Fruits Rouges

Les Balkans pour les peuples des Balkans par Andreja Živković et Matija Medenica

Balkans imagesAndreja Živković et Matija Medenica, membres du groupe Marx 21 en Serbie, reviennent ici sur le long processus d’endettement qu’a connu l’ex-Yougoslavie et critiquent sévèrement les effets pervers des politiques d’intégration européenne imposées aux pays de la région. Ils appellent à la création d’une nouvelle Fédération des Balkans, seule capable de résister à l’esclavage de la dette.

Les Balkans pour les peuples des Balkans

 

Les Balkans luttent contre une triple crise : celle de la dette extérieure, du chômage de masse et de la stagnation du secteur productif. En réalité il s’agit d’une crise de dépendance envers le  capital européen. La vie économique est complètement tributaire de l’importation onéreuse de capital européen pour couvrir les déficits budgétaires et commerciaux béants par un vaste pillage du bien national au profit des banquiers européens. La crise s’est traduite par l’interruption des prêts accordés par les banquiers européens contrôlant le système financier de toute la région – d’où l’effondrement du système pyramidal. Depuis lors, la Grèce, la Slovénie, la Serbie, la Roumanie et la Bosnie ont tous été mis sous «redressement judiciaire » par la Troïka (FMI, UE et BCE) qui a imposé, avec la complicité de la classe politique locale, des programmes d’austérité si sauvages qu’ils entraînent un désastre humanitaire. Une nouvelle guerre européenne fait rage. Son but est de faire payer aux Balkans et au reste de l’Europe périphérique le coût des dettes de banques d’Europe du Nord.

Nous voudrions montrer comment notre région a été historiquement traversée par des phases d’intégration dans les structures des Grandes Puissances et quelles en ont été les conséquences. Nous donnerons quelques exemples de mécanismes économiques qui ont été à l’oeuvre dans la mise en place de ce modèle, dans le but d’ouvrir une perspective socialiste à une question souvent confuse : « quelle doit être la position de la Gauche face à l’intégration européenne ». Cette question est généralement posée dans un contexte où l’on entend de façon dominante une nébuleuse de forces d’extrême droite locales qui s’expriment fermement contre l’intégration – même si ces forces politiques sont toujours pro intégration quand il s’agit dans d’autres structures dominées par une grande puissance comme la Russie. Nous souhaitons ainsi rendre plus claire la redécouverte de l’idée de Fédération Socialiste des Balkans, telle qu’elle fut élaborée par les grandes figures socialistes du passé comme Svetozar Marković, Hristo Botev, Christian Rakovsky, Constantin Dobrogeanu-Gherea, Dimitrije Tucović et Dimitar Blagoev, en tant que vision stratégique pour d’ «Autres Balkans ». Nous concevons cette perspective comme une alternative à divers et désastreux « processus d’intégration » et non comme une sorte de colmatage apporté à diverses formes d’intégration dans l’Union Européenne telle qu’elle existe. Nous sommes d’accord sur le fait évident que nos pays sont trop petits et trop faibles pour mettre à bas le marché et le système impérialiste et sur la nécessité que la nouvelle Gauche petite et encore faible de nos pays s’extraie de ses sentiers battus intellectuels. Dès lors, l’enjeu crucial est que nous soyons capables d’offrir une vision combative et une réfutation du racisme et du paternalisme provenant de l’«extérieur» comme de «l’intérieur» qui masquent leurs causes réelles. Nous voulons ce faisant combattre l’apathie et le désespoir par l’espoir afin d’inspirer un véritable mouvement, une force politique réellement viable, capable non seulement d’analyser le présent, mais aussi de concevoir notre avenir. Afin d’être le plus compréhensible possible, nous allons revenir un peu en arrière dans l’histoire afin de comparer les problématiques du passé avec celles d’aujourd’hui. Lire la Suite