités indépendantistes tant que le commanditaire n’a pas obtenu gain de cause : ses récentes déclarations donnent à penser qu’il sert toujours de moyen de pression pour la France. Comme l’invasion qu’il a guidée le 17 janvier 2012, le retrait qu’il opère s’inscrit dans une même démarche où rien n’est fortuit. Bien au contraire, tout a été programmé. Ce que disent les groupes de mercenaires importe peu, tout comme importe peu les déclarations de leurs soutiens wahhabites-salafistes-Frères-musulmans sur les médias et TV égyptiens, libanais, maghrébins ou des pays du Golfe. Dans leurs discours, ils disent leur «haine» de l’Occident, mais la vérité est tout autre : ils agissent au profit de l’Occident, dans le cadre défini par l’Occident, sous les ordres et avec les instructions express de l’Occident, soit directement via des centrales de renseignement comme la CIA, le SDECE et la DCRI français, le MI6, etc., ou par l’entremise du Qatar et de l’Arabie Saoudite qui peuvent aussi agir pour leurs propres agendas.

Françafrique et socialisme néocolonialiste

Après l’intervention française au Mali, il devient clair que les velléités séparatistes du MNLA sont plus dictées par les services secrets occidentaux que par des injustices réelles ou supposées. En Afrique du Nord, la majorité des communautés ont vécu des siècles sinon des millénaires en harmonie. Les conflits et les heurts ne sont apparus qu’avec le divide ut regnescolonial, et c’est le néocolonialisme qui a exacerbé les conflits, stigmatisé les différences, encouragé les divisions. Des faits troublants laissent penser que l’invasion du Nord-Mali par des rebelles et des terroristes financés par un même commanditaire obéit à un plan minutieux préparé avant la chute de Kadhafi. Quant à l’intervention française au Mali, elle risque de déraper et d’ouvrir le champ au dépeçage d’un pays ou même de toute une région, à sa mise à sac, voire sa partition, dans le genre des scénarios initiés par la France au Biafra (1967-1970), au Rwanda ou en Côte-d’Ivoire, et par les USA en République de Serbie, en Tchétchénie, en Irak, au Soudan… Pour montrer que le MNLA est toujours un groupe d’irrédentistes qui disent une chose puis son contraire, Moussa Ag Assarid, l’un des leaders du MNLA disait vouloir participer avec les forces françaises à lutter contre ce qu’il appelle les terroristes : «Nous sommes en mesure d’accomplir le travail au sol. Nous avons des hommes, des armes et, par-dessus tout, le désir de libérer l’Azawad du terrorisme.» En outre, dans un entretien accordé au Soir d’Algérie(22-26 janvier), Hama Ag Sid Ahmed, porte-parole du conseil du MNLA, dit que ses unités se déploient dans les territoires du Nord-Mali : à quoi sert donc une libération si elle ne désarme pas tous les belligérants ? Questionné sur l’éventualité de rejoindre les unités de la Misma, le porte-parole affirme que «Bilal Ag Achérif, le président du Conseil transitoire de l’Azawad, avait fait une déclaration dans laquelle il expliquait très clairement que le MNLA ne s’allierait pas à la Cédéao. Nous estimons que ces forces, pilotées par l’armée malienne, ne connaissent pas la région et elles risquent fort de s’engager dans une guerre contre la «peau blanche». Cela risque de devenir très dangereux. Ces forces armées ne feront aucune distinction entre les populations civiles et les groupes terroristes.» Il ajoute : «Voilà pourquoi nous privilégions les frappes aériennes ciblées au déploiement de troupes dans l’Azawad», entendant par-là les opérations des troupes françaises. Selon lui, les Français sur le terrain savent distinguer entre civils et terroristes ! Il se révèle davantage en disant : «Je pense que nous aurons également à nous concerter avec les autorités françaises». Au nom de quelle légitimité il se concerterait avec les Français ? Cela signifie donc que les Français prennent langue avec ce groupe de mercenaires : c’est de l’ingérence pure et simple. Finalement, la France semble avoir ressorti un vieux projet gaullien de séparation du Sahara des autres pays — un projet datant de 1957 et appelé «Organisation commune des régions sahariennes» (OCRS) — et semble décidée à nous faire mordre la poussière avec, puisqu’elle trouve des traîtres dans chaque coin de nos pays (lire 7e partie). Si à l’Azawad, le MNLA veut donner une connotation ethnique, pourquoi donc ne pas y inclure Tamanrasset et tout le Sahara algérien, une partie du Niger, du Burkina Faso et du Sahara libyen ? La France a échoué en 1957, et veut gagner aujourd’hui en s’alliant à l’impérialisme franco-qatari. En créant le MNLA et en l’instrumentalisant, le socialiste Hollande commet le crime le plus grave de l’histoire postcoloniale de la France. Les relents de la Françafrique puent dans les discours faussement humanitaristes du plus mitterrandien des néocolonialistes. Aujourd’hui, l’objectif avoué d’une intervention au Mali est la lutte antiterroriste mais encore une fois, il s’avère que cet alibi fabriqué a souvent eu bon dos pour l’occupation de régions convoitées, si ce n’est un argument créé de toutes pièces : le cas malien s’ajoute donc aux cas afghan et irakien. La France garde le MNLA sous la main, car il pourrait encore servir de moyen de pression et énième ruse de l’impérialisme.

Les groupes de mercenaires fidèles à leurs maîtres

L’oncle du leader du MNLA, Moussa Ag Assarid, chef d’Ansar Dine, un autre groupe fantoche qui, lui, utilise l’islam comme fonds de commerce, suit le Qatar, dans une distribution des rôles apparemment écrite par l’ex-secrétaire à la Défense, Hillary Clinton, pour mettre plus de piquant à l’histoire et éparpiller les pièces du puzzle. Le Qatar fait mine d’être en colère contre l’intervention française ou bien l’est-il vraiment que son poulain, Ansar Dine, soit sacrifié et non pas le MNLA ? «Nous espérons que ce problème puisse être réglé par le dialogue. Je pense que le dialogue politique est important et nécessaire. Je ne pense pas que la force règlera le problème», a dit Hamad Ben Jassem Al-Thani, le Premier ministre du Qatar. D’ailleurs, pour montrer sa reconnaissance à ses généreux donateurs du Golfe, Iyad Ag Ghaly a pris pour nom Cheikh Abou Elfadel, ce qui montre son mépris pour la culture touarègue. Ansar Dine était sur le point de proclamer un cessez-lefeu unilatéral, puis voilà qu’Iyad Ag Ghaly accuse ses représentants de trahison et quelques jours après il lance l’assaut contre la ville de Kona pour donner le signal à l’intervention française. Les Hamad du Qatar ont plus d’un tour dans leur sac : la preuve, un parti islamiste vient d’être créé au Mali. Il est issu d’Ansar Dine et se fait appeler : Mouvement islamique de l’Azawad. Maintenant, même les «islamiques» se revendiquent l’Azawad et non pas du Mali. Si le prétexte indépendantiste ne réussit pas, le prétexte islamiste aura des chances. Finalement, tous les ramassis d’Ansar Dine se ressemblent : des mercenaires qui doublent leurs revendications islamistes de revendications sur le Nord-Mali. Quelle différence alors avec le MNLA ? Aucune, que la duplicité, la lâcheté et la ruse pour satisfaire les desiderata de la France. Mais ni les Touareg ni les autres factions du Nord-Mali ne se laissent duper. Le Mouvement islamique de l’Azawad a été créé pour diviser les Touareg et les peuples avec lesquels ils ont toujours vécu en harmonie. D’ailleurs, les scènes de pillage et de violence entre les différentes ethnies en représailles de celles subies depuis janvier 2012 à cause d’Ansar Dine et du MNLA attestent que le feu de la fitna a commencé, avec son lot de vengeances. Ce parti vise aussi à créer davantage de divisions au sein des Touareg et à politiser cette population dans le mauvais sens du mot, alors que pour eux, la citoyenneté se pratique dans les faits, par le travail et la solidarité traditionnels imposés par l’environnement hostile. Les credo ethniques comme les credo d’une «Dawla islamiyya» sont le camouflage entrant dans un projet global de partition et de destruction des Etats islamiques et de la nation islamique dans sa globalité. Les déclarations du MNLA autant que la création du parti islamiste touareg montrent que les causes et les effets sont intimement liés, pas uniquement au menu fretin des supplétifs et des valets, mais des ordonnateurs et décideurs de l’ombre. Tous les chefs des groupes maliens pseudo-djihadistes et pseudo-rebelles du MNLA et d’Ansar Dine viennent du même mouvement du MPLA et du MPA responsables des anciennes rébellions qu’Alger a eu à régler notamment en 1992 et en 2006. Mais aujourd’hui, ce sont des manipulateurs exogènes qui avancent ces pions sur le terrain. Depuis plus d’un siècle, les Etats-Unis utilisent le terrorisme comme soutien à leur politique étrangère : l’Afghanistan, le Nicaragua (les Contras), la Tchétchénie, la Bosnie… Les Français quant à eux ne sont pas des amateurs dans le domaine et ils viennent de le prouver au Mali, en manipulant plusieurs marionnettes à la fois, le MNLA Aqmi, Ansar Dine, Mujao, et cela s’est sans doute fait en coordination avec le Qatar, ce nouveau membre non déclaré de l’OTAN.

A. E. T.

22 février 2013

 

Les dollars de l’Oncle Sam pour promouvoir le terrorisme

(Partie 11)

Sous le prétexte d’une «responsabilité de protéger», les Français ont intervenu au Mali sans mandat de l’ONU. Les puissances occidentales les soutiennent pour une mise sous tutelle programmée de l’Afrique. Mais dans la tutelle de l’Afrique, il y a la mise sous tutelle de la France par les USA, car ceux qui mènent le jeu au Sahel ce sont les Américains, avec la complicité de nombreux pays d’Afrique et d’Afrique du Nord, qui semblent depuis quelques années appeler le néocolonialisme de leurs vœux.
Dans le nouvel ordre mondial qui voit le jour, la financiarisation est inséparable de la militarisation, le monde de la finance étant intimement lié au complexe militaro-industriel qui a pris la Maison-Blanche en otage. La Maison-Blanche, quant à elle, prend en otage d’autres pays, des plus grands aux plus petits. Moscou et Pékin et les pays du BRICS semblent être les seuls Etats à refuser cette hégémonie, que les Américains refusent de voir fragilisée, quitte à ramener les récalcitrants avec le «gros bâton» cher au président Theodore Roosevelt. Beaucoup d’éléments ont argumenté dans le sens d’une préméditation de l’opération Serval dans le cadre d’un complot contre le Mali et les pays frontaliers, pas uniquement l’Algérie. Mais on a compris que tout le micmac flagrant montre qu’il s’agit d’une crise créée de toutes pièces et que le manipulateur en chef, le Département de la défense américain (DoD) la préparait depuis les années 1990, lorsqu’il a créé des situations créatrices de crises (crisogènes) par sa seule présence. Revenons à l’histoire de la présence américaine en Afrique et à l’apparition mystérieuse du terrorisme, à chaque fois qu’une base américaine se crée dans une région. «L’idée politique centrale de l’impérialisme, écrit la philosophe politique Hannah Arendt, est l’expansion comme un but permanent et suprême de la politique», tandis que Chalmers Johnson écrit dans The Sorrows of Empire. Militarism, Secrecy, and the End of the Republic : «L’impérialisme ne peut pas exister sans un puissant appareil militaire pour soumettre et policer les gens qui s’opposent sur son chemin et un système économique pour financer un établissement militaire couteux et improductif.»(1) En 2002, dans une perspective qui s’inscrit dans le projet impérialiste du Grand Moyen-Orient, George Bush a créé le plan Pan Sahel afin de «lutter» contre le terroriste dans le Sahel ; or, il n’y avait pas de terroristes au Sahara ni dans sa région sud, est et ouest, même après dix années de troubles en Algérie. Le terrorisme s’est développé au nord du Maghreb, et s’y est maintenu car il n’avait pas d’assisses dans le sud, d’autant que l’Islam traditionnel et soufi y est très puissant et constituait un paravent contre les takfiristes, wahhabites et autres excommunicateurs. Ce bel Islam de nos ancêtres dérangeait beaucoup, car il donne une idée forte et puissamment ancrée d’une tradition spirituelle et culturelle qui empêchait la prolifération des parasites. Mais le Sahel est une région visée par les Etatsuniens dès que le bloc communiste a sombré. Déjà, en 1996, ils ont demandé aux Saoudiens d’envoyer l’agent Ben Laden au Soudan, non sans avoir concocté un coup d’Etat dans ce pays afin de permettre à un Etat «islamiste» d’y prendre racine. Ben Laden enverra des armes et des Arabes-Afghans vers l’Algérie et, au préalable, il écrira pour ses amis du parti dissous les paroles de : «Alayha nahia, alayha noudjahed.»

Programme d’aide, programme d’asservissement

Pourquoi les Américains voulaient-ils «combattre» le terrorisme sur un territoire où le phénomène n’existait pas si ce n’est pour le créer ? Comme par hasard, dès l’année suivante, entre 2003 et 2004, le groupe d’El Para kidnappe plusieurs groupes de touristes au Sahara ! Le groupe terroriste nigérian Boko Haram est créé en 2002. Entre 2007 et 2008, la Mauritanie subit des attaques et des enlèvements de l’Aqmi. Le terrorisme était inconnu en Irak avant 2003 ; aujourd’hui, ce pays est son fief. En 2008 apparaissent les djihadistes d’Al-Shabbab, en Somalie. Moubarak et Benali ont éradiqué le terrorisme que le «printemps arabe» vient ressusciter en Égypte et en Tunisie… Idem pour la Libye et surtout la Syrie actuellement… où les Américains s’installent. Le cancer terroriste se développe, comme s’ils l’inoculaient directement par injection. En 2005, le programme US Pan Sahel se transforme en Trans Sahel Conter Terrorism Partnership dont l’objectif était de former les forces militaires des sept pays sahariens «volontaires» dans leur lutte contre leurs différents ennemis, y compris «terroristes», en fait des alliés sous de faux drapeaux. Tactique du pyromane pompier… Les Etats-Unis ont aussi un programme appelé Counter Terrorism Train and Equip destiné à apporter de l’aide militaire à des pays maghrébins et d’Afrique subsaharienne (Algérie, Burkina Faso, Tchad, Libye, Mali, Mauritanie, Maroc, Niger, Nigeria, Sénégal, Tunisie) en leur offrant quelques armes et véhicules, du matériel de communication, des pièces de rechange et des tenues militaires. Il permet d’avoir un pied à terre dans ces pays en attendant mieux, une base militaire, un puits de pétrole ou une exploitation minière, par exemple. Ainsi donc, les Etats-Unis visent l’implantation dans des pays qui sont traditionnellement dans le giron français… Peu d’égards pour la France amie et alliée au sein de l’OTAN… Mais les Etats-Unis ne sont-ils pas venus concurrencer la France à Djibouti en 1981 ? Et comme par hasard, le piratage s’est développé dans la corne de l’Afrique dès que la base américaine de Camp Lemonnier a été créée en 2003. Les actes de piratage contre des navires marchands se développent en même temps que le terrorisme, au fur et à mesure que la répression grandit. L’injustice nourrit la révolte, c’est ce que font semblant de ne pas comprendre les pays qui ont de longues expériences coloniales. Une fois le terrorisme installé en Afrique, George Bush décide de créer, en 2007, un commandement unifié pour l’Afrique (United States Africa Command) dont l’acronyme est Usafricom ou Africom et destiné, en premier lieu, à coordonner toutes les activités militaires et sécuritaires étatsuniennes sur ce continent. Son deuxième but est la «géopolitique du pétrole», soit la sécurisation des approvisionnements américains par le golfe de Guinée afin d’amoindrir la dépendance aux réserves du Moyen-Orient. Le troisième but est la compétition économique afin de contrer par un pré-positionnement militaire US la montée en puissance de la Chine. Parmi ces objectifs, on ne sait lequel est prioritaire, car comptent beaucoup pour les Etats-Unis les nécessités de défense pure, soit la dépense du budget militaire dans des conflits nécessaires pour le fonctionnement du complexe militaro- industriel. Ce n’est qu’à cela essentiellement qu’ont servi les guerres d’Afghanistan et d’Irak depuis 2003. Car il faut savoir que la Maison-Blanche a dépensé près de 5 000 milliards de dollars en dix ans en Irak et en Afghanistan, sommes qui sont allées dans les coffres du complexe militaro-industriel et ceux d’autres entreprises étatsuniennes. La recette est simple : on crée la pauvreté dans un pays, et lorsqu’il devient ingouvernable, on y envoie des terroristes qu’il s’agira d’éliminer sous prétexte qu’ils menacent le «monde libre». Ainsi, la chaîne de production d’armes tourne à fond pour doter à la fois les terroristes et les pays qui combattent le terrorisme. En 2008, Jeremy Keenan, un anthropologue très au fait des choses du terrorisme et du renseignement, écrivait dans la revue d’intelligence Menas: «Rares sont les endroits au monde qui ont été autant sujets à désinformation que le nord du Mali et sa frontière avec l’Algérie. Il est vrai que c’est le point focal de l’administration Bush en ce qui concerne sa fabrication d’un second front saharien dans sa soidisant guerre contre le terrorisme.» En 2009, le Mali a bénéficié du programme Trans Sahel Conter Terrorism Partnership, mais au préalable, les Etats-Unis ont imposé à ce pays criblé de dettes une restructuration qui l’a davantage affaibli puis entraîné dans le gouffre actuel. En un tour de passe-passe américano-franco-qatari, voilà le Mali coupé en deux, avec un nord occupé par une nébuleuse d’islamistes et de pseudo-rebelles également à la solde. Puis voilà les Français qui accourent pour sauver un peuple de barbares islamistes… qu’ils ont pris soin de doter des armes les plus sophistiquées…

La guerre, seule logique de la Maison-Blanche

Pour renforcer sa présence en Afrique, au détriment d’une France qui n’a plus d’argent pour y être présente, Washington va, selon le Département d’Etat américain, déployer une centaine de conseillers en Afrique de l’Ouest et les répartir au sein des contingents africains de six nations : Niger, Nigeria, Burkina Faso, Sénégal, Togo et Ghana, qui fournissent des troupes à la Misma. Ces «mentors» dépendent du programme African Contingency Operations Training and Assistance (ACOTA). Même s’ils ne seront pas déployés sur le territoire malien, économiquement, il s’agit d’une ingérence dans une chasse gardée, même s’il s’agit d’un allié atlantique. Pour comprendre cette stratégie, il faut savoir que le budget américain est de 755 milliards de dollars (2010) alors que celui de la Chine est de seulement 143 milliards de dollars, que celui de la Russie est de 71, 9 mds et celui de la France de 62,5 seulement. Le budget défense des Etats-Unis est non seulement colossal, mais il est plus important que tous les autres secteurs réunis : il bouffe plus que la moitié du budget du pays alors que celui de la France est le deuxième après celui de l’éducation. En 2011, le budget du DoD représente 41% du total mondial de défense par rapport à la Russie qui n’en détient que 4,1% et la Chine 8,2 % tandis que l’Arabie Saoudite en détient 3%. La véritable course aux armements n’a jamais été aussi folle qu’aujourd’hui, car l’Amérique dope les achats en imposant une surenchère, ensuite grâce au terrorisme qui cible les pays non amis et ennemis. Ainsi, les pays arabes, qui soutiennent le terrorisme (Arabie Saoudite, le Qatar et les autres pays du Golfe) sont devenus des investisseurs dans l’industrie militaire occidentale par le biais d’opérations de leurs fonds souverains, et ce, indirectement ou directement dans certaines entreprises liées au complexe militaro-industriel (Carlyle et la société militaire privée Vinnel) : des enjeux importants les lient désormais au terrorisme qui nourrit le complexe militaro-industriel… Le problème malien s’inscrit donc dans une stratégie géopolitique globale qui dépasse les acteurs apparents (groupes terroristes) et même ceux qui se sont mis en avant depuis le début ou dernièrement (Qatar et France) : elle s’inscrit dans un plan du Grand Moyen-Orient tout comme les «printemps arabes» qui visaient à éliminer tous les raïs (Benali, Moubarak et surtout Kadhafi) susceptibles de s’opposer à la création, à leur frontière (Mali), d’un Etat failli où se déploient les groupes terroristes, tout comme en Afghanistan. Fin 2010, Obama avait dit vouloir renforcer l’armée américaine et lui donner de nouveaux «partenaires» pour la réussite de ses objectifs : il ne dit pas alliés car ceux de l’Occident sont connus ; il s’agit donc de ces innombrables traîtres à leur nation qui prolifèrent depuis les «printemps arabes». Ce sont les services de renseignements étatsuniens qui recrutent les traîtres, ainsi que des agences supposées de droits de l’homme, des ONG supposées humanitaires ou destinées à «promouvoir la démocratie dans le monde», comme l’Open Society, le Fondation Soros, la National Endowment for Democracy… D’ailleurs, ces trois ONG liées à la CIA ont joué un rôle fondamental dans les «printemps arabes».

A.E.T.

23 février 2013

 

Un néocolonialisme putride et ses nouveaux corsaires

(Partie 12)

Les Etats-Unis ont pris la base militaire française de la France à Djibouti. Ce serait la seule base américaine en Afrique ; or, ils auraient une base en Égypte et d’autres en Afrique et même d’Afrique du Nord : sur Google, il suffit de mettre le nom d’un pays pour que des informations troublantes apparaissent… Néanmoins, si la mission Africom vise à assurer une présence américaine en Afrique sous le fallacieux prétexte d’aide à la lutte contre le terrorisme, aucun pays africain n’a accepté d’héberger chez lui son commandement général, lequel s’est, en définitive, installé en Allemagne et en Italie (lire 11e partie).
Depuis quelques mois, prétextant de l’assassinat de leur ambassadeur en Libye, les Etats-Uniens se sont implantés de force au Yémen, ce qui laisse croire que l’histoire des révoltes musulmanes un certain 11 septembre 2012 après la sortie d’un film anti-islam a été allumée exprès, comme on allume des foules dans le livre de Serge Moscovici, L’Age des Foules. La vidéo en question était sur YouTube depuis des mois, et nul n’y a prêté attention, puis subitement, les rues musulmanes s’enflamment un certain 11 septembre, cette date devenue fatidique… Manipulation à l’état pur : Gustave le Bon doit aller se rhabiller. Comme Sarkosy a eu son Merah pour sa campagne électorale, Romney (ou même Obama) a eu son film anti-islamique qui donne le même effet que les crimes attribués à Merah, car ces fanatiques qui brûlent et qui meurent pour rien donnent raison aux racistes de tout poil. Donc, les Etats-Unis menacent de s’installer dans les fiefs historiques de l’armée française, dans ce Sahel où elle a pratiqué tous les coups bas, coups d’Etat et même corruption comme ces diamants de Bokassa. La présence américaine dans son fief peut avoir agacé Paris, mais entre membres d’une OTAN dominée par les Etats-Unis, c’est le respect au plus gradé qui prime sur les susceptibilités et les humeurs. D’ailleurs, ni Sarkozy ni Hollande n’ont le punch d’un de Gaulle qui a envoyé balader les bidules de l’ONU et de l’OTAN, refusant d’être à la solde des mastiqueurs de chewing-gum. Lointains sont les temps de la fierté, car même Berlusconi et Erdogan qui avaient décroché de superbes marchés en Libye (de 25 milliards de dollars pour la Turquie) ont rogné un peu quand les Etats-Unis avaient décidé d’abattre Kadhafi avant de rentrer dans les rangs des subalternes et d’envoyer leurs soldats. Ils se sont joints à la meute de prédateurs, faute de quoi, le boss de l’OTAN ne leur aurait pas laissé une miette en Libye. Pareil en Syrie, où les meilleurs amis de Bachar El-Assad (Erdogan, Hamad) sont devenus ses pires ennemis lorsque l’Amérique a décidé de le sacrifier sur l’autel du «Printemps arabe». Il est clair que le Grand Echiquier de Zbigniew Brzezinski est en train de se mettre en place, au grand dam de ceux qui ne lisent pas et ne prévoient pas. Il est clair qu’un impérialisme prédateur est en train de redéfinir ou d’étendre ses zones d’influence à nos frontières et à la faveur du système unipolaire qui lui donne l’avantage. Dans la nouvelle prédation contre le Mali, le Qatar peut jouer le bras séculier des Etats-Unis, soit pour écarter la France des derniers quartiers du Sahel, soit pour renforcer le statut de France parce qu’il est actionnaire dans Areva et Total… Le Qatar est l’un des outils de l’Oncle Sam, mais il a aussi ses intérêts propres. Intérêts : le maitre-mot des relations internationales. Les naïfs parlent de divergences franco-étatsuniennes. Si elles existent, celles- ci doivent nécessairement converger vers un seul point : la défense de leurs intérêts spécifiques et leurs intérêts communs. La realpolitik impose de la prudence aux Etats-Unis pour gagner les populations qui commencent à mesurer les conséquences des «printemps arabes», surtout à l’aune des massacres à Ghaza. N’empêche que la France est une grande puissance, et qu’elle tente de jouer son jeu, de sauver ses cartes en Afrique face aux Etats-Unis qui avancent dans son fief à pas de géant, et face aux Russes et aux Chinois, mais tout en restant proche des Etats-Unis afin de ne rien perdre de ses parts dans le cadre atlantique. La course à l’Afrique a commencé par la destruction du plus gros verrou, Kadhafi, l’homme qui contrôlait plusieurs pays africains qu’il avait gagnés à sa cause en leur fournissant une aide financière et économique et en intégrant leurs ressortissants dans son économie (des milliers d’emplois). Kadhafi avait quatre millions de travailleurs chez lui, avec des projets pharaoniques qui mettaient les pays du Golfe en danger, et c’est ce qui explique d’ailleurs la forte croissance économique libyenne durant ses dernières années de règne. L’OTAN a cru pouvoir vite régler la question syrienne et dégommer Bachar El-Assad mais elle est tombée sur un os qui a l’appui de son armée, c’est-à-dire de son peuple, car armée signifie peuple, qu’on le veuille ou non. Tandis qu’au Mali tout a baigné dans de l’huile et, comme probablement entendu avec les Russes, l’Afrique sera désormais américano-européenne, preuve en est que la Russie et la Chine n’ont dit mot sur ce qui se passe au Sahel. Les pays qui se sont mis dans la gueule du loup en abandonnant le groupe des Non-alignés se feront bouffer crus devant le regard impassible de la Russie qui ne se soucie que de ce qui la regarde désormais.

Course entre les grandes puissances et le Qatar

Dans le cadre de sa guerre moderne, la France s’est investie à fond dans la lutte cognitive, via ses services de renseignement, notamment le SDECE et la DCRI, en envoyant de nombreux nouveaux Merah renseigner et manipuler des Maliens : avec ces nouveaux harkis, on ne sait plus désormais qui est ami et qui est ennemi car il se dit musulman, lui aussi, et jure par l’Islam, mais nul ne lui a dit comment il a pu obtenir plusieurs passeports pour pouvoir aller en Israël, en Iran, au Pakistan, en Algérie et ailleurs. Pour les manipulateurs de l’ombre, la faillite des élites compte aussi, tout comme leur corruptibilité et leur disponibilité à la manipulation ou à la trahison. Pour un coup d’essai au Mali, la France a fait un coup de maître, même si le Qatar et les Etats-Unis lui ont facilité le rôle. Si pour les Etats-Unis, brandir le drapeau n’est pas trop à la mode, pour un François Hollande en butte à des difficultés économiques sur son territoire, voir le tricolore brandi à Gao, Nouakchott ou Bamako requinque le moral et rehausse la fierté du coq conquérant devenu humanitariste. Il est indéniable que pouvoir cacher une guerre impérialiste sous l’apparence d’une guerre humanitaire est une immense réussite pour un président qui semblait en panne depuis son accès à l’Elysée. Puisant dans son fonds colonial, la France a créé son MNLA pour faire pression sur Bamako ; tandis que les Etats-Unis et le Qatar ont créé des groupes dits «islamistes» pour avoir leur part du gâteau. Preuve en est que les pays occidentaux n’ont qu’un seul et même but est qu’ils apportent tous leur appui logistique à la France. Les apparences n’étaient que du leurre pour la crédibilité du scénario. Quant au Qatar, il joue parfaitement son rôle : chauffer le bendir pour les «islamistes» de tous bords, armés et non amés, au Mali et ailleurs, en faisant croire qu’il n’est pas d’accord avec l’intervention française décidée par Washington. Un même partage de rôles a été défini pour les groupes mercenaires sur le terrain qui ont envahi le Nord-Mali ensemble et de concert, comme sur ordre d’un chef d’état-major suprême, comme sur ordre d’un chef d’orchestre caché dans l’ombre. Pour certains observateurs, la France, les Etats-Unis et le Qatar semblent se faire la guerre par groupes terroristes interposés. Il n’en est rien en vérité, car au-delà des intérêts particuliers de tout un chacun (France, Qatar, Etats-Unis, GB…), il y a les intérêts communs. Après les coups bas du début, tout est rentré dans ordre pour l’assaut final et le partage du butin. Et comme dans une meute, c’est le plus fort qui aura la plus grosse part, un point c’est tout. L’OTAN est une meute de prédateurs. Pour le moment, les Américains n’ont pas intérêt à trop se mettre en avant sur la scène musulmane, ils demandent aux Français de diligenter une opération qui permette l’intervention occidentale après avoir mis en avant une hypothétique force africaine composite qui risquait d’être un véritable frein au développement du terrorisme. Or, le but occidental est de le promouvoir, pas de le combattre. Par la même occasion, l’opération Serval permet à François Hollande d’espérer blanchir le socialisme de son passé colonialiste aux yeux de quelques crédules parmi les musulmans ou les non-musulmans au Mali et à travers le monde. Tout comme les Etats-Unis, il faut aussi toujours une guerre à la France, de préférence en Afrique. Elle intervient dans 16 régions différentes actuellement, avec un budget de moins d’un milliard d’euros. Elle n’a pas les moyens de l’Amérique, mais si des pays du Golfe veulent mettre la main à la poche, ce n’est pas de refus. La France s’engage donc au Mali après son retrait d’Afghanistan, et ce n’est que partie remise dans une autre région du globe. Comme tous les locataires de l’Elysée, de De Gaulle à Pompidou, Valery Giscard D’Estaing, Mitterrand, Chirac et Sarkozy, Hollande veut faire sa guerre, une autre guerre sans fin, une guerre sans fin qui va créer une nouvelle «autoroute de l’internationale insurgée», pour utiliser un terme d’Alain Gresh.

Une base de drones américaine au Niger

Aujourd’hui, l’armée française est à Bamako, sous couvert de protection des ressortissants français. Cela signifie qu’elle a obtenu une base ou un QG. Reste à signer l’accord de coopération militaire… Peut-être même que les Français de l’opération Serval y resteront tant qu’un président ne vient pas leur demander de partir. Au Tchad, ils sont également intervenus pour protéger Hissène Habré, le dictateur criminel et putschiste, en 1986 et ils y sont encore. C’est le même scénario qui se répète : au préalable, la France a installé une situation de crise au Mali, puis un putschiste est venu renforcer son argumentaire, ensuite un intérimaire sans autorité réelle a été forcé à demander de l’aide pour que le pays retombe sous le giron d’une France qui sait perpétuer son rôle de gendarme de l’Afrique. Par sa mollesse si ce n’est par sa léthargie, du moins par son manque de perspicacité, l’Algérie a permis de perpétuer ce plan qui a rendu incontournable le recours à la France par les autorités de Bamako. Selon le New York Times(28 janvier 2013), les Etats-Unis vont créer une base de lancement de drones dans le nord-ouest de l’Afrique, au Niger pour être précis, afin de «combattre» les groupes terroristes. Selon le même journal, le commandement américain en Afrique discute également d’autres options pour localiser cette base dans d’autres pays de la région, comme le Burkina Faso. Ces drones participent de la création du terrorisme et ont causé des milliers de victimes au Pakistan, en Afghanistan, au Yémen et en Somalie. Machiavélique scénario : on dit au Qatar de perdre des milliers d’armes en Libye, puis on lui dit de financer Ansar Dine et Mujao et Aqmi ensuite on crée une base de drones… La France, la Grande-Bretagne, l’Espagne, l’Italie, la Belgique et l’Allemagne ont accepté d’aider la France dans son opération Serval, ce qu’elles ne peuvent faire si elles n’avaient pas un intérêt. Le néocolonialisme vient en libérateur contre l’Islam castrateur-oppresseur-intégriste-fondamentaliste-terroriste… Les crimes commis en Syrie et ceux commis en Libye sont exemptés. Quelle belle victoire pour l’OTAN ! Quelle piètre image de l’Islam qu’une poignée de vendus du Qatar et de voyous maliens donnent de l’Islam. Pendant que les décideurs véritables étaient dans l’ombre, les supplétifs faisaient le sale boulot, prenaient des otages, tuaient, pillaient et mourraient, chair à canon rameutée au nom de l’Islam ou au nom d’un hypothétique Azawad, deux arguments au service du néocolonialisme en marche. Les peuples d’Afrique ont toujours vécu en communautés pacifiques jusqu’au jour où le colonialisme a utilisé le divide ut regnes à des fins cyniques. Il n’y a presque plus de véritables groupes djihadistes, mais des mercenaires recrutés à la porte d’un bar, d’un stade ou d’un cyber café et à qui on fait miroiter une belle poignée de dollars qataris : les 11 Tunisiens et les 7 Egyptiens qui ont commis l’attentat d’In Amenas montrent que le mercenariat a remplacé le «djihadisme», comme nous le verrons plus loin. Mercenaires aussi sont les éléments qui composent le MNLA qui est composé de mercenaires déguisés en Touareg pour pallier le manque d’autochtones dans ses rangs. Il est probable que les Français ne représentent qu’eux-mêmes au Mali, mais le Qatar ne peut représenter que lui-même dans la question malienne où il a joué le rôle moteur : si c’est MNLA (France) qui a servi à la pénétration, c’est tout de même Doha qui a pu gérer les groupes «islamistes» en leur permettant d’arriver jusqu’aux portes de Bamako, cette ligne rouge tracée pour une intervention sans mandat de l’ONU et que Ban Ki-Moon au lieu de condamner a félicitée ! Les musulmans mis KO par les chrétiens ! Des Hollande et des François sont baptisés dans certains foyers chrétiens maliens qui ont eu peur de devoir imposer à leurs filles de porter la burqa des «djihadistes»… Bravo Hamad pour la promotion de l’Islam ! Grâce à toi, des drapeaux français sont déployés dans les rues maliennes…

A. E. T.

24 février 2013

Terrorisme «djihadiste», bras armé de l’Occident

(Partie 13)

 

Certains parlent du «caractère transnational du terrorisme». Le terrorisme n’a pas de caractère globalement transnational. Il a un caractère transnational limité aux pays musulmans. Il n’y a pas eu d’attentat en Occident ou contre des intérêts occidentaux depuis plus d’une décennie. Le terrorisme dit «islamiste» ne touche jamais les intérêts américains ou occidentaux, et tous les attentats qui ont eu lieu en terre d’Occident sont, selon les analystes les plus crédibles, des «inside jobs», des opérations internes, ou intimement liées à des filières d’agents «islamistes» liés aux services secrets occidentaux.

Nul ne croit que le troglodyte Ben Laden soit capable d’exécuter l’opération-attentat extrêmement sophistiquée du 9 septembre 2001. En tout cas, sans les attentats du 9 septembre 2001 et ceux «perpétrés» contre les ambassades des Etats-Unis à Nairobi (Kenya) et à Dar es-Salam (Tanzanie), contre le navire USS Cole (octobre 2000, Amen, Yémen), contre le bâtiment des soldats US à Djedda, contre le RER de Madrid (2004) ou celui de Londres (2005), le terrorisme ne serait jamais devenu une affaire aussi juteuse pour l’économie de guerre américaine et occidentale. Les entreprises américaines ont touché près de 5 000 milliards de dollars en 8 ans grâce aux guerres en Irak et en Afghanistan. Les ventes d’armes occidentales n’auraient pas doublé par rapport à celles des Russes et des Chinois, les bases américaines dans le monde n’auraient pas été multipliées par deux ou presque… Même Coca, Pepsi et Marlboro gagnent avec les GI’s et les marines en campagne en Afghanistan, Irak, Yémen ou ailleurs… La Russie est désormais entourée de bases américaines comme elle ne l’a jamais été lors de la guerre froide. L’Arabie Saoudite, Bahreïn, les EAU et le Qatar dépensent des milliards en armement : du bonheur pour le complexe militaro-industriel des six grands fabricants d’armes. Le Qatar achète des gadgets de mort qu’il n’emploie pas : il les offre aux terroristes, avec la garantie qu’ils ne viseront jamais un appareil ou un citoyen israélien, américain ou français, et si cela advient, comme pour trois Etats-Uniens dont un ambassadeur en Libye, cela s’appelle pertes collatérales avec en récompense aux familles une médaille de mérite… au nom de Lockheed, Boeing ou Carlyle où la famille Ben Laden est toujours actionnaire… Au Mali, on ne trouvera jamais un Qatari parmi les terroristes, mais le «généreux» donateur y a envoyé des associations caritatives ; 90% des ONG humanitaires qataries ou saoudiennes cachent un service de renseignement, qui fait semblant de donner du lait mais qui recrute des mercenaires. Le Croissant-Rouge qatari, les structures telles que Qatar Charity ou la Mou’assassat Eid ont fait des pays du Sahel (et donc du Nord-Mali) l’un de leurs terrains d’intervention privilégiés. Avant l’intervention française, ces ONG humanitaires qataries n’étaient présentes que dans les villes où Ansar Dine était présent, soit le Nord-Mali, alors que la misère est partout aussi au Sud : elles soignent et nourrissent les terroristes, et donnent des miettes aux pauvres. Le Qatar détient 4% de la dette malienne (3,5 milliards de dollars) : ces ONG maliennes ne peuvent-elles pas l’effacer ? Ces ONG permettent de ceinturer le Sahel d’agents de renseignements comme l’était le Pakistan dans les années 1980. C’est grâce à ces «associations caritatives» que les terroristes saoudiens et du Golfe étaient présents en Afghanistan, durant la première guerre, de 1979 à 1986 : le livre House of Bush, House of Saud de Craig Unger montre le fonctionnement de ce réseau «humaniste» créé par Abdoullah Youcef Azzam et Ben Laden et qui a permis d’acheminer des fonds et des armes aux Afghans et aux Afghans arabes, puis aux terroristes islamistes en Bosnie, en Tchétchénie… Dans le cadre de cette «mission», Ben Laden et Ayman Al-Zawahiri, alors amis, sont même allés acheter des Stinger aux Etats-Unis, ce que Reagan autorisera à donner aux «moudjahidine» afghans (opération Cyclone). Ces structures «caritatives» sont toujours existantes et se renforcent au fur et à mesure que se développe «l’autoroute du terrorisme». Sur l’intervention atlantique en Libye en 2011, il y a une vidéo disponible sur YouTube qui montre des missiles qui tombent d’une caisse frappée du Croissant-Rouge qatari pendant sa manipulation par les «rebelles» anti-Kadhafi. S’agissant de la Syrie, des terroristes libyens avouent (dans un documentaire du journaliste libanais Khoudr Aouarka) avoir acheminé sous la couverture humanitaire plusieurs bateaux d’armements aux terroristes qui ont massacré des dizaines de milliers de militaires et de civils syriens. Dans un entretien téléphonique de 9 minutes, le député libanais Okab Sakr (courant proche de Rafik Hariri et des phalangistes) parle avec un chef terroriste en Syrie lui demandant un approvisionnement en armes. Tout le monde s’est mis dans le commerce de la mort, officiels, banquiers, directeurs d’agences de renseignement, députés, organismes humanitaires… qui, eux, sont les véritables patrons d’Al- Qaïda, pas cet Ayman Al-Zawahiri qui ne sert que de leurre, tout comme Ben Laden dont l’holographie a été effacé pour donner un nouveau souffle à la nébuleuse.

Le rôle trouble du Qatar : pourquoi en avoir peur ?

Dans la crise du Sahel, ce n’est pas uniquement le Mali qui est visé mais tous les pays de la région : l’attentat d’In Amenas est lourd de menaces nouvelles… L’assassinat de deux gardiens d’oléoduc à Bouira vient montrer que les cibles sont ce pétrole et ce gaz qui nous donnent à manger. Les infrastructures pétrolières irakiennes font l’objet de sabotages permanents par Al-Qaïda et d’autres mercenaires agissant pour le compte des commanditaires de l’ombre. Le gazoduc iranien a explosé en territoire turc… Il n’y a pas que la production de pétrole et de gaz qui compte, parfois sa non-production est plus avantageuse pour l’Amérique (l’Irak ne pouvait produire qu’un quota donné des années durant ; aujourd’hui, le pétrole iranien est boycotté). Les puissances impérialistes ne cherchent pas que le pétrole. D’ailleurs il y a trop de pétrole et de gaz aujourd’hui. Le gaz russe et le gaz iranien gênent le Qatar et l’Arabie Saoudite, qui veulent réduire la production des autres pays pour imposer leur marchandise, d’autant qu’ils ont investi des sommes énormes dans des raffineries. Le pétrole découvert en zone syrienne, libanaise et chypriote fait à la fois rager et rêver : la crise syrienne est aussi liée à cette volonté de lui prendre sa richesse ou de retarder sa production, tout comme elle vise à saboter le gazoduc russe pour permettre le passage d’un gazoduc qatari vers l’Europe à condition qu’un nouveau gouvernement prenne Damas, selon le journal libanais Al-Akhbar. In Amenas produit du gaz et le Qatar peine à trouver des clients pour sa ressource… Le Qatar est aussi actionnaire dans Total qui veut avoir des concessions dans le pétrole récemment découvert au Mali, aux frontières de la wilaya d’Adrar. Total a retardé la production de gaz iranien (dans ses concessions iraniennes) pour permettre l’extraction du gaz qatari, et l’affaire est entre les mains de la justice… Les coups fourrés du Qatar à l’encontre de l’Iran, et récemment de l’Égypte méritent d’être médités : Hamad a raflé à son ami Morsi le marché de gaz israélien ! Le gazoduc égyptien vers Israël est souvent saboté depuis les «Printemps arabes», alors le Qatar signe un contrat avec Israël (2012) pour lui assurer un approvisionnement sans sabotages… Un Sahelistan causera des morts, des déplacements et un ralentissement économique insupportables qui ne feront qu’aggraver la crise, outre le développement de la drogue, et aucune fermeture des frontières ne permettra de l’éviter comme l’a montré l’attentat d’In Amenas. Le but du terrorisme n’est pas de tuer des gens mais de détruire des économies, des nations, des Etats et en faire des Etats faillis, des pays qui ne concurrencent pas les grandes puissances qui peuvent alors en piller les richesses sans contrôle. Le terrorisme produit du terrorisme en créant les conditions de son développement, et c’est ce mécanisme qui semble aussi être enclenché en Irak qui, malgré son immense production pétrolière, patine en place à cause du terrorisme et des divisions internes. Si la crise malienne transformait la région en Sahelistan, un scénario apocalyptique se profile à l’horizon. Au Mali comme en Afghanistan, en Syrie et en Irak, ce sont essentiellement des groupes terroristes qui sont responsables du drame. Si les groupes appartiennent à la même nébuleuse (Al-Qaïda), ce sont aussi les mêmes cercles qui désignent leur agenda, dans un centre de commande qui n’a rien à voir avec la grotte troglodytique d’Ayman Al-Zawahiri mais plutôt avec un bureau hypersophistiqué avec des décideurs et des stratèges entourés de think-tanks liés à des multinationales qui brassent des centaines de milliards de dollars. La multinationale terroriste est un outil du libéralisme prédateur de ce siècle où le budget de défense de l’Amérique est de deux fois supérieur à celui de ce pays durant ses deux années de sa participation à la guerre mondiale ! Oui, pour combattre le gueux Ben Laden, le Department of Defence (DoD) se donne un budget deux fois supérieur à celui qu’il avait dans sa guerre contre Hitler, Mussolini et Hiro-Hito ! Vous avez compris que ce budget (750 milliards de dollars en 2010 et 676,7 en 2012) ne peut s’expliquer que par une corruption d’une dimension inouïe qui rend l’Etat américain otage du complexe militaro-industriel et des autres entreprises contractuelles du Pentagone. La pire dictature se trouve camouflée sous le système politique qui apparaît comme le plus démocratique du monde.
Manipulateurs de l’ombre, commanditaires actifs Des intérêts variés, parfois contradictoires, sont cachés derrière ces conflits impérialistes qui se concrétisent par l’entremise de supplétifs, tandis que les maîtres d’ouvrage se contentent de nourrir les facteurs crisogènes, notamment par les médias, surtout lorsque des chaînes autochtones et «crédibles» comme Al Jazeera ou Al Arabia sont de la partie. D’ailleurs, il est écrit dans le rapport Horizons stratégiques 2012 du ministère français de la Défense : «Dans un contexte multipolaire, l’affrontement entre puissances pourra également se mener par procuration, au travers de pays tiers appartenant à leurs sphères d’influences respectives.» Ce rapport reconnaît que «la criminalité transnationale pourrait aussi, a contrario, être suscitée ou soutenue par certains États ou organisations trans-étatiques, dans le cadre d’une stratégie indirecte ». Or, la France est un de ces pays manipulateurs de groupes terroristes depuis plusieurs décennies, à l’instar des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne notamment. Les maîtres d’ouvrage sont en action au Mali, parmi eux la France et le Qatar, en attendant que d’autres se révèlent ou que se révèle pour qui courent ces deux premiers ou l’un des deux. Le terrorisme dit «islamiste» ne vise pas les Occidentaux ni l’Occident mais les musulmans et les pays musulmans. Il continue à jouer pleinement ce rôle tel que l’a voulu Zbigniew Brzezinski, l’inventeur de cette arme qu’on appelle terrorisme «islamiste» et qui consiste à utiliser des musulmans contre des musulmans, une arme expérimentée d’abord en Afghanistan (sous Jimmy Carter et Ronald Reagan). Dans le pays de Djamal Eddine El Afghani, des dizaines de milliers de mercenaires de pratiquement tous les pays musulmans ont combattu aux côtés des Américains. Puis en Algérie, ils voulurent instaurer une «république islamique», pareil en Tchétchénie et même en Bosnie où ils ont été transportés dans des avions de l’OTAN et bénéficié de l’aide occidentale pour déstabiliser la Russie comme ils l’ont fait auparavant pour embourber l’URSS dans une guerre coûteuse. «Les islamistes dits radicaux ne sont radicaux qu’en paroles contre l’impérialisme», écrit Bill Van Auken, un candidat à l’élection présidentielle américaine en 2004 et membre du Parti égalité socialiste, qui sait que l’islamisme est un outil utilisé par les républicains et les démocrates pour renflouer les caisses des marchands d’armes et celles d’autres firmes. Il ajoute : «Partout dans le monde, le terrorisme est apparu suite aux interventions américaines ou même avec leur aide ! L’Irak n’a connu le terrorisme qu’après les guerres des Etats-Unis. Le terrorisme de Ben Laden est directement une création de l’impérialisme américain. Le terrorisme s’est grandement développé après l’intervention américaine en Somalie, etc., etc.» Mais ni lui ni Ron Paul, qui demandait à réduire drastiquement le budget inutile, criminel et corrupteur de la défense, ne pourront un jour être élus à cause d’un système électoral qui exige un immense budget de campagne (2,6 milliards de dollars pour Obama et Romney, selon le Washington Post) pour arriver en bout de course, et ce budget ce sont les super donateurs, soit les entreprises bénéficiaires des contrats de la Maison-Blanche, qui l’offrent aux… candidats.

A. E. T.

25 février 2013

La Françafrique par mercenaires et traîtres interposés

(14e partie)

L’opération Serval peut aussi s’expliquer par la nécessité militaire de donner du service à des éléments qui ont fait l’Afghanistan. Un service que les Etats-Unis rendent en faisant avancer le pion français au Mali, d’autant que les marines et autres GI’s ont encore quelques affaires à régler en Afghanistan. De plus, cela passe mal pour les Etatsuniens de s’ingérer dans un pays d’Afrique après la Libye, la Syrie et le Yémen où ils n’ont pas laissé une bonne impression au sein de l’opinion musulmane.

Entreront-ils au Mali en 2014, lorsque leur retrait d’Afghanistan sera total, et surtout lorsque les conditions militaires et/ou politiques auront été réunies ? Le pourrissement de la situation au Mali servira probablement de prétexte d’une entrée des Etats-Unis, et l’histoire montre que les Américains apprécient les conflits ouverts par les Français, le Vietnam étant le meilleur exemple. La France s’est donné le mandat de s’immiscer au Mali à coups de mensonges et subterfuges. Hollande a dit qu’il laissait la doctrine néocolonialiste Françafrique derrière lui, mais elle colle à la politique extérieure française, surtout dans le lourd héritage d’un parti socialiste marqué de forts relents mitterrandiens. Sarkozy l’a prouvé en Côte d’Ivoire, en se donnant ainsi un véritable pouvoir politique dans ce pays après avoir dégommé Gbagbo et placé Ouattara, comme Chirac l’a fait en 1999, en fomentant un coup d’Etat militaire contre le président Henri Konan Bédié, ouvrant ainsi pour ce pays plus d’une décennie de guerre, de massacres et de violences ethnico-religieuses. Laurent Gbagbo avait fermé la base française d’Abidjan, alors la France imposera Ouattara qui prétendait avoir gagné les élections face à son prédécesseur : il permettra le maintien de la base française. Au Tchad, la France maintient un millier d’hommes appelés dans le cadre du dispositif Epervier mis en place pour sauver un certain criminel, Hissène Habré, le président tchadien putschiste installé par la France et qui a appelé Paris à l’aide lorsque le président déchu, Goukouni Oudeï, a essayé de reprendre le pouvoir avec l’aide de Kadhafi, en 1986. Responsable de la mort de presque 40 000 personnes et de nombreux assassinats politiques, Habré sera d’ailleurs arrêté, mais, à ce jour, la France ne permet pas son jugement par la cour internationale de justice. La fin de la mission de l’opération Epervier au Tchad est proche et elle risque d’être fermée d’autant, qu’en 2010, le président Idriss Deby avait reproché à la France de ne rien payer pour sa présence militaire. Une opération coup-de- poing au Mali va donner à réfléchir à ces présidents qui osent chasser les troupes françaises et suivre les conseils de l’artiste Alpha Blondy qui chantait : «Armée française allez-vous en ! Allez-vous en de chez nous… Nous ne voulons plus d’indépendance sous haute surveillance.» En 1960, l’armée française comptait 30 000 hommes en Afrique ; en 1980, 15 000 ; aujourd’hui, ils sont à peine plus de 5 000, répartis sur trois bases : au Gabon (980), au Cap-Vert (1 200) et le plus gros contingent est à Djibouti (2 900). Rien qu’en 2011, près de 2 500 soldats ont quitté Djibouti (république de Djibouti), Dakar (Sénégal) et Abidjan (Côte d’Ivoire) où la force Licorne n’est plus que de 450 hommes. Avec un budget de 800 millions d’euros par an en 2008, pour la présence française en Afrique (sur un budget militaire français de 31,4 milliards d’euros en 2013), la France ne peut pas avoir les mêmes objectifs géostratégiques que les Etats-Unis qui octroient à la Défense près de 50% du budget étatique alors qu’en France, il n’est que le deuxième après l’éducation. En début d’année, la fermeture de la base française au Sénégal avait confirmé le désir de plusieurs chefs d’Etat africains de voir ces symboles de la Françafrique disparaître. Le président sénégalais Abdoulaye Wade a récemment déclaré que le Sénégal ne sera «pas le dernier pays à maintenir une base (militaire) française en Afrique. Il ne peut pas y avoir d’agressions extérieures, j’ai beau réfléchir, je ne vois pas qui peut agresser le Sénégal».

L’ingérence au nom du droit de défendre…

Cette fermeture des bases françaises en Afrique n’explique-t-elle pas l’acharnement de François Hollande à intervenir au Mali pour l’aider à se débarrasser des méchants «islamistes» ? Le drame n’a-t-il pas été scénarisé depuis le début, avec des armes qui se perdent en Libye, des partis fantoches qui se créent comme des champignons sous la pluie ? Beaucoup de peuples arabes n’ont pas pris conscience de la supercherie de cet hiver appelé «Printemps arabe» qui a amené des wahhabites au pouvoir et dans leur suite, et des crises à la chaîne, dont celle du Mali pourrait ouvrir la boîte de Pandore d’un terrorisme pour des décennies. L’objectif avoué d’une intervention au Mali est la lutte antiterroriste, mais cet alibi a souvent eu bon dos pour l’occupation de régions convoitées, si ce n’est un argument créé de toutes pièces, les cas afghan et irakien étant des classiques des nouvelles ruses de l’impérialisme camouflé en ingérence humanitaire. En effet, le vœu du sioniste français Bernard Kouchner finira par se concrétiser, et l’ONU par adopter une résolution en 2009 autorisant la responsabilité de protéger, la R2P (Responsibility To Protect) qui permet à la «communauté internationale» de s’ingérer pour pallier les «défaillances» d’Etats incapables de prendre en charge leur propre population. C’est pour sauver des populations civiles de prétendus massacres que l’ONU a adopté la résolution 1973 qui a permis à l’OTAN d’intervenir en Libye. Au nom de cette ingérence humanitaire, la France est pressée d’intervenir pour s’incruster dans un Mali convoité dont le président déchu, Amadou Toumani Touré, lui aurait refusé l’installation d’une base militaire. En forçant la main aux nouvelles autorités, putsch-invasion-libération aidant, Paris finirait par avoir sa base. Les Etats-Unis, eux aussi, cherchent un pays où installer la base de l’Africom, et ils l’a trouveront probablement dans le pays qui s’avérera le plus faible ou le plus choyé par de futurs libérateurs : le Niger où, selon le New York Times, ils viennent de décider de la création d’une base pour le lancement de drones, ce qui augure de beaux jours pour Al-Qaïda, Ansar Dine, Mujao et autres mercenaires pseudo-djihadistes dans la région. Le fait que les Américains participent à l’intervention française n’annule pas tout ce qui vient d’être dit plus haut sur la différence de point de vue entre la Maison- Blanche et l’Elysée, car il n’y a pas de différend entre puissances amies mais néanmoins rivales. Tout n’a été que mensonges et camouflage pour préparer les conditions d’une intervention au mépris des milliers de réfugiés, des morts et des mains coupées ? L’impérialisme français ou américain n’a jamais fait cas de la vie humaine, et ce qui se passe en Syrie, en Irak et au Pakistan montre l’insensibilité implacable des atlantistes. Le raid israélien contre la Syrie pendant que les pays de l’OTAN y envoient leurs mercenaires atteste que notre analyse est juste. Maintenant, on comprend aussi pourquoi ni la France ni les autres pays, qui ont accouru avec leurs avions au Mali, ont préféré cette option à mettre la main à la poche pour offrir la modique somme de 375 millions de dollars nécessaire aux forces de la Misma. On comprend aussi pourquoi l’ONU n’a pas demandé une aide internationale pour les réunir ni pour l’envoi des troupes africaines : l’intervention française était déjà dans les plans entre Obama, Hollande et Cameron. Les Russes, préoccupés à sauver la Syrie, ne se sont pas ingérés dans la question : ils ont été éjectés de l’Afrique, y compris par cette ancien ami algérien qui a participé aux exercices de l’OTAN en même temps qu’Israël en 2010… Plusieurs auteurs partagent la thèse du complot impérialiste au Mali, la France, l’ancien maître colonial est naturellement choisi «parmi les puissances occidentales pour diriger une aventure néo-impérialiste dans cette région stratégiquement importante», écrit Finian Cunningham, un journaliste irlandais.(1) Les sommes dépensées par l’armée française dans le cadre de l’opération Serval (pour rendre servile ?) ont dépassé 30 millions d’euros en une semaine sur un budget de 630 millions d’euros destiné aux Opex (opérations extérieures) par le ministère de la Défense français, ce qui signifie d’ailleurs que ce budget ne pourrait pas tenir plus de deux mois. Cela signifie-t-il, par conséquent, que la France va se désengager du conflit malien au-delà de mars-avril, ou bien, va-t-elle s’engager pour une durée imprévisible malgré sa récession économique ? On ignore si les pays du Golfe vont payer la facture comme en Libye et en Syrie, car il n’a rien filtré de la visite de Hollande aux EAU. Le 13 janvier, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a dit que la France n’a «pas vocation à rester éternellement dans ce pays», ce qui contredit ses propres déclarations quinze jours plus tard et celles d’autres officiels français.

Les associations «caritatives» qataries

Quelle va être la durée du conflit ? Militairement, il aurait été très facile pour l’armée malienne à elle seule de se débarrasser de ces bandes criminelles, à condition que le fonds de commerce de l’Azawad ne soit pas utilisé. Les Maliens ont subi un traumatisme qui les place dans le camp de l’opposition totale aux islamistes qu’ils aideront à éradiquer et à combattre. Sages, les Touareg ont compris que leur credo a été sali par le MNLA. Ils ont conscience qu’un démembrement du Mali sera dramatique pour eux et pour la région, comme ils le voient dans un Soudan divisé mais instable. La deuxième condition est le départ rapide des forces occidentales, et la non-implantation de bases américaines ou françaises. Or, malheureusement, comme nous l’avons écrit plus haut, une base américaine va bientôt être créée au Niger. Les Français auront-ils la leur au Mali ? Dès lors que le ver sera dans le fruit à cause de ces bases, il sera impossible de prévoir une fin heureuse pour le conflit dans la région. Et tant que les associations «caritatives» qataries qui financent le terrorisme et le soutiennent, y compris sur le plan médical et chirurgical, l’issue n’est pas optimiste, de surcroît si la Maison-Blanche fait toujours semblant d’oublier les accusations graves portées par l’amiral Giampaolo Di Paola, président du Comité militaire qui regroupe les chefs d’état-major des pays de l’OTAN, qui disait que «plus de 10 000 missiles sol-air» ont été perdus par l’OTAN en Libye et celles portées par Mahmoud Jibril, le chef du parti au pouvoir dans ce pays, disant que le Qatar refuse de récupérer les armes «oubliées» chez les groupes islamistes libyens, entendez par-là, celles du GICL (lire 2e partie). Le pays, qui accepte de servir de tremplin pour les forces atlantiques, permet la propagation du terrorisme. En Irak, dix années durant, Al-Qaïda – dont le but supposé était de nuire aux forces coalisées – a tué des centaines de milliers d’Irakiens à travers des attentats à la bombe dont la plupart n’étaient même pas placés à proximité des unités coalisées. Ce sont les forces révolutionnaires chiites et sunnites et quelques supporters de Saddam qui ont ciblé les 5 000 Américains et les quelques dizaines de Français ou d’Allemands, tués en Irak, et non pas les djihadistes financés, formés et soutenus par l’Arabie Saoudite et d’autres pays du Golfe pour créer le chaos dans ce pays et lui faire le plus de mal possible. Depuis le fameux «Printemps arabe», plusieurs pays servent de bases arrière aux groupes terroristes ou leurs assurent une formation : la Jordanie, la Turquie et le Liban abritent des milliers de terroristes qui sont en train de détruire la Syrie. 100 000 terroristes sont entrés en Syrie, dont 90% par le territoire turc. La Tunisie, la Libye et l’Egypte ont des agences et des agences de voyages servant au recrutement de terroristes destinés à la Syrie. Selon les déclarations d’un jeune Tunisien revenu de Syrie, après son recrutement dans une agence de voyages ayant pignon sur rue à Tunis, il aurait suivi une formation d’une semaine avant d’être transféré en Libye, puis vers la Turquie. Les terroristes d’aujourd’hui sont des mercenaires sans conviction, intéressés par l’argent qatari ou saoudien, les principaux payeurs des nouvelles guerres impérialistes par l’entremise du terrorisme. Le terrorisme «islamiste» est transnational, mais il ne frappe que les pays musulmans et africains. Il est international mais les victimes sont musulmanes. Voilà pourquoi il y a dans les paroles de Hollande et de Cameron une indécence et un cynisme qui font honte. Le terrorisme est une création occidentale et il n’a jamais menacé ni touché les intérêts occidentaux : de nombreux ouvrages, les nombreuses preuves, les innombrables zones d’ombre attestent que tous les attentats où il y a eu des victimes occidentales ont un lien (de complicité avérée ou de négligence volontaire) avec la CIA ou les autres services de renseignements occidentaux. Les affaires libyennes, syriennes et maliennes attestent que l’Occident ne cache même pas son alliance avec le terrorisme.

A. E. T.

26 février 2013

Profondeurs stratégiques algériennes et sécurité des frontières 

(15e partie)

Pierre Khalaf (chercheur au Centre d’études stratégiques arabes et internationales de Beyrouth) écrit : «Dans le front complexe et varié mis en place par les Etats-Unis, Al-Qaïda et ses ramifications semblent s’être transformées en outil de division et de terrorisme soutenu par l’Occident. Son but est de détruire le tissu social des peuples arabes en répandant la violence et la terreur, couplées d’une culture de discorde confessionnelle, en transformant une contradiction virtuelle et illusoire en contradiction principale.»

Aujourd’hui, «l’islamisme» bénéficie de la mansuétude occidentale et la «question touareg», du capital sympathie lié à l’exotisme des hommes bleus. Voire, le terrorisme est devenu ouvertement un outil de politique étrangère pour de nombreux pays, comme l’a clairement montré la crise libyenne et comme le montrent surtout les crises syrienne et malienne : la Turquie, les Emirats, le Qatar, l’Arabie Saoudite, la Jordanie, l’Angleterres, les Etats-Unis, la France et l’Allemagne disent officiellement fournir des armes aux groupes armés d’une «armée syrienne libre» que tout le monde sait composée essentiellement de mercenaires étrangers dont certains affiliés à Al-Qaïda et An-Nousra. La préméditation existe dans la crise malienne, sa transformation en Sahelistan l’est moins bien que de nombreuses déclarations d’officiels incitent à le penser, tout comme la création future d’une base de lancement de drones au Niger. Espérons que ce qui s’y passe n’est qu’un scénario américano-franco-qatari pour contraindre Bamako à leur donner des concessions dans les nouveaux gisements de pétrole et que les bases pour leurs soldats ne servent pas à la propagation du terrorisme, mais qui dit action dit réaction. Espérons que ce scénario ne soit pas apocalyptique et qu’il ne s’agit que d’une course aux puits de pétrole maliens par terroristes interposés et que les contrats permettraient de les assagir. Et que les doubles menaces (division ethnique et islamiste par MNLA et djihadistes interposés) exercées sur les pays de la région ne soient que passagers. En tout cas, c’est ce que laisserait penser l’absence de réaction des terroristes d’Aqmi, du Mujao et d’Ansar Dine face à l’avancée des troupes françaises engagées au Mali, ce qui soulève toujours des interrogations. La «menace contre la civilisation occidentale», le risque de terrorisme en Occident à cause de la proximité malienne sont un mensonge honteux brandi pour fustiger des mercenaires créés de toutes pièces avec l’ami qatari, et qui sont en fait une «légion étrangère» au service des intérêts stratégiques et économiques de l’Occident. Il est indéniable maintenant que l’intervention armée était inscrite dans un agenda, pour utiliser le terme de M. Medelci. Il est à espérer que les velléités occidentales de sécurisation de leur profondeur stratégique ainsi que de protection et d’extension de leurs intérêts dans la région ne visent pas à créer une régression féconde ou un «chaos constructeur», comme en Irak, en Afghanistan, en Somalie et au Nigeria. Le «chaos constructeur» est un concept de politique étrangère américaine qui préconise la création du désordre dans une région riche et instable pour y imposer un ordre nouveau. «Pour les théoriciens du chaos constructeur, c’est après la violence et le chaos que les Américains peuvent créer des États à souveraineté négative afin d’exploiter leur sol et sous-sol sans grande résistance,» écrit Mahatma Julien Tazi K. Tiena-be de l’université de Kinshasa dans son diplôme d’études supérieures en relations internationales 2009 intitulé «La politique étrangère des Etats-Unis d’Amérique vis-à-vis de la République démocratique du Congo : de 1990 à 2006». Il ajoute : «L’objectif américain dans le Moyen-Orient était donc simple : le contrôle des zones appelées “l’arc de crise”. Cette région est riche en hydrocarbures. Elle porte sur l’arc rejoignant le golfe de Guinée à la mer Caspienne, en passant par le golfe Persique. Pour y arriver, l’impératif américain est d’imposer une redéfinition des frontières, des Etats et des régimes politiques. Il s’agit bien d’un remodelage du Grand Moyen-Orient (…) L’idée est simple : substituer aux Etats hérités de l’effondrement de l’Empire ottoman des entités plus petites à caractère mono-ethniques, et neutraliser ces mini-Etats en les dressant en permanence les uns contre les autres. En d’autres termes, il s’agit de revenir sur les accords conclus secrètement, en 1916, par les empires français et britannique, dit Accords Sykes-Picot et de consacrer la domination désormais totale des Anglo-Saxons sur la région». Sur la question malienne, Pékin et Moscou ont observé un grand silence qui donne l’impression que cette partie de l’Afrique n’existe plus pour eux. Cela fait-il partie du deal entre Russes et Américains sur la Syrie ? Chacun son territoire ? Russes et Américains traversent encore une grave crise sur la question syrienne qui vise directement les intérêts russes. Les Russes ont déjà tout perdu en Afrique… Les «printemps arabes» sont venus jeter dans les bras de l’Amériques les régimes que l’ex-bloc soviétique a pourtant sauvés de maintes recolonisation ces trente dernières années et qui semblent ignorer qu’ils se sont jetés dans la gueule du loup. Le Mali était sur la bonne voie démocratique car le président ATT a donné l’exemple de bonne gouvernance, malgré les pressions du FMI qui ont mis son pays à plat, davantage appauvri et fragilisé économiquement, socialement avant qu’une invasion terroriste suivie d’un putsch téléguidé ne viennent créer une situation de non-droit autorisant l’intervention. Les Occidentaux sont venus souiller l’image de ce pays qui n’a jamais connu les extrémismes et qui était en train de donner l’exemple de l’alternance au pouvoir. Le coup d’Etat contre le président malien ATT est lié à l’intervention française et entre dans le même plan des putschs des «printemps arabes» contre des présidents élus (Kadhafi, Ben Ali, Moubarak, Al-Assad) et qui engendrent les mêmes chaos, et le même développement de la violence terroriste, les mêmes divisions tribales et ethniques ou religieuses ainsi que d’autres conditions du développement de la misère et de la violence. Le but, au Mali, en Syrie ou ailleurs n’est pas obligatoirement de créer un «califat» dit «islamiste» mais un Etat faible et fragile, instable et violent, que l’on jettera par la suite sous prétexte de terrorisme. Washington ne prend-elle pas ses distances avec la Libye ? Beaucoup de médias occidentaux malintentionnés ou mal informés mettent en exergue la «marginalisation» des Touareg maliens qui, pourtant, vivent dans les mêmes conditions que les autres communautés au Mali, en Algérie, au Niger, en Libye ou au Burkina Faso, avec des différences liées à la santé économique de chacun de ces pays. Ils pourraient le faire pour l’Algérie où leur situation économique et sociale est catastrophique. Si l’Etat ne fait rien pour eux dans un plan d’extrême urgence, les manipulateurs pourront trouver quelques cibles faciles pour en faire des mercenaires. D’ailleurs, toutes les populations du Sud algérien ont dénoncé la politique de l’emploi qui ne privilégie pas les autochtones, ouvrant ainsi le champ à tous les scénarios possibles. Ce qui est incroyable, c’est que des médias algériens continuent à parler de l’Azawad comme si cela existait, non conscients des dangers sur la communauté touareg tout entière que le MNLA veut débaucher non seulement à l’échelle locale mais à l’échelle régionale (lire 3e et 4e parties). La décision de fermer les frontières est-elle une solution face au péril terroriste et aux menaces qu’une intervention risque d’induire ? Quid des atteintes aux droits humains chez nos voisins ? Une attitude de conciliation et/ou de neutralité face au conflit malien serait inefficace sans une nouvelle stratégie de politique étrangère dans tout le Sahel, pour contrecarrer celle des pays occidentaux et des pays du Golfe qui tirent les ficelles. L’urgence n’est pas strictement militaire ou sécuritaire mais également politique, économique et culturelle, en commençant à renforcer la profondeur stratégique du pays (aide, solidarité, coopération et échange économique, partenariat…). Se bunkériser sans agir sur le mal et ses causes, là où elles se trouvent, équivaut à une attitude de l’autruche. Un minuscule Qatar active pour déstabiliser notre pays et les pays voisins à des milliers de kilomètres de ses frontières ; et l’Algérie se replie dans sa coquille, sans se défendre ! L’attitude défensive adoptée par Alger n’a pas éloigné les risques et a donné l’impression de faiblesse d’un Etat qui ne va pas au-devant des menaces qui le visent. En laissant se rapprocher ces menaces, on paie aujourd’hui le prix fort de devoir fermer les frontières, en espérant que n’advienne pire que l’attentat d’In Amenas. M. Medelci a dit que la crise malienne obéissait à un agenda : il signifiait donc qu’il s’agissait d’un acte de guerre. A un acte de guerre, l’Algérie a répondu par les salamalecs et la stratégie de l’autruche. Il faut oser traiter le terrorisme comme un acte de guerre dirigé par des pays, et non pas de groupes ! L’Algérie a traité le terrorisme des années 1990 comme un acte de guerre venant de l’étranger et pas seulement comme un fléau local, et c’est ce qui lui a permis de s’en débarrasser, contrairement à l’Irak et la Syrie qui traitent aujourd’hui le terrorisme in situ, au lieu de le frapper à la racine.

L’Algérie au cœur du problème malien

L’Algérie a une frontière instable de 1 400 km avec le Mali et de 1 000 km avec une Libye encore très instable avec comme trublions Aqmi, Ansar Eddine, Mujao et MNLA. Elle a de centaines de kilomètres fragiles avec le Sahara occidental et la Mauritanie. Ce qui est beaucoup à sécuriser même s’il n’y avait pas ce diable qatari qui attise le feu islamiste et séparatiste. L’Algérie a les mêmes ingrédients islamistes et ethniques que le Mali. Si certains manipulateurs ont exploité ces poches pour recruter des mercenaires pour attaquer le Mali, ils pourraient le faire pour viser l’Algérie, plus directement, selon un même scenario que celui concocté contre notre voisin. L’influence algérienne, dans les années 1960-1970, s’étendait dans toute l’Afrique, dans le monde arabe et musulman et sa voix était entendue dans le monde entier grâce à l’organisation des Non-Alignés. Après la mort de Boumediène, l’Algérie semble abandonner le champ africain et sa profondeur stratégique pour se tourner vers une hypothétique nation arabe aux Etats désolidarisés les uns des autres. Cette nation arabe est plus fragile que jamais aujourd’hui et les Maghrébins se retrouvent seuls face à leurs problèmes et à des complots déstabilisateurs venant parfois de cette même nation arabe. Désormais entourée de pays fortement instables, l’Algérie fait face à des risques majeurs avec un Mali brusquement devenu une poudrière sinon une bombe à retardement pour lui-même et ses voisins, dont notre pays qui, il faut la rappeler, a lutté tout seul contre le terrorisme islamiste soutenu par les pays occidentaux, Etats-Unis et France en tête, ainsi que par les pays du Golfe. Si les conditions objectives (crise économique et plus d’une décennie de terrorisme) ont fait perdre à l’Algérie son rôle de leader arabe et musulman, il n’y avait pas de raison de perdre le rôle de leader africain et, plus grave, de laisser le Qatar parader dans les parages. Mais la nature ayant horreur du vide, les nains nous prennent notre place dans notre voisinage immédiat et voilà des terroristes non seulement implantés au Sahel mais sur le point de faire exploser une plateforme gazière à In Amenas. Tout en négociant avec Ansar Eddine et le MNLA, l’Algérie n’a pas su leur tendre à eux et à leurs maîtres une main d’acier dans un gant de velours. Elle a tendu l’autre joue, donnant l’impression de faiblesse : l’Algérie est donc le mauvais camp, à ne pas suivre ni écouter. Rien à offrir que des leçons de nationalisme à des mercenaires sans foi ni loi, ni patrie. C’est cette faiblesse politique que les maîtres de l’agenda ont exploitée. Il ne suffit pas d’avoir une armée puissante si la politique détruit cet atout et les autres… Au Mali, ce n’est pas l’armée qui a failli, c’est l’argent qui a fait défaut à Bamako, à cause du FMI qui l’a sucé, pour préparer le terrain aux mercenaires. Le but caché de cette intervention comme dans toutes les autres interventions depuis 2011 est de faire barrage à la tentative d’émancipation économique, énergétique, technologique, politique et militaire des Arabes et des Africains. Avant l’attentat contre In Amenas, l’auteur français indépendant, David S. J. Borrelli, écrivait de manière lucide et surtout prémonitoire : «La scission, la partition et la déstabilisation du Mali ainsi que l’islamisation du conflit, ont été planifiées et organisées par des puissances étrangères (notamment française et les Qataris), tout comme l’éviction d’ATT et la division du peuple malien, tout cela dans le but de pouvoir faire entrer les forces de l’OTAN (sous mandat de l’ONU) sur le sol malien afin de cibler directement le Sud libyen et les forces loyalistes du guide de la Jamahiriya (Maâmmar Kadhafi) via le Niger voisin et de faire indirectement pression sur l’Algérie (qui sera sûrement ciblée à son tour très prochainement, probablement tout d’abord par ces mêmes islamistes qui balkanisent le Nord-Mali).»(1) Mais bien avant cela, en mars 2004, le général Charles Wald, commandant en chef adjoint des forces américaines en Europe (Eucom), disait que des membres d’Al-Qaïda tentaient de s’établir «dans la partie nord de l’Afrique, au Sahel et au Maghreb. Ils cherchent un sanctuaire comme en Afghanistan, lorsque les talibans étaient au pouvoir. Ils ont besoin d’un endroit stable pour s’équiper, s’organiser et recruter de nouveaux membres(2)».

A. E. T.

27 février 2013

1. http://www.mathaba.net/news/?x=632417
2. Le Monde diplomatique, février 2005.

Fermer les frontières quand le feu est dans la maison !

(16e partie et fin) 

L’Algérie a refusé de participer à l’intervention au Mali même dans le cadre d’une force africaine : elle donnait l’impression d’être sûre qu’il s’agissant d’un plan inscrit dans un agenda, comme l’a laissé entendre M. Medelci. Et probablement convaincue qu’une intervention avec des agents troubles dans les parages, comme le Qatar, serait un Sahelistan, soit un bourbier pour toutes les armées de la région, Algérie incluse. Un Sahelistan est fait pour durer, et il ne peut durer sans le soutien des pays qui instrumentalisent le terrorisme. Sans la Turquie, la Jordanie, l’Arabie Saoudite et le Qatar y aurait-il eu autant de destruction, de morts et d’actes terroristes en Syrie ?

Le MNLA, trublion des Français, et Ansar Dine, trublion qatari, ne sont en fait qu’un seul et même groupe d’opportunistes manipulés que l’Algérie aurait pu facilement récupérer si sa diplomatie avec les pays manipulateurs était aussi stricte que son sérieux dans sa mission de bons offices avec les deux groupes qu’elle a appelés au dialogue à Alger. Mais à cause de sa mollesse avec les Etats responsables de la situation, Alger perdra son temps avec le menu fretin en donnant l’impression d’un Etat faible. Par contre, en plus de l’impression qu’il donne de force et de vigueur, le Qatar distribue du fric… Le choix était facile à faire pour le MNLA et Ansar Dine qui n’avaient pas été créés sur la base de principes moraux ou politiques pour avoir des repentirs à suivre le plus offrant. Pour comprendre que le terrorisme n’est aucunement indépendant et qu’il dépend intrinsèquement de l’Occident – le Qatar n’étant que son outil –, il nous fallait revenir à ses premières alliances durant la première guerre d’Afghanistan qui l’a généré et en a fait un phénomène international. Car sans cette guerre, il n’y aurait pas de terrorisme international ; et si le monde était encore divisé en deux grands blocs, l’un communiste et l’autre capitaliste, il n’existerait pas non plus. On ne peut pas comprendre les causes véritables de l’attentat contre le site gazier de Tiguentourine le mercredi 16 janvier si on n’a pas été au fond des choses pour déduire qu’il est lié à la crise malienne et que l’Algérie fait partie de la crise malienne, qu’elle le veuille ou non. Mais dès le début, au lieu d’agir dans le cadre idoine du Comité d’état-major opérationnel conjoint entre les pays du champ (Algérie, Mauritanie, Niger et Mali), l’Algérie a fait dans l’attentisme, par mollesse, jusqu’à ce que le pourrissement de la situation rendît leur rôle caduc, offrant ainsi sur un plateau l’initiative aux manipulateurs de l’ombre et autres acteurs exogènes. Cela a permis d’engendrer une crise humanitaire qui a touché des centaines de milliers de Maliens et failli engendrer la destruction du complexe gazier d’In Aménas, voire la mort de centaines ou de dizaines de milliers de personnes. Mohamed Chafik Mesbah, officier supérieur de l’ANP en retraite, politologue et analyste en relations internationales et questions stratégiques, disait dans une interview publiée avant l’attaque d’In Aménas que l’Algérie «est en train de prendre pied dans un système de sécurité régionale où elle risque malheureusement de s’enferrer avec, subséquemment, une incapacité à exercer sa souveraineté nationale. Ce qui se déroule au Nord-Mali résulte, directement, de cette volonté d’intégrer l’Algérie, de force au besoin, dans un mécanisme dont elle ne pourra plus se libérer». Pour ce spécialiste, il est donc clair que le Mali est en passe de devenir un nouvel Afghanistan. L’offre de survol de l’espace aérien algérien est-il une preuve de l’engagement algérien dans ce «système de sécurité régionale» ? Il est clair que par l’euphémisme de «système de sécurité régionale», Mohamed Mesbah entend une afghanistanisation du Sahel. L’Algérie est-elle allée au-delà de cette offre ? L’ANP est-elle d’accord ? L’hebdomadaire Jeune Afrique, en joignant des cartes, dément que l’aviation française ait survolé le ciel algérien. L’armée s’est-elle opposée à ce survol en dernière minute ? Quand a eu l’accord de survol du territoire algérien ? Lorsque Hollande était à Alger ou lorsque Hamad a visité notre pays ? Pareil accord se prend-il par simple coup de fil ? Mohamed Mesbah croit savoir que «le président Abdelaziz Bouteflika ne semble pas avoir pu susciter l’adhésion de l’institution militaire à une démarche qui ne semble pas, encore, consensuelle».

Un Zia Ul-Haq pour compléter la trahison

Ce point de vue semble rejoindre celui des observateurs qui disent que le Mali serait une sorte d’Afghanistan, et l’Algérie son Pakistan comme base arrière. La lutte contre les Russes en Afghanistan a induit la transformation de ce pays en terre du terrorisme et de désolation, et le Pakistan, idem. Mais sans la complicité des autorités pakistanaises, rien ne se serait passé. Autrefois, l’ISI (Inter-Services Intelligence) pakistanais, et les Renseignements généraux d’Arabie Saoudite travaillaient pour la CIA pour soutenir les mercenaires afghans et afghans-arabes afin de déstabiliser le régime socialiste de Kaboul, alors aidé par les Russes et qui permettait aux femmes de travailler, d’étudier… Zia Ul-Haq, un président traître inconscient, a mené son pays, le Pakistan, et un pays voisin à une catastrophe dont le monde entier paie aujourd’hui le prix, ce terrorisme dit «islamiste» qui a été inventé pour détruire les Etats musulmans et discréditer l’Islam. Pour afghaniser le Sahel, il faut un Zia Ul-Haq. Si les Américains ne trouvent pas ce Zia Ul-Haq au Mali ou au Niger, ils le trouveront ailleurs, peut-être… L’argent saoudien et qatari fera le reste, comme d’habitude. Mohamed Mesbah écrit : «Il existe une corrélation directe entre la position algérienne vis-à-vis de la crise au Nord-Mali et l’état de déliquescence du système de gouvernance en Algérie.» Pendant que la diplomatie et la défense algériennes essayaient d’isoler les groupes Ansar Dine et du MNLA des autres groupes terroristes, El Mouradia recevait émirs et ministres qataris. Quelle efficacité lorsque la diplomatie et la défense travaillent dans un sens et la présidence donne un autre son de cloche, du moins un autre ton ? Sous le fallacieux prétexte d’offrir de mirobolants protocoles d’accords, les Qataris allaient et venaient à El Mouradia pour cacher leur jeu à nos frontières. D’ailleurs, l’Algérie avait-elle besoin d’argent qatari ou bien de projets à caractère vraiment national qui rendent leur dignité au peuple ? Les Etats-Unis en arrière-plan veillaient au grain, en avançant un pion tantôt l’autre dans une nouvelle guerre de la ruse. La guerre cognitive est une guerre de stratégie et de mensonges. Aujourd’hui, les guerres d’Occident nécessitent moins d’armées et de généraux que d’idiots, de traîtres et de lâches dans l’autre camp. Ils les trouvent à la pelle, a dit Obama, en parlant de «partenariat aussi puissant que l’alliance anticommuniste», signifiant une immense chaîne de traîtres parmi les musulmans. L’autorisation du survol du ciel national, qui est non seulement une atteinte à la souveraineté nationale mais en contradiction avec le refus d’ingérence du pays à l’étranger, est un dérapage qui n’a pas tardé à se transformer en drame le lendemain même [évidemment il se préparait depuis deux mois] et qui a failli faire exploser une base n’était l’intervention de l’armée qui, encore une fois, vient de sauver la baraque Algérie. Mais jusqu’à quand le pourra-t-elle ? Il est impossible qu’une armée tienne seule lorsque la politique fait le contraire sur le terrain. L’Algérie est un hard power régional ; défiée à ses frontières, elle se devait de le prouver sur le terrain en défendant son espace vital. L’Algérie n’a pas les moyens de devenir un soft power ni sur le court terme ni sur le moyen-terme : sa seule force aujourd’hui réside dans ses hydrocarbures – cette Sonatrach qui se contente d’être un pis nourricier – et dans son armée, l’ANP. Or, ce sont ces deux forces que l’ennemi veut frapper. A Alger, le système continue à monopoliser El Mouradia et les autres institutions et à marginaliser les forces vives, en fragilisant davantage le pays. La chance du pays est que notre jeunesse ne s’engage plus dans le terrorisme, comme l’a montré l’attentat d’In Amenas où seulement trois de nos ressortissants étaient impliqués ; attentat qui prouve le caractère mercenaire des groupes terroristes et leur filiation avec les forces de l’ombre au premier rang desquels le Qatar, le recruteur en chef de la nouvelle secte des assassins. Le sursaut algérien viendra de l’armée ou ne viendra jamais. La crise malienne et l’attentat d’In Amenas vont indiquer le positionnement de l’armée, et dire si elle est capable de donner à l’Algérie une assise plus rassurante non seulement par rapport à ce qui se profile au Sahel mais par rapport à l’avenir du pays, un avenir gravement hypothéqué comme l’a révélé l’affaire malienne doublée d’un attentat au cœur même du champ de gaz national. En plus de la grave déclaration d’Ould Kablia… «Parallèlement aux critères de puissance traditionnels (autonomie stratégique, économie, puissance militaire), ceux fondés sur la capacité à rassembler (crédibilité et légitimité internationales) et le soft power (culture, technologie) devraient compter de plus en plus», écrit le rapport 2012 de la défense français pour la perspective 2060. L’attaque d’In Amenas vient mettre à nu les contradictions politiques, diplomatiques et militaires du pouvoir algérien, tout comme la fragilité de nos «richesses». Révèlera-t-elle la faiblesse ou la force de la défense algérienne, à tout le moins sa position vis-à-vis de ce qui se passe dans le monde et dans la région ? Bientôt, le ministère des Finances devra payer la facture de la crise malienne qu’on n’a pas su anticiper sur le plan politique en marginalisant le côté défense et profondeur stratégique du pays, et en ne donnant 50 millions d’euros aux Maliens que lorsque le mal était fait. Seule une position forte sur ce qui se passe dans le monde pourrait sauver le pays, pas la mollesse. Si l’Algérie peut faire face aux dépenses exigées par la crise malienne pour défendre son territoire, les autres pays ne le pourront pas (Mali, Niger, Mauritanie, Burkina Faso, Tchad…). Or, les frontières sont perméables. Lorsque le bâtiment est en feu, on ne se contente pas de protéger son appartement. Fermer les frontières avec le Mali jusqu’à quand ? Le feu rentre par les interstices… Les centres de recrutement de Tunisie et de Libye sont encore actifs, et ils n’envoient pas des mercenaires uniquement vers la Syrie.

A. E. T.