Fruits Rouges

Jean-François Copé ou le Manifeste pour la médiocrité assumée en politique…

Jean-François Copé ou le Manifeste

pour la médiocrité assumée en politique…

par Ahouansou Séyivé

Dans la piscine de l’ami Zyad…

Une tradition bien établie veut que le mois de septembre soit le mois dédié à la création littéraire.

Avec un synchronisme mystérieux, les muses se penchent avec bienveillance sur tout ce que la France compte de travailleurs de la plume pour que ces derniers, réglés comme le coucou d’une horloge suisse, nous livrent le produit de leur inspiration en ce neuvième mois de l’année. Malheureusement, les règles du marché et celles plus subtiles de l’accouchement spirituel qu’est la production littéraire, se rejoignent avec plus ou moins de bonheur.

Ainsi, selon la maestria de celui qui, telle une poule élevée en batterie, est sommé de pondre des mots à mois fixe, nous sommes gratifiés d’artefacts livresques plus ou moins propres à la consommation. Suivant cette loi de l’incertitude mercantilo-artistique, nombre des œuvres mises à disposition du lecteur ne justifient pas le sacrifice d’arbres utilisés pour leur fabrication.

Au registre des copies bâclées et sans intérêt, figure en bonne place la production d’un des fonctionnaires-notables de la politique française, un homme ayant pour unique ambition la prise de l’Élysée. Grand amateur de brasse coulée dans la piscine du margoulin Zyad Takkiédine, non moins amateur de vacances payées par le même aigrefin, François Copé, car c’est de lui dont il s’agit, offre à la littérature politique un Manifeste Pour Une Droite Décomplexée, remarquable par son indigence, dangereux par sa philosophie.

A sa décharge, il faut reconnaître qu’entre ses activités grassement payées d’avocat-conseil (à quel moment peut-il se plonger dans les délices de la lecture de la Semaine Juridique), d’édile de Meaux, de député de la 6ème circonscription de Meaux, de Secrétaire général de l’UMP et ses nombreuses interventions médiatiques, il lui est resté très peu de temps pour rédiger un chef-d’œuvre.

Ecrire n’est assurément pas chose facile, produire de la pensée (autre que gazeuse) est un sacerdoce, la synthèse des deux une ascèse dont Jean-François Copé est visiblement incapable, trop occupé qu’il est à tout faire en même temps…

Dans les rayonnages destinés aux essais politiques trône donc cette somme parsemée de réflexions dignes de discussions de routiers avinés. François Mitterrand, lui aussi chassant la Présidence de la République, avait rendu une brillante copie, marqueur indélébile de la littérature politique d’après-guerre : Le Coup d’Etat Permanent.

Le Manifeste Pour Une Droite Décomplexée de François Copé est lui, manifeste de l’abaissement définitif de la vie politique française.

La médiocrité et le populisme sont devenus des garanties absolues de réussite (Manuel Valls le très sioniste chasseur de Roms en est l’incarnation parfaite à gauche) et Copé le sait depuis le début de sa carrière d’homme politique.

En famille avec Zyad et Brice…

Reviennent les souvenirs d’une de ses premières apparitions télévisées au début des années 90, dans une émission ayant grandement participé à l’abrutissement du consommélecteur français :

Ciel Mon Mardi. 

Lors de cette première télévisée, le jeune Copé, canines aiguisées et mine chafouine (signes distinctifs qu’il a depuis cultivé jusqu’à les magnifier), se présentait comme un homme politique voulant rompre avec les usages, notamment celui de la langue de bois. Les années ont passé, et Copé n’a rien changé ni apporté au débat politique, il est un politicard professionnel, membre du club Le Siècle, populiste et démagogue, insulte à l’intelligence du citoyen qui veut bien se donner la peine de réfléchir, son dernier ouvrage est là pour le démontrer.C’était le début de l’avilissement du débat public qui trouvera son acmé avec Le Grand Journal, sorte de journal du hard politico-mondain, où Michel Denisot, premier violon dans l’écœurant orchestre des lèches-bottes détenant une carte de journaliste, a osé réunir sur le même plateau une Ségolène Royal, alors candidate à la Présidence de la République et Katsumi, raclure de bidet, accessoirement actrice porno de son état…

Cet Eugène de Rastignac de la chose publique ne manifeste aucun respect pour ceux qu’il aspire à un jour diriger. Si son attirance pour le luxe clinquant et l’argent facile, symbolisée par les barbotages évoqués plus haut, devrait dans un monde normal, empêcher un tel individu d’exercer un mandat électif, ses lignes sur le racisme anti-blanc, stupides et beaufissimes sur le fond sont de l’essence attisant le bûcher, où le vivre-ensemble à la française se consume depuis une dizaine d’années.

Sorties de la plume d’un (ir)responsable politique de premier plan, elles entérinent deux choses :

-Copé suit la voie de la médiocrité pavée par le très peu regretté ancien président de la République Française, Nicolas Sarkozy.

– Copé ne barbote pas uniquement dans les piscines de marchands d’armes, il barbote également dans le caniveau où stagne le vomi de la pensée politique actuelle lorsqu’il reprend mot pour mot la rhétorique abjecte du Front National.

Il est alors difficile de l’imaginer dans le costume d’un Président honorable.
Outre son amour du luxe, inquiétant pour un homme postulant à cette fonction, il est un diviseur cynique.

Légitimer la guerre communautaire que les responsables du Front National alimentent consciencieusement et font mijoter dans une cocotte qu’ils souhaitent voir exploser, est d’une légèreté indigne d’un responsable politique d’envergure nationale.

Copé l’atlantiste (il est membre de la Commission Trilatérale), fait de la politique au niveau où il imagine un peuple qu’au fond il méprise : celui des égouts. Le risque est que le peuple, à force de rabâchage des clivages supposés de la société française, finisse par s’y faire et se plaise à évoluer dans ces mêmes égouts.

Affirmer que l’immense majorité blanche composant la société française est victime de racisme est stupide et dangereux.

Stupide car le racisme s’inscrit dans une articulation historico-politico-économico-sociale bien définie, aucun français blanc n’a de substrat logé dans son inconscient lui indiquant qu’à un moment de son histoire, son peuple a été asservi par les Noirs ou les Arabes, son peuple n’a pas été réduit en esclavage et la colonisation la plus récente de son pays n’a duré que le temps d’une occupation allemande, bien blanche, bien blonde, en clair, à son image.

Il ne connait pas non plus la discrimination insidieuse découlant de son patronyme ou de son teint, permise ou tolérée par les institutions de la République à l’école puis lors de la lutte pour l’accession à un logement, pour celle de l’accession à l’emploi, et celle, bien sûr pour l’accession aux responsabilités électives.

Stupide, car le « sale gaulois » qui froisse tant Copé est une insulte révélatrice non pas du racisme de celui qui la profère (qu’on nous montre un Gobineau, un Ferry noir par exemple), mais du véritable racisme de la société française qui, rampant, crée et nourrit une frustration ajoutée à un déclassement géographique et économique, finissant par s’exprimer au travers d’une violence verbale dirigée contre ceux symbolisant l’oppresseur d’un point de vue sociétal : l’homme blanc, du type Copé.

L’homme de pouvoir représentant cette élite qui continue, telle une oie obscène, à se gaver alors que le petit peuple des quartiers (im)populaires continue de végéter dans une misère de plus en plus pesante.

 Le « sale gaulois » est surtout à prendre métaphoriquement et à replacer dans un contexte de lutte des classes remises au gout du jour par la grâce de politiques économiques tueuses d’industries et d’emplois, de politiques fiscales injustes permettant la confiscation, par une élite jamais repue, des gains de productivité (gains réinvestis illico dans cette branche de la criminalité organisée internationale qu’est la haute finance), politiques se traduisant en bout de chaine en une paupérisation galopante et plus de 3 millions de chômeurs dont une partie non négligeable se situe dans les banlieues où les taux de chômage, parfois plus de quatre fois supérieurs à la moyenne nationale, tutoient allègrement les 40%…

L’affirmation est dangereuse car elle nourrit le sentiment victimaire et la haine de l’autre chez le français blanc (Parfois pas plus français que ça d’ailleurs. Pour exemple, les immigrés devenus français sur un malentendu comme Valls voire les français depuis quelques heures comme Sarkozy ou, tient donc, Copé… La blancheur reste le meilleur gage « d’intégration »). Ce sentiment attisé par une classe politique incapable d’apporter de vraies réponses à l’épidémie de misère aigüe décimant la classe moyenne, est conçu comme un dérivatif commode et populiste, permettant de noyer le poisson.

Il n’y a pas de racisme anti-blanc en France, il n’y a qu’une société malade de ses élites politiques pratiquant un racisme anti-pauvre, blanc ou coloré, celui-là très effectif et indiscutable, attrape-nigaud des nigauds sympathisants du Front National.

Exact opposé d’un creuset d’idées et de réflexions politiques, le Manifeste pour une droite décomplexée de Copé est un torchon de plus rédigé à la va vite, vraisemblablement par une plume anonyme. C’est une nouvelle preuve du cynisme et de l’impuissance de cette classe politique vomitive, à bout de souffle, réactionnaire, ne se préoccupant que de la répartition des prébendes et ne s’adressant au peuple que lorsque celui-ci doit lui signer, par comédie du vote démocratique interposée, le chèque en blanc lui permettant de vivre la grande vie, tout frais grassement payés par le contribuable.

Copé, en reprenant la rhétorique du Front National, parti des français racistes par conviction, se désigne comme l’héritier putatif de Nicolas Sarkozy, le plus méprisable président de la Vème République et envoie un signal fort, sans équivoque : pour assouvir son ambition, il est prêt, comme son mentor, à sacrifier les intérêts de la Nation sur l’autel de ses rêves présidentiels.

 Objectivement, les tensions communautaires en France ne sont pas prêtes de s’apaiser. Entre un appauvrissement durable et généralisé, avenir radieux vers lequel la mondialisation et l’Union Européenne projettent les classes moyennes françaises et une classe politique instrumentalisant les peurs nées des choix économiques et fiscaux inhumains qu’elle impose au gré d’une alternance factice entre gouvernements de gauche et de droite, le peuple finira par se reconnaitre dans l’image fantasmée que lui renvoie ses élites.

Le morcellement de la Nation française est aujourd‘hui inéluctable, le communautarisme social se doublant d’un communautarisme racial et religieux, mais où mènera-t-il les citoyens français ?

Après l’hommage littéraire rendu au taré fascisant norvégien, Anders Breivik, assassin de sang froid de 77 personnes, par le minable et répugnant Richard Millet, voici le chafouin Copé rendant sa copie, ode à la bêtise, véritable incitation au radicalisme communautaire.

On sait à présent que cet homme aveuglé par l’Hubris du pouvoir est éminemment dangereux pour la cohésion nationale, comme en son temps le fut Sarkozy.

On sait également avec certitude qu’il est tout aussi médiocre et qu’il l’assume.

Une indication sûre de l’absence totale de qualité du débat politique pour les années à venir…

 Ahouansou Séyivé

28 septembre 2012

source : Alternatives et  Cohérence