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Mali : le « Festival des brigands » par Pr Issa N’DIAYE

Mali : le « Festival des brigands »

par Pr Issa N’DIAYE

« Quand les propriétaires deviennent les spectateurs, c’est le festival des brigands » Modibo Keita Premier Président du Mali indépendant

Le Président Modibo Keita avait le génie des formulations imagées, concentrées et frappantes pour caractériser la situation politique du moment. Le contexte actuel de fébrilité de certains acteurs politiques maliens à la veille de la constitution du gouvernement dit d’union nationale semble convenir totalement à sa formule.

L’appel à candidature à un poste ministériel lancé par voie de communiqué par la présidence par intérim a créé une atmosphère surréaliste qui laisse perplexe tout observateur lucide et averti de la scène politique malienne. Face à la dangerosité de la situation, on a le sentiment qu’il s’agit pour bon nombre d’acteurs politiques d’un jeu auquel le peuple malien est convié uniquement à titre de spectateur. Cela nous renvoie à cette image du pouvoir que décrivait le philosophe allemand Nietzsche, celle d’un trône posé au sommet d’un arbre que des politiciens décrits comme des singes grimpeurs, essayent d’atteindre coûte que coûte dans toutes sortes de contorsions, de bousculades où certains lâchent prise et finissent par tomber dans la puanteur de la vase au milieu de laquelle est planté l’arbre de l’Etat. Les régimes successifs du Mali dit démocratique nous y ont malheureusement habitués.

L’inconscience des héritiers politiques du système ATT, le jeu stupide auquel ils se livrent, la légèreté et l’insouciance avec lesquelles la crise malienne est abordée au plus sommet actuel de l’Etat malien sous la dictée de la CEDEAO et des puissances extérieures effraient à plus d’un titre. On a le sentiment angoissant que nulle part on a pris la véritable mesure de la catastrophe dans laquelle le pays est plongé. Au lieu d’affronter la réalité, on la contourne, on biaise pour prolonger une situation de confusion généralisée propice à toutes les combines politiciennes en vue de perpétuer la position de rente que procure l’occupation de certains postes politiques tant convoités au niveau de l’Etat.

La violation répétée de la constitution malienne par la prolongation du mandat de la présidence intérimaire et de celui du parlement entre autres, le non respect des dispositions des accords successifs conclus entre la junte et la CEDEAO, les violations évidentes des textes mêmes régissant la CEDEAO, les pressions et autres menaces des puissances extérieures donnent l’image d’un cafouillage orchestré pour assouvir la volonté de puissance et la soif de prébende des uns, la convoitise et le désir des autres de s’accaparer de la dépouille de l’Etat Mali autour de laquelle se déroule déjà la danse macabre du scalp.

Comment comprendre qu’à peine ramené de son exil parisien, les propositions du président intérimaire se sont transformées en décisions sans aucune validation par la volonté populaire, instituant de nouveaux organes non prévus par la Constitution, s’attribuant des pouvoirs que lui dénie justement la Constitution en période d’intérim. A quoi donc servent les constitutions ? Comment les pays occidentaux qui se targuent d’être une référence démocratique universelle, peuvent-ils cautionner de telles violations et menacer de sanctions des nationaux qui dénoncent pareille forfaiture ? Y’a-t-il une démocratie réservée à la consommation exclusive des pays occidentaux et une version tropicalisée à géométrie variable servant de vernis à des dictatures africaines sanglantes et corrompues, préservatrices des intérêts des puissants du monde ?

Le parcours imposé au Mali par sa classe politique liée au système ATT avec le soutien actif de la CEDEAO, est une succession de putschs constitutionnels et institutionnels. Bien de leurs auteurs se présentent pourtant sans honte aucune comme des anti putschistes, défenseurs de l’ordre constitutionnel. En somme la fable du brigand qui crie au voleur !

Pourquoi ceux qui s’autoproclament ‘démocrates’ ont-ils une si grande peur viscérale du peuple ? Pourquoi rejettent-ils avec véhémence toute idée de conférence nationale  souveraine du peuple ? Pourquoi ceux qui se gratifient du titre de ‘élus de la nation’ sont-ils si affolés dès lors qu’on parle de les soumettre à la sanction du peuple ?

Est-il démocratique de nommer un président de transition, un gouvernement de transition, de mettre des organes nouveaux sans s’en référer au peuple ? Cela est-il démocratique ? Est-il démocratique d’imposer à un peuple des hommes et des institutions dont il ne veut visiblement plus ? Est cela la démocratie ?

L’image que donnent les pays occidentaux à travers les pressions et menaces exercées, discrédite largement l’idée même de démocratie. Y-a t-il une démocratie sans opposition véritable ? Est-il démocratique de menacer de sanctions et de sanctionner tous ceux qui s’opposent à une parodie de démocratie ? La Constitution malienne autorise portant la désobéissance civile. Pourquoi alors la refuser à ceux qui manifestent leur désaccord quant à la gestion désastreuse des affaires publiques ? Pourquoi les media de l’Etat français prêtent-ils complaisamment leurs antennes à tous les mensonges distillés par les tenants du système et de l’autre participent activement aux campagnes de discrédit contre les opposants ? Ce qui ne n’empêche nullement d’aider militairement en Syrie et ailleurs des rebelles transformés en ‘révolutionnaires’ selon leurs formules consacrées. Est-cela la démocratie ? Si tel est le cas, il va falloir en désespérer !

Le Président Obama des Etats-Unis avait dit lors de son court séjour africain que l’Afrique n’avait pas besoin d’hommes forts mais d’institutions fortes ! Pourquoi alors s’entêter à remettre tous les pouvoirs à un seul individu ou à un groupe d’individus pour décider du sort d’un pays confronté aux pires difficultés auxquelles ils ne sont pas étrangers ?

En scrutant l’horizon politique malien des nuages lourds de dangers semblent obscurcir l’horizon. La guerre qui se prépare activement depuis l’étranger risque d’avoir des conséquences catastrophiques pour le pays et ses habitants

Depuis un certain temps, on monte en épingle les actes barbares isolées de certains islamistes illuminés pour conditionner les opinions publiques nationales et internationales et les préparer à la guerre que des Maliens manipulés par l’Etranger sont en train de tramer avec la CEDEAO. On crie à l’islamisme abject, à Al Qaeda et autres et on oublie le MLNA qui a une responsabilité lourde dans les problèmes actuels. La menace d’implosion du pays ne vient pas d’Ansar Dine ou des autres groupes islamistes. La menace première et fondamentale vient du MLNA derrière lequel se cachent des intérêts défendus par des pays étrangers. Il ne faut pas se faire d’illusions. C’est à ce niveau que se situe la contradiction principale. Des informations crédibles font état des préparatifs militaires en cours dans des pays frontaliers du Mali pour remettre en selle les troupes du MNLA. Renforcer le MLNA sous prétexte de combattre les islamistes constitue le danger principal pour le Mali. Ceux des Maliens qui réclament à cors et à cris une intervention immédiate de la CEDEAO se trompent lourdement.

Les islamistes n’ont en réalité jamais inquiété les occidentaux. Ils font avec eux des coups de feu aujourd’hui en Syrie comme ils le firent en Libye. Ils s’en accommodent volontiers. En témoignent les réalités actuelles dans bon nombre de pays arabes et dans les dictatures monarchiques des pays du golfe persique. Les islamistes au moins, ne demandent pas la partition du pays comme le MLNA. Les solutions fumeuses de fédéralisme cachent mal la recherche d’une partition de fait du pays. Pourquoi la France n’érige-t-elle en fédération ses nombreuses possessions territoriales sans continuité géographique un peu partout dans le monde ? Pourquoi ne ferait-elle pas de la Corse ou du pays basque une entité fédérale ? Pourquoi chercher à morceler des Etats sur des bases ethniques alors qu’on parle par ailleurs de construction de grands ensembles ? Ce qui est valable pour l’Occident ne l’est-il pas pour les pays du Sud et surtout pour l’Afrique où tous les coups sont désormais permis ?

Cessions de nous illusionner, ouvrons les yeux ! Ne restons pas des spectateurs ! Ce pays est avant tout le nôtre. Il n’appartient pas à la CEDEAO, à la France ou à la Communauté internationale. Faisons en sorte pour que nous ne soyions complices des sombres destins que certains sont en train de tramer pour nos pays !

Pr Issa N’DIAYE

 

Source : Site du Parti Sadi