Fruits Rouges

À quoi jouent la classe politique et les médias français ?

À quoi jouent la classe politique

et les médias français?

 par  Ahouansou Séyivé

Allhalloween ?

Il n’est pas de jour sans qu’un responsable politique français ne fasse état, par média interposé, de son attachement, de son respect ou de son rejet de telle religion ou de tel culte.

Il n’est pas de jour où, tel éditorialiste, en phase avec l’atmosphère délétère et nauséabonde caractérisant le débat public depuis une dizaine d’année, n’explique son attachement aux valeurs du christianisme, son respect des valeurs du judaïsme et son rejet de l’islam.

Entre diarrhée verbale sur la thématique du pain au chocolat et Une racoleuse à propos d’un islam sans gêne, l’agnostique ou l’athée se sent agressé.

Ce citoyen n’attendant rien d’autre des religions-opium-du-peuple que des jours de congés allégeant sa charge de travail (voire une opportunité de faire bombance en famille), se retrouve dans la position peu confortable de l’internaute qui, ne supportant plus les publicités (rappels à la prière du dieu consommation), se voit constamment assailli par des réclames sous forme de pop-up à chaque page consultée.

Ajoutons à cela que pour l’ouvrier-chômeur, le quinquagénaire déclassé réduit à l’éternelle damnation de la recherche d’emploi, ou le jeune intérimaire quêtant le mythique Graal-CDI, qu’importe ce débat interminable sur les religions et leur omniprésence dilatoire ?

Les chiffres mensuels de la hausse du chômage et de la précarisation de la classe moyenne, devenus consubstantiels d’une économie de marché-rente, ne sont aujourd’hui qu’une épée de Damoclès surplombant ceux, ayant l’insigne chance d’être dans les fers d’une activité productiviste, elle-même garantie pour les détenteurs du capital de continuer à confisquer la richesse créée par un précariat (salariat précaire) généralisé.

Ils ne sont plus, de fait, les indicateurs ou garde-fous d’un ordre économique devenu générateur de misère. Au lent et inéluctable bazardage des services publics au nom de la sacro-sainte lutte contre les déficits et des coupes sombres dans la part du budget de l’état dévolue à la redistribution, on oppose une guerre de religions créée de toute pièce.
Une guerre de moins en moins larvée, de plus en plus insupportable…

Il est évident que les responsables politiques de gauche de gouvernement, ayant épuisés leur dérisoire stock de courage, puisant dans celui inépuisable de leur lâcheté, n’ont pas de réponse paradigmatique à apporter aux 3 millions (officiels) de sans-emplois.

Il est plus simple de cantonner le débat public à la dichotomie imbécile et inintéressante de la place de l’islam en France.

Sa place, comme celle du christianisme et du judaïsme est dans le cœur de ses fidèles et dans les lieux dévolus à son culte, et non pas, quotidiennement, à la Une des journaux télévisés ou à celles des journaux papiers de France et de Navarre.

Faut-il encore le répéter ? Cette thématique passe par-dessus la tête de la majorité des français qui ne réagissent à son propos parce qu’ils sont réduits en permanence à se prononcer sur la place du casher et du hallal.

Notons qu’il faut d’abord être en mesure de consommer pour se poser la question de ce qu’on va mettre dans son assiette.

Soufflant sur les braises des plus vils instincts, les élites politiques et médiatiques, dépassées par la décomposition de plus en plus rapide et évidente de l’économie de marché aux esclaves et du système capitaliste, n’ont trouvé de meilleure échappatoire que l’islam et sa place dans la société française, pour détourner l’attention d’un mouton-citoyen.

Un ovin venant de s’auto-tondre de manière magistrale en élisant un président de droite (que ce dernier incarne la gauche de la droite ou la droite de la gauche est anecdotique), représentant d’une élite fondamentalement et idéologiquement anti-peuple, nommé pour réaliser le contraire de ce qu’il avait promis.

La capitulation en rase campagne allemande que constitue l’adoption du Pacte budgétaire européen (TSCG), en est la preuve évidente.

Négocié par Nicolas Sarkozy, le nouvel ami des juges, il a été consacré par François Hollande, le simili-homme de gauche.

 Ce dernier, à défaut de conviction a eu le nez creux.

Télégraphiste aux ordres de la Kommandantur de l’Union Européenne, il a bien saisi que pour jouir le plus possible de son mandat, il devait maintenir le troupeau qui l’avait élu, au nom du changement d’équipe (et non pas de politique, là réside la finesse sémantique), dans le brouillard et le déni de la réalité.

Le califat à Paris n’étant, tout bien considéré, qu’un fantasme de sympathisant de l’UMPFN (Union Pour la Majorité Front National), ou de l’inculte salafiste de banlieue, adepte de la djellaba-survêtement-dans-les-chaussettes, ancien fidèle-intégriste de la société de consommation, déçu car n’ayant pas pu atteindre l’opulence de ses riches idoles muslim-bling-bling, les Anelka, Ribery et consorts.Nommant un sioniste assumé (pour ne pas dire couché), affectionnant les costumes du couturier Tati Mariage (M. Valls Emmanuel), François Hollande n’ignorait pas que les feux de l’actualité seraient efficacement détournés vers une menace qui n’en est pas une : l’islam.

Il n’aura échappé à personne que le pouvoir socialiste a été efficacement secondé dans sa quête de l’affirmation et défense des valeurs chrétiennes et juives éternelles de la Fransseuh, par une presse nationale ayant délibérément décidé de remettre au gout du jour les extravagances éditoriales des années trente.

Extravagances cette fois dirigées vers les fidèles de l’étoile et du croissant, et non pas du pain au chocolat n’en déplaise à Jean-François Copé, épigone burlesque de Pascal le grand frère.

La mode du muslim-bashing, lancée par Charlie-Hebdo, et désormais reprise par la quasi-totalité des médias meanstream, est également devenue l’axiome de la pensée politique d’une UMP prenant de vitesse un Front National médusé, en panne de slogans plus racistes et percutants que ceux des partis de gouvernement.

Après la lepénisation des esprits nous avons droit à la sanctification de la pensée raciste.
Il est paradoxal aujourd’hui d’être taxé de stalinien ou droit-de-l’homiste lorsqu’il vous vient à l’esprit de dénoncer les écarts de langage xénophobes.

Les relever équivaut à s’attaquer au dogme du « parler vrai », du « bon sens populaire ».

Ce bon vieux bon sens qui caractérise le peuple.
Un peuple si sage qu’il s’entête à réinstaller au pouvoir ceux qu’il vient de chasser…

D’ailleurs il ne s’agit pas tant de laisser latitude aux moutons-citoyens ou consommélecteursde proférer toutes les insanités que leur inspire l’autre, que d’égarer ces derniers sur le chemin de la haine institutionnalisée et banalisée.

Chemin sur lequel les élites les aiguillent, de peur que revenus à des considérations plus terre-à-terre et empiriques, les moutons-citoyens ou consommélecteurs n’empruntent celui menant à leurs demeures bourgeoises, pour y faire la peau à qui le mérite et récupérer ce qui leur revient de droit : la richesse que leur labeur a engendrée.

Pourtant, l’inflexion artificielle donnée au débat public risque de revenir au visage de la Nation tel un boomerang, ainsi que le trentenaire lessivé par un marché de l’emploi aussi éthéré que la parole divine, retourne chez papa et maman.

Le pyromane amateur vous le dira : nul ne joue impunément avec des allumettes et de l’essence dans une maison en bois.

En temps de crise, crier au loup, désigner à la vindicte une catégorie de la population est lancer une fatwa différée.

C’est entretenir un terreau propice à de graves troubles civils.

Emblème du fondamentalisme libéral

Devra-t-on en passer par-là pour prendre conscience que le danger et le véritable ennemi du peuple français est bien cette secte au drapeau bleu, arborant non pas un croissant mais 12 étoiles ? Il serait bon qu’il ne faille pas devoir le démontrer par le biais d’une expérience en milieu vivant et urbain.

Les pyromanes seront pour la plupart épargnés par les flammes. Les lampistes, à leur stupide habitude, paieront les pots brûlés, le système économique et l’oligarchie en sortiront renforcés ainsi qu’à l’issue de tout trouble civil.

Le jeu dangereux de la classe politique et des médias est à prendre très au sérieux.

Endurant déjà les contingences du système économique, il ne nous semble pas souhaitable de subir les effets bien réels de la violence symbolique nimbant la vie politique et intellectuelle d’une France pré-Saint-Barthélémiesque

Nous ferons remarquer, pour finir, à notre Ministre de l’Intérieur et du costume très bon marché que si la France à une part juive incontestable, elle a, plus incontestablement encore, une part majoritaire de crève-la-faim et de citoyens s’en foutant de jésus, yahvé ou allah.

Il est temps de sortir de ce communautarisme confessionnel de connivence, abject et délétère.

 source : Alternatives et Cohérence