Fruits Rouges

L’affirmation de la souveraineté nationale populaire face à l’offensive du capital

L’affirmation de la souveraineté nationale populaire face à l’offensive du capital

Entretien avec Samir Amin

Réalisé par Raffaele Morgantini (Investig’Action)

Après deux ans d’interruption, Fruits rouges revient avec cette analyse de Samir Amin que nous partageons totalement, ce qui justifie à lui seul ce retour (Fruits rouges). 

Les analyses portant sur la crise qui secoue – de manière structurelle – le système capitaliste actuel s’avèrent être d’une stérilité pitoyable. Mensonges médiatiques, politiques économiques anti-populaires, ondes de privatisations, guerres économiques et « humanitaires », flux migratoires. Le cocktail est explosif, la désinformation est totale. Les classes dominantes se frottent les mains face à une situation qui leur permet de conserver et d’affirmer leur prédominance. Essayons d’y comprendre quelque chose. Pourquoi la crise ? Quelle est sa nature ? Quelles sont actuellement et quelles devraient être les réponses des peuples, des organisations et des mouvements soucieux d’un monde de paix et de justice sociale ? Entretien avec Samir Amin, économiste égyptien et penseur des relations de domination (néo)coloniales, président du Forum mondial des alternatives.

Raffaele Morgantini (Investig’Action) : Depuis plusieurs décennies vos écrits et vos analyses nous livrent des éléments d’analyse pour déchiffrer le système capitaliste, les relations de domination Nord-Sud et les réponses des mouvements de résistance des pays du Sud. Aujourd’hui, nous sommes entrées dans une nouvelle phase de la crise systémique capitaliste. Quelle est la nature de cette nouvelle crise ?

Samir Amin : La crise actuelle n’est pas une crise financière du capitalisme mais une crise de système. Ce n’est pas une crise en « U ». Dans les crises ordinaires du capitalisme (les crises en « U ») les mêmes logiques qui conduisent à la crise, après une période de restructurations partielles, permettent la reprise. Ce sont les crises normales du capitalisme. Par contre la crise en cours depuis les années 1970 est une crise en « L » : la logique qui a conduit à la crise ne permet pas la reprise. Cela nous invite à poser la question suivante (qui est d’ailleurs le titre d’un mes livres) : sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise ? Lire la Suite

Frédéric LORDON et Bernard FRIOT : « Conquérir la souveraineté populaire, sur la valeur et sur la monnaie »

« Conquérir la

souveraineté populaire,livre_affiche_390

sur la valeur et sur la

monnaie »

a43c10752eb10c325a29b9cd64fa5503a2e81973Rencontre entre

Frédéric LORDON

et Bernard FRIOT

chez Tropiques, avec Réseau Salariat, les Ateliers Populaires de la Connaissance et Télé14, pour débattre de leurs propositons politiques et économiques :

Vers l’ébauche d’une théorie politique sociale et économique d’émancipation, de progrès social, bref de gauche, à produire et faire renaître sur les ruines fumantes de la sociétale démocratie libérale ?

Une première vidéo, sur les 90 minutes initiales :

Deuxième partie (38 mn) :

Le baiser de la mort de l’Europe à l’Afrique par Jacques Berthelot

Le baiser de la mort

de l’Europe à l’Afrique

par Jacques Berthelot

 

En ce début d’été 2014, l’Union européenne triomphe. Après plus de dix ans d’une sourde bataille, elle a enfin vaincu la résistance des pays africains qui refusaient de conclure avec elle les traités de libre-échange prévus depuis 2000 par l’accord de Cotonou (Bénin) (1). Le 10 juillet, les chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ont signé l’accord de partenariat économique (APE) d’Afrique de l’Ouest (2) ; le 22 juillet, l’APE d’Afri-que australe était paraphé ; le 25 juillet, le Cameroun ratifiait un APE individuel.

Seule déconvenue pour l’Union : l’Afrique de l’Est n’a pas suivi. Les pays de cette sous-région dominée par l’Afrique du Sud ont refusé de se priver de précieuses recettes douanières sans réelles contreparties européennes. Les APE prévoient en effet la suppression des droits de douane sur trois quarts des exportations de l’Union, tandis que celle-ci continuera à importer d’Afrique de l’Ouest la totalité de ses produits qui sont déjà en franchise de droits. Un marché de dupes. Comment en est-on arrivé à un tel désastre ?

Depuis 2008, les Etats d’Afrique de l’Ouest résistaient aux pressions de Bruxelles, aiguillonnés par de puissants mouvements sociaux réunis au sein de divers réseaux : le Third World Network Africa, basé à Accra (Ghana), la Plate-forme des organisations de la société civile de l’Afrique de l’Ouest sur l’accord de Cotonou (Poscao), à Dakar (Sénégal), et le Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (Roppa), à Ouagadougou (Burkina Faso). Mais plusieurs événements ont permis de « retourner » les capitales africaines. Lire la Suite

Souveraineté et ordre démocratique par Jacques Sapir

L’accaparement du sur-produit social par la classe exploiteuse est bien le premier problème que notre époque doit résoudre, si c’est encore possible.

Mais dés lors le sur-produit social devenu produit social n’est pas une richesse que l’on peut se contenter de répartir entre tous à la manière du communisme primitif des chasseurs-ceuilleurs, sauf à renoncer à en faire un produit civilisationnel.

La société sans la classe exploiteuse reste une société hétérogène, conflictuelle, ou les « positions » divergent et tendent à rétablir un ordre ancien.

La prophétie d’une société « sans classes » est un redoutable raccourci qui peut en égarer plus d’un. Les classes fondamentales décrites par Marx ne peuvent masquer de profondes inégalités sociales qui pèseront sur la « dispute » concernant la répartition, l’attribution et l’éventuel accaparement du produit social.

Essayons de nous souvenir que Marx était démocrate et non républicain comme le furent l’essentiel des mouvement socialistes européens qui se battirent pour la « sociale », c’est à dire pour un état républicain « authentique ».

L’article de Jacques Sapir que nous reproduisont ici est une intéressante contribution à ce que pourrait être un ordre démocratique à qui serait dévolu la tâche complexe  du « Que faire du produit social ? ».

S’il n’a pas cette prérogative nous pensons pour notre part qu’un ordre démocratique est soit impossible soit un leurre.

Fruits rouges

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Souveraineté et ordre démocratique

par Jacques Sapir

 

La question de la légalité et de la légitimité est directement posée aujourd’hui par le comportement des institutions de l’Union européenne. Ces dernières ont pris le parti de ne considérer que la légalité et de l’établir comme l’unique principe de fonctionnement de l’UE. Mais, elle est aussi à l’ordre du jour en raison de l’irruption du Constitutionnalisme économique, qui était jusqu’à ces dernières années un sujet pour spécialistes mais qui est devenu désormais, à travers la crise de la dette dans de nombreux pays, un objet politique en débat. Le développement d’instances de décision économiques (comme la Banque Centrale Européenne mais aussi la Commission) qui sont déconnectées de tout contrôle démocratique a suscité de nombreuses oppositions. En réponse s’est développée l’idée aujourd’hui répandue qu’un « gouvernement par les règles » pourrait se substituer à un gouvernement du peuple (comme dans la construction européenne), idée qui trouve son expression dans la notion de « démocratie sans démos »[1]. En fait ce sont des exemples de l’entrée du constitutionnalisme économique dans notre vie[2]. La notion de Constitution économique plonge ses racines dans la pensée tardive de F.A. Hayek. La conception qu’avait F.A. Hayek des règles, et dont l’influence tant directe qu’indirecte sur de nombreux auteurs a été importante, justifie son adhésion au constitutionalisme économique. Cette conception a été souvent reprise par des courants économiques qui se fondent en réalité sur des hypothèses fort différentes. Il est ainsi piquant, et assez drole, de voir des économistes néoclassiques se réclamer désormais du constitutionnalisme économique, eux qui, par construction, réfutent le rôle des règles car ils ne croient qu’à la maximisation des choix individuels et rejettent par là même le principe de l’incertitude. On retrouve bien entendu l’importance de la notion de Constitution économique dans l’école américaine du Public Choice[3], mais aussi dans différents mouvements politiques comme le Tea Party. Lire la Suite

Les Balkans pour les peuples des Balkans par Andreja Živković et Matija Medenica

Balkans imagesAndreja Živković et Matija Medenica, membres du groupe Marx 21 en Serbie, reviennent ici sur le long processus d’endettement qu’a connu l’ex-Yougoslavie et critiquent sévèrement les effets pervers des politiques d’intégration européenne imposées aux pays de la région. Ils appellent à la création d’une nouvelle Fédération des Balkans, seule capable de résister à l’esclavage de la dette.

Les Balkans pour les peuples des Balkans

 

Les Balkans luttent contre une triple crise : celle de la dette extérieure, du chômage de masse et de la stagnation du secteur productif. En réalité il s’agit d’une crise de dépendance envers le  capital européen. La vie économique est complètement tributaire de l’importation onéreuse de capital européen pour couvrir les déficits budgétaires et commerciaux béants par un vaste pillage du bien national au profit des banquiers européens. La crise s’est traduite par l’interruption des prêts accordés par les banquiers européens contrôlant le système financier de toute la région – d’où l’effondrement du système pyramidal. Depuis lors, la Grèce, la Slovénie, la Serbie, la Roumanie et la Bosnie ont tous été mis sous «redressement judiciaire » par la Troïka (FMI, UE et BCE) qui a imposé, avec la complicité de la classe politique locale, des programmes d’austérité si sauvages qu’ils entraînent un désastre humanitaire. Une nouvelle guerre européenne fait rage. Son but est de faire payer aux Balkans et au reste de l’Europe périphérique le coût des dettes de banques d’Europe du Nord.

Nous voudrions montrer comment notre région a été historiquement traversée par des phases d’intégration dans les structures des Grandes Puissances et quelles en ont été les conséquences. Nous donnerons quelques exemples de mécanismes économiques qui ont été à l’oeuvre dans la mise en place de ce modèle, dans le but d’ouvrir une perspective socialiste à une question souvent confuse : « quelle doit être la position de la Gauche face à l’intégration européenne ». Cette question est généralement posée dans un contexte où l’on entend de façon dominante une nébuleuse de forces d’extrême droite locales qui s’expriment fermement contre l’intégration – même si ces forces politiques sont toujours pro intégration quand il s’agit dans d’autres structures dominées par une grande puissance comme la Russie. Nous souhaitons ainsi rendre plus claire la redécouverte de l’idée de Fédération Socialiste des Balkans, telle qu’elle fut élaborée par les grandes figures socialistes du passé comme Svetozar Marković, Hristo Botev, Christian Rakovsky, Constantin Dobrogeanu-Gherea, Dimitrije Tucović et Dimitar Blagoev, en tant que vision stratégique pour d’ «Autres Balkans ». Nous concevons cette perspective comme une alternative à divers et désastreux « processus d’intégration » et non comme une sorte de colmatage apporté à diverses formes d’intégration dans l’Union Européenne telle qu’elle existe. Nous sommes d’accord sur le fait évident que nos pays sont trop petits et trop faibles pour mettre à bas le marché et le système impérialiste et sur la nécessité que la nouvelle Gauche petite et encore faible de nos pays s’extraie de ses sentiers battus intellectuels. Dès lors, l’enjeu crucial est que nous soyons capables d’offrir une vision combative et une réfutation du racisme et du paternalisme provenant de l’«extérieur» comme de «l’intérieur» qui masquent leurs causes réelles. Nous voulons ce faisant combattre l’apathie et le désespoir par l’espoir afin d’inspirer un véritable mouvement, une force politique réellement viable, capable non seulement d’analyser le présent, mais aussi de concevoir notre avenir. Afin d’être le plus compréhensible possible, nous allons revenir un peu en arrière dans l’histoire afin de comparer les problématiques du passé avec celles d’aujourd’hui. Lire la Suite