Fruits Rouges

« Oui mais quand même, la religion, c’est mal » Montée de l’islamophobie et banalisation du fémonationalisme par Mona Chollet

« Oui mais quand même,

la religion, c’est mal »

Montée de l’islamophobie

et banalisation du fémonationalisme

par Mona Chollet

Relayer l’information de la énième agression d’une femme voilée, ou les propos haineux tenus sur l’islam par la représentante d’une organisation pseudo-féministe, revient immanquablement à emboucher l’appeau à trolls religiophobes. Que des femmes soient insultées et tabassées, que le féminisme serve de leurre pour répandre et banaliser le racisme le plus crasse, tout cela, le/la religiophobe s’en moque : dans un pays où médias et politiques, de façon plus ou moins insidieuse, désignent à longueur de temps les musulmans comme la cause de tous les maux de la société, son seul sujet d’anxiété est que son droit à « critiquer la religion » soit garanti. Pour l’exprimer, il usera de subtiles gradations dans la virulence, de la simple protestation à l’éructation scatologique probablement censée traduire la hauteur à laquelle il plane dans l’éther philosophique inaccessible aux benêts qui voient du racisme partout : « Moi, je chie sur toutes les religions. »

Notez bien la perle argumentative que recèle cet étron déclaratif : il a dit « toutes les religions ». Ha, ha ! Vas-y, accuse-le de racisme maintenant ! Quand il défend les Femen ou les dessinateurs de Charlie Hebdo, le religiophobe fait valoir qu’ils ne peuvent pas être racistes, puisqu’ils s’en prennent autant aux cathos ou aux orthodoxes qu’aux musulmans : CQFD. Inutile d’aller lui expliquer que les religions ne sont pas de simples systèmes métaphysiques flottant dans la stratosphère, et qu’elles sont indissociables des populations qui s’en réclament ou qu’on y associe, de la culture, de la politique, de l’histoire, des rapports de domination entre groupes sociaux. Inutile de lui expliquer que s’en prendre à l’islam, religion pratiquée par des gens qu’il connaît mal, dont les ancêtres ont été colonisés par ses propres ancêtres, et qui sont discriminés dans la société française, ce n’est pas exactement la même chose que de critiquer la religion catholique, depuis toujours liée au pouvoir en France, et dont il a pu expérimenter à ce titre la nocivité dans sa propre histoire (idem pour la religion orthodoxe en Ukraine, patrie des Femen). Lire la Suite

Eltsine et Poutine : deux incarnations d’un même système par Stephen Holmes

Eltsine et Poutine :

deux incarnations d’un même système

par Stephen Holmes

auton17362-edd14L’alternative autoritarisme ou démocratie est-elle un bon crible pour comprendre la réalité politique russe ? Stephen Holmes démontre que la Russie de Vladimir Poutine ressemble plus à celle de Boris Eltsine que les fidèles de l’un ou de l’autre ne le prétendent et explique la fonction politique des élections sans choix dans la Russie d’aujourd’hui.

Les racines du poutinisme résident dans l’eltsinisme. Poutine lui-même est un produit du passé : c’est non seulement un produit du KGB mais aussi du régime d’Eltsine. Loin d’être le « premier dirigeant démocratiquement élu en mille ans d’histoire de la Russie », comme l’ont annoncé triomphalement les journaux après sa première élection, c’est en réalité quelqu’un à qui le pouvoir a été apporté sur un plateau, après le triomphe d’un clan d’initiés du Kremlin sur un autre. Poutine n’a pas seulement gouverné grâce à l’appui des services de renseignement et de louches milieux d’affaires mais aussi, de 2000 à 2008, sur la base de la Constitution « hyperprésidentielle » de 1993. Lire la Suite

« Il est temps maintenant de redéfinir ce qu’est le vrai bonheur et la vraie richesse »

Si la catastrophe politique qui a frappé le Mali, menaçant une grande partie de l’Afrique, a mobilisé toute notre attention, nous n’oublions pas cette autre catastrophe qui hante le monde depuis le 11 mars 2011, celle de Fukushima.

Au Mali le séisme de la chute de Kadhafi n’aurait pas provoqué la catastrophe actuelle si l’élan révolutionnaire de 91 n’avait été confisqué par une « transition » débouchant sur vingt ans d’incurie, de non-développement ou les mêmes « élites » (politiciens, bureaucratie, bourgeoisie compradore improductive)  se sont employées servilement mais avec zèle à brader les richesses du Mali (chemin de fer, coton, sous-sol, terres et même l’aéroport) aux prédateurs qu’on appelle « investisseurs », les multinationales. Comme « ils » n’ont pas d’autre politique (c’est celle du FMI après tout), quel mal y-a-t-il à ce qu’ils s’enrichissent ? Leur seul crédo : la ruine du pays doit me profiter un peu. Certes la paupérisation au Nord comme au Sud, la famine en cours au Nord, la révolte Touareg, AQMI et les autres, la défaite de la nation malienne, ils n’y sont pour rien… La révolte militaire suivie par le peuple, c’est un peu contrariant. Mais la CEDEAO, la France, les USA, …, veillent et ils comptent bien profiter de la nouvelle « transition » pour revenir aux « affaires ».

Au Japon, les politiciens sont si liés à Tepco et Areva qu’ils leur ont appris à penser. Eux aussi ne voient pas d’autre politique possible que de recommencer les mêmes erreurs, car leur seul horizon c’est les dividendes des multinationales et la raison d’état leur commande de réouvrir des centrales, au péril de leur peuple.

Au Mali comme au Japon le peuple paiera encore cher tant qu’il n’aura pas trouvé en son sein les dirigeants qui lui seront fidèles parce qu’il saura les contrôler.

Fruits rouges

Message de Kokoro Fujinami, 15 ans,

manif anti-nucléaire à Tokyo le 11.02.2012

 

Agée de 15 ans, Kokoro Fujinami est une chanteuse japonaise, sorte d’idole télévisuelle des jeunes, que la catastrophe de Fukushima a transformé en militante antinucléaire. Le 11 février 2012, lors d’une manifestation au parc Yoyogi de Tokyo, elle a exprimé sa vision de la catstrophe de Fukushima face à 12 000 personnes. Grâce à un enregistrement mis en ligne, on peut aujourd’hui écouter ce que la jeunesse a à dire au monde.

Pour lire le texte de l’intervention, aller sur l’excellent site fukushima.over-blog.fr OU à la fin de cet article.

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Que croyez-vous que font les dirigeants japonais face à cet appel et à la mobilisation populaire ? Et bien oui ils redémarrent une centrale !  Lire la Suite

Sortir du mondialisme, c’est possible : l’exemple de l’Argentine

Le déferlement médiatique condamnant  l’Argentine pour avoir récupéré sa compagnie pétrolière YPF en expropriant l’espagnol REPSOL fait actuellement rage. Nos lecteurs s’étonneront peut-être du choix d’un article d’Aymeric Chauprade, dont nous sommes loin de partager toutes les positions, pour saluer cette décision salutaire, mais ce chef de file de la nouvelle école réaliste de géopolitique française est un défenseur de l’indépendance nationale et de l’équilibre multipolaire, farouche partisan d’une alliance avec la Russie et d’une politique arabe forte. En 1999, Chauprade affirme que la participation de la France au démantèlement de la Yougoslavie est une erreur. En 2003, sur les plateaux de télévision, face à de nombreux intellectuels pro-américains qui fustigent le refus du président Chirac d’associer la France à la guerre contre l’Irak, Chauprade défend la politique d’exception de la France. Il condamne l’ingérence humanitaire, qui est le masque des intérêts américains. Malheureusement très marqué à droite (Nobody is perfect), il reste un auteur précieux pour la pertinence de ses analyses.

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Sortir du mondialisme, c’est possible : l’exemple de l’Argentine

par Aymeric 

21 avril 2012

Le Fonds monétaire international a déploré cette semaine que l’Argentine soit « imprévisible » après l’expropriation partielle de la compagnie pétrolière argentine YPF, contrôlée à majorité, jusqu’au 16 avril, par le groupe espagnol Repsol.

Imprévisible ? Non, simplement souveraine ! Le FMI, instrument politico-économique des Etats-Unis, tout comme Washington et Bruxelles ont de plus en plus de mal à se faire à la souveraineté des Etats. Lorsque quelque chose leur échappe, ils appellent cela de l’imprévisibilité. Lire la Suite