Fruits Rouges

Frédéric LORDON et Bernard FRIOT : « Conquérir la souveraineté populaire, sur la valeur et sur la monnaie »

« Conquérir la

souveraineté populaire,livre_affiche_390

sur la valeur et sur la

monnaie »

a43c10752eb10c325a29b9cd64fa5503a2e81973Rencontre entre

Frédéric LORDON

et Bernard FRIOT

chez Tropiques, avec Réseau Salariat, les Ateliers Populaires de la Connaissance et Télé14, pour débattre de leurs propositons politiques et économiques :

Vers l’ébauche d’une théorie politique sociale et économique d’émancipation, de progrès social, bref de gauche, à produire et faire renaître sur les ruines fumantes de la sociétale démocratie libérale ?

Une première vidéo, sur les 90 minutes initiales :

Deuxième partie (38 mn) :

Souveraineté et ordre démocratique par Jacques Sapir

L’accaparement du sur-produit social par la classe exploiteuse est bien le premier problème que notre époque doit résoudre, si c’est encore possible.

Mais dés lors le sur-produit social devenu produit social n’est pas une richesse que l’on peut se contenter de répartir entre tous à la manière du communisme primitif des chasseurs-ceuilleurs, sauf à renoncer à en faire un produit civilisationnel.

La société sans la classe exploiteuse reste une société hétérogène, conflictuelle, ou les « positions » divergent et tendent à rétablir un ordre ancien.

La prophétie d’une société « sans classes » est un redoutable raccourci qui peut en égarer plus d’un. Les classes fondamentales décrites par Marx ne peuvent masquer de profondes inégalités sociales qui pèseront sur la « dispute » concernant la répartition, l’attribution et l’éventuel accaparement du produit social.

Essayons de nous souvenir que Marx était démocrate et non républicain comme le furent l’essentiel des mouvement socialistes européens qui se battirent pour la « sociale », c’est à dire pour un état républicain « authentique ».

L’article de Jacques Sapir que nous reproduisont ici est une intéressante contribution à ce que pourrait être un ordre démocratique à qui serait dévolu la tâche complexe  du « Que faire du produit social ? ».

S’il n’a pas cette prérogative nous pensons pour notre part qu’un ordre démocratique est soit impossible soit un leurre.

Fruits rouges

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Souveraineté et ordre démocratique

par Jacques Sapir

 

La question de la légalité et de la légitimité est directement posée aujourd’hui par le comportement des institutions de l’Union européenne. Ces dernières ont pris le parti de ne considérer que la légalité et de l’établir comme l’unique principe de fonctionnement de l’UE. Mais, elle est aussi à l’ordre du jour en raison de l’irruption du Constitutionnalisme économique, qui était jusqu’à ces dernières années un sujet pour spécialistes mais qui est devenu désormais, à travers la crise de la dette dans de nombreux pays, un objet politique en débat. Le développement d’instances de décision économiques (comme la Banque Centrale Européenne mais aussi la Commission) qui sont déconnectées de tout contrôle démocratique a suscité de nombreuses oppositions. En réponse s’est développée l’idée aujourd’hui répandue qu’un « gouvernement par les règles » pourrait se substituer à un gouvernement du peuple (comme dans la construction européenne), idée qui trouve son expression dans la notion de « démocratie sans démos »[1]. En fait ce sont des exemples de l’entrée du constitutionnalisme économique dans notre vie[2]. La notion de Constitution économique plonge ses racines dans la pensée tardive de F.A. Hayek. La conception qu’avait F.A. Hayek des règles, et dont l’influence tant directe qu’indirecte sur de nombreux auteurs a été importante, justifie son adhésion au constitutionalisme économique. Cette conception a été souvent reprise par des courants économiques qui se fondent en réalité sur des hypothèses fort différentes. Il est ainsi piquant, et assez drole, de voir des économistes néoclassiques se réclamer désormais du constitutionnalisme économique, eux qui, par construction, réfutent le rôle des règles car ils ne croient qu’à la maximisation des choix individuels et rejettent par là même le principe de l’incertitude. On retrouve bien entendu l’importance de la notion de Constitution économique dans l’école américaine du Public Choice[3], mais aussi dans différents mouvements politiques comme le Tea Party. Lire la Suite

Pourquoi le socialisme ? par Albert Einstein (1949)

Cet article passionnant est d’une étonnante actualité. Il a été écrit en mai 1949 par Albert Einstein pour le n° 1 de la revue américaine Monthly Review, qui venait d’être fondée à New York par des intellectuels progressistes, avec les économistes Paul Sweezy et Harry Magdoff comme rédacteurs en chef.

Monthly Review, avec pour rédactrice en chef  l’historienne Ellen Meiksins Woods, l’a republié en mai 1998.

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Pourquoi le socialisme ?

par

Albert Einstein

Est-il avisé pour quelqu’un qui n’est pas un expert en économie et questions sociales, d’exprimer ses vues sur le sujet du socialisme ? En fait, je crois que oui, pour un certain nombre de raisons.

Considérons d’abord la question du point de vue du savoir scientifique.

On pourrait penser qu’il n’y a pas de différences méthodologiques essentielles entre l’astronomie et l’économie : les hommes de science œuvrant dans ces deux matières essaient de découvrir des lois relativement générales pour un ensemble limité de phénomènes de façon à rendre le lien entre ces phénomènes aussi intelligible que possible. Mais en réalité de telles différences méthodologiques existent.

La découverte de lois générales dans le domaine de l’économie est rendue difficile par le fait que les phénomènes économiques observés sont souvent influencés par plusieurs paramètres difficiles à évaluer séparément. En plus, l’expérience qui s’est accumulée depuis le début de cette période dite civilisée de l’histoire humaine a – c’est bien connu – été largement affectée et contrainte par des éléments qui, en aucun cas, ne sont seulement de nature économique.

Par exemple, la plupart des étapes les plus importantes de l’histoire doivent leur existence à la conquête de territoires. Les peuples conquérants se sont établis en tant que classe privilégiée du pays conquis, par le biais de la loi et de l’économie. Ils se sont attribué le monopole de la propriété de la terre et ont nommé le clergé dans leurs propres rangs. Les prêtres, titulaires du contrôle de l’éducation, ont fait de la division de la société en classes une institution permanente et créé un système de valeurs qui a guidé le comportement social du peuple, sans que ce dernier en ait vraiment conscience. Lire la Suite

Socialisme et psychologie par Victor Serge (1947)

Victor SERGE

SOCIALISME ET PSYCHOLOGIE

Les transformations sociales commencées au début du xxe siècle dépassent de beaucoup en ampleur et en complexité la révolution que les penseurs socialistes du XIXe siècle annonçaient. D’une part, la technologie a atteint une puissance inconcevable il y a cent ou cinquante ans. De l’autre, les sciences se sont développées dans une proportion qui fait paraître ingénues les grandes synthèses du siècle passé. Ceci concerne notamment la connaissance de l’homme. L’œuvre des créateurs de la psychologie moderne, Wündt, Breuer, William James, Freud, Pavlov, Jung, Alfred Adler, Koehler, commence à peine au temps où meurt Marx ; et elle commence à peine, de nos jours, à influencer assez largement la vie sociale : l’Armée Rouge fut la première, en 1918-1920, à donner à ses combattants une éducation idéologique ; l’armée américaine fut tout récemment la première à soumettre ses recrues à un examen psychologique.

Marx n’entendait certes pas ignorer la complexité des mobiles humains, comme tant de ses continuateurs l’ont fait après lui.
« Les hommes, écrivait-il, font leur propre histoire, ils ne la font pas librement… mais dans des conditions directement données, léguées par la tradition. La tradition des générations mortes pèse comme un cauchemar sur le cerveau des vivants. » (Dix-huit Brumaire.) Lire la Suite

Pour un renouvellement du socialisme par Victor Serge (1946)

Victor SERGE

POUR UN RENOUVELLEMENT

DU SOCIALISME

De même que, vers 1848, Marx et Engels pouvaient affirmer avec raison que l’économie capitaliste s’imposerait au monde entier en faisant naître ses propres fossoyeurs, nous voyons aujourd’hui les économies capitalistes de la « libre entreprise » rapidement acheminées vers des systèmes dirigés et planifiés, foncièrement collectivistes dès lors, même s’ils gardent un caractère mixte en laissant à la propriété privée des moyens de production une fonction plus ou moins étendue, plus ou moins symbolique. Nous découvrons en même temps que le collectivisme n’est pas comme on fut tenté de l’admettre, synonyme de socialisme, et peut même revêtir des formes antisocialistes d’exploitation du travail et de mépris de l’homme. Nous constatons que les problèmes de l’organisation rationnelle de la production, de la sécurité et de la liberté de l’homme, posés par le mouvement socialiste sont partout mis à l’ordre du jour en termes inéluctables par les événements mêmes ; . et nous voyons au même moment l’extrême faiblesse des mouvements qui préconisent le collectivisme socialiste, répondant ainsi à la fois au développement de l’économie et aux aspirations confuses de grandes masses lésées par l’état de choses actuel. Lire la Suite